La journée de Napoléon

Il y a des dates destinées à être balayées par l’Histoire. On pense au 8 mai, au 11 novembre, au 6 juin, au 9 novembre, au 20 juillet (devinez pourquoi…ça a un rapport avec la Résistance allemande – je vous en parlerai un jour).

Le 2 décembre en fait partie (j’ai un peu honte d’avouer que j’ai écrit cet article un 29 novembre – mais c’est l’intention qui compte !).

On l’aime ou on ne l’aime pas mais Napoléon ne laisse pas indifférent. Il fait partie de ces hommes qui ont façonné l’Histoire de France (malgré eux peut-être?), avec une vie semblable à une tempête, ébranlant tout « en passant sur le monde » (coucou Alfred de Musset). Quand on parle d’Histoire française, impossible de faire l’impasse sur Buonaparte.

J’ai toujours été fascinée par Napoléon. Il représente pour moi ces héros romantiques qui cherchent à prendre pieds sur leur destin et qui courent malgré eux dans une seule direction. C‘est une figure légendaire composée des lubies du poète, des devis du soldat et des contes du peuple écrivait Chateaubriand. Et il peut parfois être difficile de démêler les fils du vrai et du faux.

Bon. J’arrête là avec mon panégyrique sur Napoléon. Vous l’aurez compris, je suis une sorte de groupie (et à ceux qui commencent à dire que c’était un dictateur…ils ont raison ! Mais vous ne parviendrez pas à me convaincre).

Le 2 décembre donc. Peut-être devrais-je dire les 2 décembre. Car dans la vie palpitante (une groupie, je vous dis) de Napoléon, les 2 décembre se suivent, comme une sorte de malédiction bienheureuse.

2.12.1804

Il n’y a pas grand chose à dire en soit, sur le 2 décembre 1804. Napoléon est (s’est, devrions-nous dire) sacré Empereur des Français.

Arrêtons-nous deux secondes. Ce corse, né un 15 août 1769 (autrement dit, un an tout juste après que la Corse est devenue française), devient en ce mois de décembre de début de siècle (ce siècle avait deux ans, déjà Napoléon perçait sous Bonaparte….je suis aussi une groupie de Victor Hugo) l’homme le plus important de France. Il s’inscrit dans l’Histoire à seulement 35 ans. Et c’est proprement incroyable !

Lorsqu’on parle du couronnement de Napoléon Bonaparte, on a tendance à penser qu’il a débarqué, comme ça, un matin, à Notre-Dame de Paris, avec sa suite, ses soeurs, ses généraux, Joséphine en grande robe (comme par hasard, le Pape Pie VII visitait Paris ce jour-là)  et que, hop !, il s’est saisit de la couronne et s’est déclaré Empereur. Malheureusement, ce fut beaucoup moins spontané (et c’est bien dommage car diablement moins romantique à mon avis). En réalité, la grande cérémonie du 2 décembre 1804 a ses préludes.

Avant d’être Empereur des Français, le petit corse au teint olivâtre (désolée, c’est souvent ainsi qu’il est décrit) est déjà au pouvoir. Il gouverne la France sous le titre de Premier Consul. Le 4 août 1802 (ou 16 thermidor An X), c’est officiel, Napoléon a écarté toute forme d’opposition : il s’est fait nommer Premier Consul à vie. Ses pouvoirs sont immenses, il peut même désigner son successeur. C’est un monarque absolu, sans l’être réellement.

Le 18 mai 1804, le Sénat décrète (entre autres) que « le gouvernement de la République est confié à un empereur, qui prend le titre d’Empereur des Français« . Ainsi, cette Constitution de l’An XII obtient un tour de force : la République existe encore mais elle est gouvernée par un Empereur !

Que manquait-il de plus à Napoléon si ce n’est une couronne?

Buonaparte n’était pas qu’un génial stratège, c’était aussi un génial propagandiste (entre autres talents). Il sera Empereur, soit ! Mais faisons les choses en grand : le Pape, Aix-la-Chapelle, pourquoi pas Rome? Charlemagne l’a fait, pourquoi pas lui? Il exige la venue du Saint-Père dans sa capitale. La légende veut que Pie VII ait commencé par tergiverser. Se déplacer? Quitter Rome pour cet obscur Français au bicorne ridicule? Lui, le vénérable successeur de Saint-Pierre? Jamais !

