Casablanca

Aujourd’hui, c’est dimanche (ici, il neige !) : parlons cinéma !

J’avais prévu de vous parler de ce film le 26 novembre. Mais le 26 novembre 1812, c’est la Bérézina. Et puis, voilà. Un peu de cinéma après cette triste semaine, pourquoi pas?

Alors, oui. Le 22 novembre 1831, les canuts envahissaient Lyon. Le 22 novembre 1963, John F. Kennedy était assassiné à Dallas sous les yeux du monde horrifié. Allemagne oblige, n’oublions pas Angela Merkel, première chancelière, élue un 22 novembre 2005. Il s’est passé tellement de choses, c’est vrai, un 22 novembre.

Mais parce qu’il neige, parce qu’il fait froid (je pense aux chanceux qui se plaignent du soleil en ce moment même à l’autre bout du monde), parce que j’ai envie de profiter d’un instant gemütlich, cosy…parce que tout ça : parlons cinéma.

Le 26 novembre 1942, donc, la première mondiale du film Casablanca avait lieu à New York. Éloignons-nous, pour une soirée, des photos d’archives et des descriptions des batailles anciennes en vieux françois. Tapis rouge, grandes robes, glamour & co, les hauts buildings qui surplombent la Big Apple… Mettons-nous dans l’ambiance. Installons-nous bien au chaud. Une tasse de chocolat brûlant à portée de main (ou une limonade bien fraîche pour ces mêmes chanceux de l’hémisphère sud).

J’entends déjà quelques grincheux qui marmonnent derrière leur ordinateur : « Houlà…Casablanca. C’est pas ce machin dégoulinant de rose bonbon, avec Humphrey Bogart et sa tête de croque-mort? En plus, c’est en noir et blanc !! Bientôt elle va nous parler des films de Marilyn Monroe… » (tiens, c’est une idée !).

Casablanca est, en effet, un film en noir et blanc. On y retrouve, en effet, Humphrey Bogart qui donne l’impression de souffrir d’une rage de dents dans tous ses films. Et, oui, en effet, il s’inscrit à première vue (j’ai bien dit : à première vue) dans la veine habituelle des films hollywoodiens.

Autrement dit, il rassemble sur une même pellicule : une jolie actrice (Ingrid Bergman) ; un amour impossible (prenez-vous en à Shakespeare) ;  de « l’action » (entre guillemets parce que, oui, ce n’est pas non plus le dernier James Bond) et une happy end (quoique, pour Casablanca, c’est à voir).

Avant toutes choses, c’est un film très (mais alors vraiment trèstrès) célèbre. Trois fois « oscarisé », il est dans le top 5 des meilleurs films de tous les temps. Vous en avez forcément déjà tous entendu parler. Si vous aimez le genre ténébreux (je parle d’Humphrey Bogart), le piano et les histoires-d’amour-impossibles-mais-qui-dureront-toute-la-vie, vous allez adorer.

Mais surtout, Casablanca est un film de propagande américaine, tourné dans le but de remonter le moral des troupes alliées (vous comprenez maintenant pourquoi je vous en parle).

L’action se déroule donc pendant la Seconde Guerre mondiale, au Maroc (qui est alors sous l’autorité du gouvernement de Vichy). Rick Blaine (coucou Humphrey Bogart) dirige un night-club un peu mystérieux où se côtoient des réfugiés européens qui cherchent à rejoindre le pays de la Liberté (j’ai cité : les États-Unis), des fonctionnaires de Vichy (le Capitaine Renault) et des nazis (le Major Strasser qui a une tête de méchant).

Rick est un américain cynique qui cache, sous des dehors sévères, tristes et ténébreux, un grand coeur : il aide, entre autres, les réfugiés à gagner à son propre casino pour qu’ils puissent payer les passeurs et rejoindre Lisbonne, puis le Nouveau Monde. On apprendra plus tard qu’il a combattu les fascistes en Ethiopie et en Espagne. C’est un héros anonyme que la guerre a désenchanté. Bref, Rick est un type bien (c’est normal, il est américain – n’oublions pas : film de propagande !).

