Découvrir Auschwitz

Il est des noms inscrits à l’encre rouge dans l’Histoire.

Auschwitz-Birkenau (prononcez Ao-chvits – bir-keu-nao) est de ceux là.

Vous lisez Auschwitz-Birkenau et vous vous dites, ça y est. Encore un sujet bien glauque, bien triste, bien démoralisant (et vous avez raison !). Mais si vous pensez cela, c’est que justement, ce nom est gravé dans vos mémoires. Parce que vous en avez entendu parler des milliers de fois, à l’école, à la télévision, dans les journaux, dans les conversations (conversations impliquant parfois – mais pas à chaque fois ! –  des étudiants en Histoire assommants qui se la ramènent toujours).

Le camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau a été libéré par l’Armée Rouge le 27 janvier 1945. Il y a 71 ans aujourd’hui.

On lit 71 ans et on se dit, c’est très vieux (ou ce n’est pas tout jeune – quand on a de la diplomatie). On lit 1945 et on se dit, c’est très loin. Et puis, on s’arrête un instant. On compte et on compare. 71 ans. Soixante-et-onze ans. 70 + 1 ans. On réalise. On remonte dans le temps. L’Histoire humaine est tellement vieille ! C’est une dame âgée, à la canne toute sculptée, à la démarche voutée, une « millénaire » comme on en fait plus. On pense à Jésus, à la barbe fleurie de Charlemagne, à nos ancêtres les Gaulois, à Henri IV et son Paris vaut bien une messe, à Verdun et ses tranchées, à Louis XIV recevant l’ambassadeur de Perse. On pense à tout cela. On n’ose plus compter. C’est trop vieux, trop loin, insaisissable.

Alors, on réalise. 71 ans. Vous avez peut-être des parents, des grands-parents qui vous ont parlé de l’année 1945. Ils s’en souviennent. Ce fut leur présent.

Écrivons-le une seconde fois.

Le camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau a été libéré par l’Armée Rouge le 27 janvier 1945. Il y a 71 ans aujourd’hui. Autrement dit, sur l’échelle de l’Histoire : hier.

 

27 janvier 1945

Un grand vent soufflait, en ce 27 janvier 1945, à Auschwitz. Du moins, c’est ce que beaucoup de témoins racontèrent. Du vent. Froid, j’imagine. Lorsque l’on veut placer le camp sur une carte, on découvre les grandes plaines du sud de la Pologne, tout là-bas, à l’Est de l’Europe. À Pitchipoï. Autrement dit, nul part, loin, dans l’inconnu.

En ce mois de janvier 1945, l’Armée Rouge avance. Elle écrase les soldats allemands et l’armée du IIIème Reich recule, inexorablement. Dans leur panique et dans leur fuite, dans un sursaut de peur peut-être (peur que le monde découvre l’horreur?), les SS emmènent avec eux les prisonniers des camps et les entrainent dans d’interminables marches de la mort. Beaucoup, après avoir pourtant survécu à l’innommable, n’en reviendront pas.

L’Armée Rouge avance, donc. Auschwitz n’est qu’un point sur une carte. Leur but, Berlin. Hitler. Cet orgueilleux Reich et son aigle barbare qui terrorisent l’Europe. À l’Ouest, les Alliés avancent aussi. Elles vont bientôt se rejoindre, au-dessus d’un fleuve (l’Elbe), toutes ces armées.

Le 27 janvier, une division russe découvre Auschwitz par hasard. C’est terrible mais c’est vrai. Par hasard. Ces deux mots sonnent étrangement à nos oreilles, aujourd’hui. En 2016, passer par Auschwitz n’est certainement pas un hasard. On se prépare. On s’attend à un lieu de mort, on y va en bataillon d’élèves, en bus de survivants. On se serre les uns contre les autres, on scrute les baraquements, on ne sent pas forcément bien, on se sent même terriblement mal.

Je me souviens d’une interview, vue l’année dernière, pour les 70 ans de la libération du camp. C’était un vieil homme, un ancien de l’Armée Rouge. Il racontait ce qu’il avait vu, ce 27 janvier 1945. Ses yeux étaient écarquillés, son regard était voilé, il fixait le vide. Il parlait, il était ailleurs. Là-bas, sans doute.

Découvrir Auschwitz. Quelle horrible spectacle que ces cadavres titubants derrière les barbelés, abandonnés là par les SS car jugés trop faibles, trop vieux, trop proches de la mort. Toute cette humaine inhumanité à ciel ouvert.

Ce 27 janvier 1945, environ 7000 survivants erraient encore dans le camp d’Auschwitz. On estime à plus d’un million de disparus. Des vies qui, débarqués des trains, s’engouffraient vers l’enfer. Des femmes, des hommes, des familles et tellement d’enfants.

Auschwitz-Birkenau. Bien sûr, il y a eu d’autres camps. Beaucoup. Trop. Des endroits atroces où l’on mourrait tout autant et d’horribles manière. Où la mort, disait un survivant, était devenue une rencontre quotidienne. Auschwitz, toutefois, est devenu le symbole de ce que les nazis appelèrent « la solution finale ». La solution finale. Mieux vaut ne pas s’attarder sur la signification de ces deux mots. Solution. Finale. Comme s’ils étaient enfin parvenus à résoudre un épineux problème. Un ennuyeux problème. Voilà l’une des bases du système d’extermination hitlérien. Trouver une « solution finale » à la « question juive ». Alors ils décidèrent (à Wannsee, dans ma ville, dans Berlin) de les faire disparaître.

Plus d’un million de vies (juives, pour la plupart) furent ainsi effacées à Auschwitz.

 

Une journée pour la mémoire 

Donc voilà. Le 27 janvier est devenu une journée du souvenir.

Pour les Nations Unies, c’est la Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l’Holocauste. 

Pour la France et l’Allemagne, c’est la Journée de mémoire de l’Holocauste et de la prévention des crimes contre l’humanité (ou : Internationaler Tag des Gedenkens an die Opfer des Holocaust). Depuis 1996, l’Allemagne commémore aussi, aujourd’hui, toutes les victimes du national-socialisme.

Une journée dédiée à la mémoire. Une journée dédiée à combattre l’oubli.

C’est un concept fascinant. Des nations, des organisations, l’Europe, le monde (ou presque) se remémorent. Le 27 janvier, des minutes de silence sont respectées. Les rares survivants se retrouvent à Auschwitz. Des gens importants tiennent des discours dans toutes les langues. À New York, au siège de l’ONU. Au Conseil Européen. Au Mémorial de la Shoah (à visiter absolument !) à Paris. Dans presque toutes les capitales européennes, par-delà l’Atlantique, par-delà la Méditerranée (à Yad Vashem) – on s’est souvenu, on se souvient, on se souviendra. On arrêtera le temps chaque année pour se souvenir. Pour honorer la mémoire.

Honorer la mémoire, c’est connaître et faire connaître. C’est être le gardien du passé (et sans passé, ni présent, ni avenir, c’est vous dire à quel point c’est important !).

C’est un peu le travail d’un historien, en somme (fin de mon instant self-praise d’historienne-to-be).

Elie Wiesel a écrit : « Le bourreau tue toujours deux fois, la seconde fois par l’oubli« .

Alors, aujourd’hui, 27 janvier : piétinons l’oubli.

 

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