Inutile de préciser que Napoléon eut le dernier mot, le tableau de Jacques-Louis David (immense, magnifique, gigantesque – une bonne raison de faire la queue devant la Pyramide du Louvre !) est là pour l’attester. J’avais lu (mais je ne suis pas 100% certaine de la véracité de cette histoire) que l’escorte pontificale avait été dévalisée en route (pauvre Pape) puis que le futur Empereur avait rencontré Pie VII « par hasard » (notez bien les guillemets) dans la forêt de Fontainebleau (par hasard, oui, bien sûr…). Il l’aurait salué, sans plus, bonjour cher ami, avez-vous fait bon voyage?, quel évènement majeur vous amène-t-il donc à Paris? puis s’en serait allé continuer sa chasse avec sa cour. Quel panache !

2 décembre 1804, donc. Notre-Dame. J’aime à imaginer qu’il devait commencer à faire froid, dans ce Paris du tout début du XIXème siècle. Peut-être que les passants réchauffaient leurs doigts autour de cornets de marrons grillés (oui, je sais mais bon, après tout, peut-être qu’on en mangeait déjà?), soufflaient des volutes de fumées, se massaient les uns contre les autres sur le chemin que devait emprunter le carrosse de Napoléon et Joséphine. Empereur ! De mémoire de Parisiens on n’a jamais vu ça. Sous la nef plusieurs fois centenaire de Notre-Dame se pressent des catholiques convaincus, des royalistes retombés en grâce, d’anciens séminaristes (coucou Fouché) et des révolutionnaires, beaucoup de révolutionnaires dont certains ont des crimes d’hommes d’Église sur la conscience (triste ironie). Qu’à cela ne tienne ! On est pas là pour prier. On est là pour voir et être vu. Imaginez. Imaginons. Joséphine, la tête baissée. Les fidèles maréchaux d’Empire. L'(encombrante) famille Bonaparte à quelques pas (Laetitia est absente pour cause de dispute avec son illustre fils – par politesse et diplomatie, Jacques-Louis David la glissera dans son tableau). Et puis Napoléon. La légende veut qu’il ait subtilisé la couronne des mains du Pape (re-pauvre Pape) pour se la poser lui-même sur la tête. En réalité, tout était convenu et c’est selon le rite carolingien (?) que Napoléon se serait couronné, seul, debout, face à l’assistance.

2.12.1805

L’aurait-il fait exprès?

Un an, jour pour jour après son sacre à Paris, le 2 décembre 1805, Napoléon et son armée gagnent leur plus grande victoire : Austerlitz.

En une journée à peine, il met à ses pieds deux empereurs : François II de Habsbourg-Lorraine, Empereur d’Autriche et du Saint-Empire romain germanique et le Tsar de toutes les Russies, Alexandre Ier.

Je ne suis absolument (mais absolument pas) douée pour raconter les batailles (légendaires ou pas). Imaginons donc le fracas des armes et ce soleil, ce fameux soleil d’Austerlitz qui brillât, dit la légende, pour saluer la victoire de Napoléon Ier.

Vous serez peut-être déçus d’apprendre qu’Austerlitz (ça sonne bien, nous sommes d’accord) porte aujourd’hui son nom tchèque, Slavkov u Brna (ce qui est beaucoup moins impressionnant, surtout lorsque l’on ne sait pas comment le prononcer). Vous serez peut-être aussi déçus de savoir qu’il ne reste du fameux champ de bataille qu’une immense plaine verte, qui s’étend à l’infinie vers le ciel (normal pour un champ de bataille, me direz-vous). Lorsque je suis passée à Austerlitz, j’ai comme eu la sensation d’avoir été trompée. Comme si Napoléon et le comte André Bolkonsky (l’amoureux de Natacha Rostov dans Guerre et Paix !) manquaient au rendez-vous. Mais j’ai toujours eu beaucoup trop d’imagination.

