Un calendrier révolutionnaire

Et si nous profitions de ce 24 novembre (glacial dans nos contrées du Nord) pour parler du calendrier républicain?

4 Frimaire An II (24 novembre 1793)

Ici, en Allemagne, lorsque je dis que je suis française, on me cite trois choses : Napoléon, 1789 et Louis XIV (sans oublier, bien sûr, les croissants, la baguette et le vin rouge). La Révolution française n’a pas forcément la part belle, coincée entre le premier empereur des Français et le roi de l’absolutisme (les dents de Robespierre doivent grincer).

Chez moi, la Révolution éveille deux choses : la guillotine (dont cette horrible description terriblement réaliste d’une guide à la Conciergerie qui précisait à combien de mètres la tête de cette pauvre Marie-Antoinette était tombée…) et le calendrier républicain. Ce dernier m’a surtout impressionné lorsque j’ai découvert que les prénoms du calendrier grégorien (d’ailleurs, bonne fête aux Flora) avaient été changés pour Betterave, Brocoli ou Érable sucré.

À propos, le 4 Frimaire An II, le prénom Oseille était à l’honneur. Personnellement, je préfère Flora (mais c’est une question de goût).

C’est un sujet un peu délicat car le calendrier républicain n’a pas été créé, comme ça, d’un coup, le 4 Frimaire An II (soit, le 24 novembre 1793). Mais ! C’est ce jour-là qu’a été publié le « Décret de la Convention nationale sur l’ère, le commencement et l’organisation de l’année et sur les noms des jours et des mois« . Donc, bon… Une bonne manière pour moi de parler de ce fameux calendrier. En réalité, il en avait déjà été question plusieurs fois, dont le 5 octobre 1793 (pardon, le 14 Vendémiaire An II).

Le calendrier républicain, donc, a été créé pendant la Révolution française et a été utilisé de 1792 à 1806. Les révolutionnaires chamboulent tout (normal me direz-vous), jusqu’à la manière de compter. Dans le but d’utiliser un système universel, ils instaurent le système décimal. Je vous passe les détails mathématiques et autres horreurs (je suis étudiante en Histoire, n’est ce pas?) et concentrons-nous sur notre calendrier. On ne dit plus « une semaine » mais « une décadie » qui dure, vous vous en doutez, dix jours : primidi, duodi, tridi, quartidi, quintidi, sextidi, septidi, octidi, nonidi et décadi. On s’y perdrait (on s’y perd, d’ailleurs).

Un mois dure trente jours. Pour rattraper les planètes qui continuèrent à tourner normalement malgré la Révolution, on ajoute cinq à six jours complémentaires à la fin de l’année : les Sans-Culottides (eh oui!) qui étaient chômés.

Vous êtes perdus? C’est normal, moi aussi! Je n’ai jamais été très à l’aise avec les chiffres et, avouons-le, à vouloir tout changer, ils ont compliqué les choses. Nous devons cette invention à un certain Charles-Gilbert Romme qui fut précepteur à Saint-Petersbourg puis à Genève, se transforma en fervent révolutionnaire, vota la mort du roi et finit guillotiné en 1795 (très résumé).

Mais ce n’est pas terminé ! Lorsque l’on regarde un calendrier républicain, on est avant tout surpris, comme je le disais, par les TomateGuimauve et autres Salsifis qui se suivent dans une joyeuse soupe de fruits, de fleurs, de végétaux et de minéraux  en tout genre. Ne vous étonnez pas, c’est une invention de poète ! Une trouvaille d’un certain Philippe  Fabre, dit Fabre d’Églantine qui décida des noms des mois et des jours (on lui doit aussi, dit-on, « Il pleut, il pleut bergère…« , n’est pas Victor Hugo qui veut). Fabre d’Églantine, donc, qui est entré dans la postérité pour avoir été guillotiné le même jour que Danton. La légende veut qu’il ait justement chantonné son célèbre tube « Il pleut, il pleut bergère » dans la charrette, mais je doute vraiment de la véracité de cette histoire. Ou bien sinon, ce Fabre d’Églantine avait un flegme à toute épreuve et j’applaudis des deux mains.

J’avais appris que ceux qui naissaient le jour, disons, allez, des Mandragore devaient forcément s’appeler Mandragore. J’imagine les parents, inquiets, croisant les doigts ou invoquant la Déesse Raison et l’Être Suprême (c’était d’époque) pour que leur fille naisse le jour des Angélique plutôt que celui des Troène (c’est quand même plus joli).

Les inventions de la Révolution française n’ont pas toutes disparues (je me sens quand même plutôt soulagée pour ce qui est du calendrier). Le système métrique (mètre – kilogramme – poids – seconde), par exemple, fut adopté à cette époque. Une montre décadaire fut même mise au point mais jugé trop révolutionnaire, le projet fut abandonné.

Alors voilà. Aujourd’hui, 24 novembre, nous sommes en Frimaire. D’après Fabre d’Églantine, Frimaire parce que : le froid, tantôt sec, tantôt humide, se fait sentir de novembre en décembre. J’ouvre ma fenêtre, il avait raison.

Dans moins d’une décadie, nous entrerons dans Nivôse…et d’après Hugues Aufray, blanche est la neige en Nivôse ! Alors, profitez bien !

 

 

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