Le labyrinthe du silence : l’Allemagne (encore et toujours) face à son Histoire

Aujourd’hui, dimanche cinéma !

On ne compte plus les films qui parlent de la guerre, surtout de la Deuxième.

Je pense à tous ces soldats de 14-18 qui croyaient que les tranchées étaient ce que l’Homme avait fait de pire dans l’Histoire. La Der des Der. C’est pour cela, qu’ils appelèrent au pacifisme dans les années 30. Qu’ils applaudirent la conférence de Munich en septembre 38. Qu’ils rêvaient à un monde de paix pour les générations futures (on les comprend).

 

J’ai découvert Le Labyrinthe du silence (dans les cinémas au printemps 2014) complètement par hasard. Au début, j’étais un peu circonspecte. Encore un film de guerre, pensais-je. Quand on est obligé d’étudier les documents d’archives nazis et/ou américains (ce qui est mon cas), ce n’est pas exactement ce que l’on a envie de regarder le soir pour se détendre.

Francfort am Main, 1958. Allemagne de l’Ouest confortable. La vie semble douce. La guerre est loin. Est-ce bien ce même pays détruit en 1945, toujours occupé par les forces alliées? On danse, on écoute de la musique, on boit, on vit. Johann Radmann est un jeune procureur qui s’ennuie avec passion (il aime son métier, c’est un idéaliste) à s’occuper des contraventions et autres illégalités de la route. Un jour, un journaliste lui jette un nom au visage : Auschwitz. Devant l’écran, on frissonne. On connaît tous. Mais pas lui. Car oui, le réalisateur dresse le portrait de cette Allemagne de l’Ouest à la jeune génération née pendant la guerre ignorante des horreurs perpétrées par les nazis. Auschwitz? Johann Radmann ne connaît pas, non vraiment, désolé. Pour la plupart de ses collègues, c’était une prison. Une simple prison. Après tout, très cher, c’était la guerre ! Les horreurs qui ont soi-disant eu lieu là-bas? La propagande des victorieux, des alliés, des américains. Rien d’autre.

Johann Radmann est quelqu’un de sérieux. Auschwitz? Qu’à cela ne tienne, il va se documenter, il veut savoir. Savoir quoi? a-t-on envie de demander. Ce qu’il s’est passé là-bas, dans ce Pitchipoï terrifiant où s’engouffraient des trains entiers de vies brisées?

Au premier survivant qu’il rencontre, il demande Avez-vous été témoin d’un meurtre là-bas? Un meurtre? Si cela n’était pas aussi triste, on en rirait. Des milliersrépond le déporté.

Les survivants défilent, ils parlent sans qu’on sache ce qu’ils disent vraiment. Seul le Kaddish des endeuillés (la prière des morts juive) chante, quelque part, en toile de fond. On ne saura rien de ce qu’ils ont vécu, ces survivants. Par contre, on voit le procureur pâlir. Il découvre.

La tâche n’est pas facile pour Johann Radmann. Beaucoup de gens ne veulent pas l’entendre. Voulez-vous que chaque enfant allemand se demande si son père était nazi? hurle un de ses collègues. Laissons dormir ce passé encombrant. Le monde entier sait. Cette jeune génération de l’Allemagne de l’Ouest découvre seulement. Des anciens nazis coulent des jours paisibles. Ils ont un travail. Ils se font aimer par leurs proches. Ils ont une famille, des enfants, des amis. Ce sont des barbares jetés dans la nature. Mais des barbares qui semblent avoir rangé leurs armes et leur haine pour reprendre le cours de leur vie. Johann Radmann se désespère. Sont-ils tous partout? L’ont-ils tous été? Il se noie dans les archives. Le monde le dégoûte (en même temps, on le comprend). Le procureur général (juif, déporté en 1933 puis exilé en Suède pour le reste de la guerre) s’énerve : Pensiez-vous que les nazis, après 1945, s’étaient évaporés? Non, bien sûr, enfin, il ne sait pas. En réalité, il ne pensait pas, ne pensait rien. Il vivait très bien sans savoir.

Les accusés tombent des nues. Pourquoi? Qu’ont-ils donc fait? Assassiné des juifs, des sous-hommes? C’était la guerre! Est-ce donc un crime, d’avoir fait son devoir? Aucun, lors du procès qui suivra, ne se sentira coupable.

L’histoire du Labyrinthe du silence est une histoire vraie. Johann Radmann, jeune procureur, rassemble en un seul personnage, trois véritables procureurs Joachim Kügler, Georg Friedrich Vogel et Gerhard Wiese. Malgré les menaces, le procès de Francfort aura lieu. Du 20 décembre 1963 au 19 août 1965, 22 personnes furent jugées pour leur implication dans cette usine de la mort qu’était Auschwitz.

Des questions sont posées. Elles laissent pensifs. Presque mal à l’aise. Un État peut-il vivre en occultant son passé? Refuser de parler de choses horribles fait-il de ces gens des assassins? Des complices? La jeune génération doit-elle porter le crime de (certains de) ses aînés?

 

Alors bon, aujourd’hui, c’est le premier dimanche de l’Avent. J’aurais peut-être pu parler d’autre choses. Par exemple, la découverte du tombeau de Toutânkhamon par Howard Carter et Lord Carnarvon, le 29 novembre 1922.

Ou bien souhaiter une bonne fête aux Saturnin et citer un proverbe de grand-mère : À la Saint-Saturnin, la neige est pour demain (tant mieux, c’est bientôt Noël !).

Ici, les marchés de Noël ont ouvert leurs portes. On boit des Glühwein (vins chaud). On fait des Plätzchen (sablés). Pendant l’Avent, l’Allemagne est une fête. C’est d’ailleurs à cette époque de l’année que je réalise combien j’aime (mais alors vraiment !) habiter Berlin.

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