Écoute s’il-pleut : Guide de survie #1

Après de grandes dates comme les 9 et 11 novembre, trouver quelque chose à dire le 12 tient de l’exploit. Alors, aujourd’hui (dernier billet avant une petite absence de quelques jours pour cause de départ pour Paris), pourquoi ne pas entamer notre rubrique « Histoire : Guide de survie« ?

Je vous explique le concept : C’est une soirée comme il y en a beaucoup dans toutes les villes d’Europe. Vous êtes là pour faire plaisir à une/un ami(e). Vous vous ennuyez terriblement. Les conversations de vos voisins de table sont consternantes d’ennui. Imaginez-vous impliqué(e) malgré-vous dans un débat passionné (votre voisin de gauche et votre voisine de droite vont presque en venir aux mains) sur les bienfaits de la mode vegan (si vous n’avez encore jamais entendu une seule fois dans votre vie le mot vegan vous êtes quelqu’un d’heureux). Votre voisin d’en face a les yeux dans le vague, vous essayez de lier conversation avec lui. Au bout d’un moment, vous vous rendez compte avec horreur que cet interlocuteur fait partie de ces gens qui posent leur main sur votre bras (pour vous empêcher de vous échapper) et vous parlent pendant des heures sur ces quelques mois passés dans un ashram, en Inde, à la recherche de leur « Moi intérieur ». Vous êtes déprimé(e). En désespoir de cause, vous cherchez à vous noyer dans votre verre d’eau (c’est une flûte de champagne et c’est la cinquième que vous buvez d’une seule traite, la tête commence à vous tourner). Il ne vous reste plus qu’une seule solution, mon guide de survie : racontez une histoire qui laissera votre voisin silencieux pendant quelques minutes et vous permettra de vous éclipser ! (je devrais me lancer dans la pub)

Écoute s’il-pleut

Je tiens avant toutes choses à préciser que l’histoire (avec un « h » minuscule, c’est important) que je vais raconter est plus une légende qu’un fait vérifié. Mais je la trouve jolie. Comme guide de survie dans une soirée en ville : succès garanti !

Commencez votre histoire par cette question : connaissez-vous le hameau d’Écoute s’il-pleut? (Picardie, département de l’Aisne – 02 pour les passionnés du jeu des plaques d’immatriculation sur l’autoroute). Si vous avez de la chance, votre interlocuteur aura une moue désolée. Véritablement, non, il n’en a jamais entendu parler (si vous n’avez pas de chance et que, oui, il connaît, terminez la bouteille de champagne, je ne peux rien pour vous). Il est temps de se frotter les mains avec enthousiasme. Il ne connaît pas ! Il ne parle plus ! Alléluia !

À ma connaissance, deux histoires sont à la base du nom de ce hameau.

On raconte qu’un jour, dans le moulin de ce lieu-dit, l’eau ne fit plus tourner la roue. La femme du meunier imagina tout de suite le manque d’argent, la ruine, la misère. Alors elle se lamenta, répétant à longueur de jour à son mari : écoute s’il pleutécoute s’il pleut. La pluie signifiait l’eau, donc la roue qui tourne, le moulin qui fonctionne de nouveau et la rentrée d’argent.

La deuxième histoire est plus jolie (à mon avis) et surtout plus « historique » (même si, comme je le disais, elle n’a jamais été vérifiée). C’est celle-ci qui épatera votre interlocuteur.

Il se trouve que vers 1750, un certain Monsieur Poisson acquit, par faveur royale, le château de la région, datant du Moyen-Âge. Monsieur Poisson, malgré son patronyme plutôt ridicule (je sais, c’était gratuit de ma part), était quelqu’un d’important par la force des choses. Sa fille n’était autre que Jeanne-Antoinette Poisson, marquise de Pompadour (que vous connaissez tous, bien sûr). La favorite du roi Louis XV (oui, oui, sa favorite s’appelait poisson). 