Un soir, un certain Victor Laszlo fait son entrée dans le café. C’est un résistant tchécoslovaque célèbre, voir mythique, qui a réussi à se sauver d’un camp de prisonniers allemand (les camps de la mort?). Il est accompagné de son épouse, Ilsa Lund (coucou Ingrid Bergman) et cherche, lui aussi, à rejoindre l’Amérique. Mais Ilsa Lund n’est autre que la femme que Rick Blaine a aimée, avant la guerre, à Paris (Paris, ville de l’amour et la liberté, symbole !) et qui l’avait quitté sans un adieu juste après que les troupes du Troisième Reich ont occupé la capitale. Malgré son désenchantement, son cynisme et son amour malheureux (Hollywood quand tu nous tiens…), Rick décide d’aider Victor Laszlo et se réengage, à sa manière, dans la bataille contre le nazisme.

Arrêtons-nous là. Déjà parce que je ne sais pas raconter les films (c’est un talent) et aussi parce que ça vous donne une bonne occasion de le (re-) voir.

Ne comptez pas sur moi pour vous faire une analyse cinématographique, je n’y connais absolument rien. Ce qui est intéressant, à mon avis, c’est le contexte historique, les personnages, la symbolique.

I. La date : 1942 ! 

C’est une date importante pour la Seconde Guerre mondiale. On la considère même comme un tournant du conflit.

1942, c’est la campagne de Russie (on sait comment ça s’est terminé) ; l’étoile jaune et les grandes rafles de juifs en France (dont celle du Vel d’Hiv en juillet); les batailles de Bir Hakeim et d’El Alamein ; le débarquement des Alliés en Afrique du Nord (Opération Torch) mais surtout (concentrons-nous sur les points positifs): les États-Unis sont entrés en guerre après Pearl Harbor en décembre 1941.

Le pays tout entier est soudain concerné par le conflit, y compris le monde doré de la côte ouest. Hollywood (où se sont réfugiés beaucoup de juifs européens) combat alors l’horreur à sa manière et les cinéastes les plus illustres mettent leur grain de sel dans cette guerre de propagande contre l’Allemagne nazie. Michael Curtiz se lance lui aussi dans l’aventure : le résultat en est Casablanca.

La France, bien sûr, ne découvrira le film que plusieurs années après la guerre (si je ne me trompe pas, en 1947). L’Allemagne, longtemps après 1945, découvrira un film censuré : les scènes faisant allusions au nazisme, dit-on, auraient été coupées (je dis « dit-on » parce que, vous vous en doutez, je n’y étais pas et je n’ai aucune preuve concrète pour l’affirmer).

II. Le sujet : réfugiés, Vichy, nazis, résistants, Marseillaise…

Les réfugiés sont les premiers personnages du film. Ils sont partout dans les rues de Casablanca et se retrouvent, le soir, chez Rick’s pour tenter leur chance au jeu ou bien pour vendre des objets de valeur. Leur but : payer les passeurs, rejoindre Lisbonne (neutre) puis s’envoler pour l’Amérique. Ils côtoient, sous les lumières tamisées du bar, des résistants, des soldats de Vichy, des femmes tristes qui boivent pour oublier (nous y reviendrons), des nazis (et même un soldat italien !). Tout ce petit monde tente de vivre au rythme du piano de Sam.

L’Allemagne nazie, bien sûr, est la grande ennemie du film (inutile d’expliquer pourquoi). Vichy et Pétain, également, sont montrés sous un mauvais jour. Au début du film, un résistant meurt en essayant de s’enfuir, assassiné par des soldats vichystes. Il s’effondre devant une grande affiche à la gloire de Pétain où il est inscrit : Je tiens les promesses, même celles des autres. Triste ironie et attaque non camouflée contre ce vieux militaire à la tête du Régime de Vichy.