Bon. Retournons à la grande Histoire. Pour ce qui est de la victoire, ça commençait mal pour Napoléon. La Grande Armée est nettement inférieure en nombre. Face à eux, les Français ont deux Empereurs, deux armées. Ils ont aussi Koutouzov, le célèbre général russe.

Le 14 novembre, Napoléon paradait dans Vienne (première fois depuis toujours que la prétentieuse capitale des Habsbourg voit défiler des ennemis dans ses rues). Le 19, il part à la poursuite de Koutouzov qui s’est réfugié de l’autre côté du Danube. Napoléon s’installe alors dans ce minuscule village d’Austerlitz (admettez que les soleils de Slavkov u Brna sonne beaucoup moins bien).

Les Français sont donc inférieurs en nombre. Soit. Mais n’oublions pas (je me répète) que Napoléon est un stratège exceptionnel. Le 28 novembre, il donne l’ordre à ses maréchaux (dont Murat, les autres je ne sais plus) d’abandonner le – fameux – plateau du Pratzen. Trompera-t-il l’ennemi? Il le trompe ! Sûr de leurs milliers de soldats, les austro-russes sont convaincus de voir là une véritable faiblesse. Napoléon va encore plus loin. Le lendemain, il propose l’armistice aux russes dont l’exigence et la prétention mettent fin au dialogue (orgueilleux Prince Dolgoroukov !)

Malheur à eux  ! Le 1er décembre, Napoléon joue encore un tour à sa façon à ses ennemis. Il décide de lancer la bataille à l’endroit qu’il a choisi, là encore, quel panache !  Il laisse une poignée (bon, quelques milliers) de soldats bien en vue et passe la nuit à bivouaquer, près de ses hommes. Reconnaissons au général Koutouzov qu’il avait compris la manoeuvre mais personne ne prit garde au vieux croulant (c’est toujours un tort de ne pas écouter ses ainés, on pourrait croire à une morale de La Fontaine).

Voici l’aube ! Les austro-russes lancent leurs armées sur la poignée de Français, ils se croient invincibles, sans doute. Pour eux, la victoire est proche. Oui, mais voilà. Le 2 décembre 1805, il y avait du brouillard. À croire que la météo était du côté des Français. Deux divisions sont cachées, quelque part dans ce Nebel (brouillard en allemand pour les non-germanophones) troublant, digne du frog britannique. C’est la débandade. La catastrophe du côté austro-russe. Les Français prennent l’avantage. Des soldats russes se noient en tentant de traverser un lac gelé. Le brouillard se dissipe sur le terrible tableau d’un champ de bataille dévasté. Le soleil se lève. Le soleil d’Austerlitz.

C’est la victoire (très résumée, oui, je sais) la plus éclatante de Napoléon. Nous sommes le 2 décembre 1805. Le jour du premier anniversaire de son sacre.

Les 2 décembre de l’autre Napoléon

Alors oui. Je pourrais vous parler d’un autre Napoléon. Celui que Victor Hugo surnommait cruellement le petit (ce qui lui a valu d’être exilé, notamment à Guernesey où il a écrit son chef-d’oeuvre, Les Misérables, comme quoi…). Ce ne devait pas être simple de s’appeler Napoléon. De porter le nom de Bonaparte. D’être le descendant de Joséphine (par Hortense). Comme L’Aiglon d’Edmond Rostand, ce Napoléon-là devait probablement rêver à faire de grandes choses, à devenir l’égal du Napoléon précédent. C’est pourquoi le 2 décembre 1851. Son coup d’État alors qu’il était déjà président de la République. Puis, un an après, le 2 décembre 1852, il se proclama Empereur. Napoléon III.

Mais le 2 décembre, visiblement, ne réussit pas à tout le monde. Le 2 décembre 1870 n’est pas l’Austerlitz de Napoléon III. C’est la défaite de Loigny, une parmi d’autres, celles de 1870-1871, qui prépara le chemin de l’exil au dernier Empereur des Français. C’est bien là où ils se rejoignent, les deux Napoléons. Dans l’exil. Tous deux moururent loin de France, en territoire anglais. Une pirouette de l’Histoire?

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s