On raconte qu’un jour, alors qu’ils étaient dans un pavillon de chasse (ou bien dans le château lui-même, peu importe), Louis XV parlait beaucoup, parlait trop (précisez bien ce détail à votre bavard). La Marquise, femme délicate, s’ennuyait (elle aussi ! nous avons au moins quelque chose en commun avec la délicieuse Marquise de Pompadour). Elle regardait par la fenêtre. Soudain, elle tendit l’oreille. Un bruissement léger provenait du dehors. Elle posa la main sur le bras royal et murmura :  « Chut, écoute-s’il-pleut« . Louis XV se fit silencieux. Pendant quelques secondes, les deux personnages les plus importants du Royaume écoutèrent l’eau glouglouter. Le hameau, dit-on, fut nommé en souvenir de l’ennui languissant de la Marquise de Pompadour. Écoute-s’il-pleut. N’est-ce pas charmant?

Bien sûr, ce n’est qu’une légende, une historiette. Mais après tout, rêvons un peu. L’Histoire, les histoires…puisent toutes leurs sources quelque part.

L’Histoire, celle avec ce « H » majuscule, est au service de la petite histoire.

Votre interlocuteur restera silencieux pendant quelques minutes. S’il recommence à parler, posez donc la main sur son bras et dites : Écoutez donc (vous êtes poli(e), vous vouvoyez, vous n’êtes pas la Marquise de Pompadour) s’il pleut. Regardez alors par la fenêtre. Avec un peu de chance, il pleuvra.

(Il est à noter que plusieurs hameaux de France portent ce nom. Je m’interroge…sont-ils tous dû à des amoureux bavards et des amoureuses ennuyées?)

Parenthèse

Ici s’ouvre une parenthèse sur tous les sujets dont j’aurais pu parler (pour que vous réalisiez tout ce que vous avez raté !).

Le sacre de Lothaire, Roi des Francs le 12.11.954.

Franchement, bon. Je ne suis pas spécialiste en Histoire franque. Je les ai longtemps considérés comme des barbares qui s’entretuaient avec enthousiasme : les rois prennent le pouvoir par la force (le plus souvent), empoisonnent leurs héritiers et finissent assassinés. Ayant maintenant atteint l’âge de raison (autrement dit, ayant rencontré un professeur passionnant et spécialiste de l’Histoire franque à la Fac), mon avis s’est considérablement amélioré sur la question. Cependant, l’histoire de Lothaire ne diffère pas beaucoup de la version (très) résumée faite plus haut : il écarte son frère du trône, prend la place de son père (qui porte un joli nom, soit-dit en passant, Louis IV d’Outremer), « se lance dans des guerres qui dépassent ses possibilités » (dixit Larousse), se brouille avec Hugues Capet puis meurt au combat, laissant son fils Louis V sur le trône (qui est beaucoup plus intéressant pour une seule et bonne raison : c’est le dernier roi carolingien – à sa mort, Hugues Capet prend le pouvoir).

Voila pour le 12.11.954.

J’aurais donc pu vous parler :

  • de la mort du roi de Danemark Knut le Grand le 12.11.1035
  • de la disgrâce de Condé, accusé d’avoir participé à la Fronde des Princes, le 12.11.1652
  • du traité de Rapallo le 12.11.1920
  • de l’inauguration de l’aéroport du Bourget le 12.11.1927

Mais je ne l’ai pas fait (pour la simple et bonne raison que je n’ai absolument rien à dire dessus, soyons honnête) !

Je reviendrai de Paris avec toutes sortes d’idées et de nouveaux billets ! À bientôt et écoutez donc s’il pleut !

4 réflexions sur “Écoute s’il-pleut : Guide de survie #1

  1. Le département de l’Aisne, outre Ecoute s’il pleut, comprend aussi le village de Chamouille : la commune appartient au canton de Craonne, dont le nom est resté dans la légende noire de la grande guerre. Où l’on voit que le guide de survie rejoint le clin d’oeil au calendrier.

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