Le Capitaine Renault, qui représente le gouvernement français, est montré comme un amateur de femmes (qui profite de sa position pour faire du chantage avec quelques jolies réfugiées), un vichyste bienveillant qui n’aime pas les Allemands mais qui ne cherche pas non plus spécialement à se rebeller contre le système. Il représente une grande partie de la France de l’époque qui tentait, bon an mal an (j’aime bien cette expression), de vivre : trouver de la nourriture, combattre le froid, survivre à la vie quotidienne.

Les résistants sont des gens mystérieux qui se reconnaissent, entre autre, grâce à la croix de Lorraine (symbole). Ils ont les traits tirés, ils sont maigres : ce sont des combattants. Victor Laszlo est le héros dans toute sa splendeur : beau, gentleman, humble, courageux, patriote. C’est un survivant.

Enfin, il y a cette fameuse scène, celle de la Marseillaise. Victor Laszlo (courageux, je vous dis) entonne l’hymne national, suivi par tous les consommateurs du café et ce, devant les Allemands qui tentent d’imposer de leur côté un chant nazi. Ce combat pacifique (c’est à qui chantera le plus fort) est auréolé de symboles et surtout, d’émotion : La Marseillaise ! Nous sommes en 1942, elle est interdite depuis 1940. Dans les camps de la mort, les résistants se reconnaissent en la chantant à voix basse. Sur le territoire français, Maréchal nous voilà ! a remplacé le chant révolutionnaire. Grand moment d’émotion, j’imagine, pour les Français réfugiés aux États-Unis et qui ont pu voir le film dès sa sortie en 1942.

III. Les personnages

Les personnages, bien sûr, sont le centre du film. Il y a Rick, bien évidemment. Victor Laszlo, Ilsa Lund. Mais il y a aussi les personnages secondaires qui sont encore plus empreints de symboles que les autres (à mon avis) quand on y prête attention.

Il y a cette femme, Yvonne, paumée, (à l’époque, on aurait dit « de petite vertu »), qui accumule les aventures avec les soldats allemands. Le film ne la blâme pas. Elle boit, elle souffre, elle est pathétique. Lorsque la Marseillaise retentira, elle la chantera en pleurant. L’actrice qui l’interprète, Madeleine Lebeau, avait fui la France occupée avec son mari, l’acteur juif Marcel Dalio (qui joue également dans Casablanca) et, après mille et une péripéties, avait réussi à rejoindre les États-Unis via Mexico.

Il y a ce jeune (très jeune) couple de réfugiés d’Europe de l’Est qui tente sa chance au jeu pour pouvoir continuer leur voyage vers l’Amérique.

Il y a cet escroc qui confie à Rick des laissez-passer dérobés sur les corps morts de soldats allemands.

Il y a ce serveur (allemand? russe? juif?) qui offre à boire à un couple d’intellectuels (allemands? juifs?) qui ne se parlent plus qu’en anglais pour se préparer à leur nouvelle vie, de l’autre côté de l’Atlantique.

La fin, enfin, est importante. Le Capitaine Renault (vichyste, donc, j’espère que vous avez suivi) qui jette une bouteille d’eau de Vichy à la poubelle avant de quitter Casablanca en compagnie de Rick. Leur but : rejoindre les forces de De Gaulle en Afrique. On s’imagine la suite.

 

Un film de propagande, donc. Un pied de nez aux allemands qui l’interdisent. Je pense à ces acteurs français, comme Madeleine Lebeau et son mari qui ne pouvaient pas rentrer en France sans risquer de mourir. Alors, oui, bien sûr. Il y a cette histoire d’amour qui pourrait en hérisser plus d’un. Le scénario est simple. L’action est pauvre. Mais le contexte historique est extraordinaire ! Et si on sait tendre l’oreille, on comprend le sens caché de quasiment toutes les répliques.

Certaines sont très célèbres : If we stop breathing, we’ll die. If we stop fighting our enemies, the world will die explique Victor Laszlo à un Rick désabusé. Ou bien encore la romantique Here’s looking at you, kid. 

Mais, parce qu’il y a un peu plus d’une semaine, c’était Paris, je laisse Rick conclure pour cet après-midi :

We’ll always have Paris 

Bon dimanche !

 

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