Verdun tiendra-t-il? Verdun a tenu

21 février

Mon calendrier me le rappelle. J’aurais bien aimé l’oublier. Impossible. Mon agenda « trublionne » (je sais, ça ne se dit pas) gentiment au fond de ma valise. J’ai jeté un coup d’oeil à mon téléphone (génération 2.0). J’ai vu la date s’afficher. J’ai cherché (honte à moi). 21 février. 21 février. Voyons. Il y a quelque chose le 21 février. Un anniversaire à souhaiter? D’une certaine manière, oui, un anniversaire. Celui d’une des batailles les plus mythiques de l’Histoire de France : Verdun.

Bon. Avouons-le. J’ai un peu de mal à m’y mettre. Non par désintérêt. Mais par flemme. Je suis à Nice. La mer, les pissaladières (si vous ne connaissez pas, c’est un terrible défaut), les lunettes de soleil et ce ciel insolemment bleu.

Bref. Vous comprenez. Archibald me séduit beaucoup moins (Archibald, c’est mon ordinateur – oui, oui, je lui ai donné un nom, je sais ce que vous pensez, ne le dites pas). D’un autre côté, il est difficile de passer à côté du centenaire de Verdun. Les magazines titrent : VERDUNl’enfer sur terre ou bien VERDUNil y a cent ans : l’apocalypse. Des interviews, des avis, des explications, des frises chronologiques, des témoignages. Le tout saupoudré de photos très explicites (le genre de photos où tu fermes les yeux avant de tourner une page, au cas-où, dixit une voyageuse dans la salle d’attente de la gare Lyon Part Dieu) Tout le monde en parle, de Verdun. Vous ne pouvez pas avoir raté ce centenaire grandiloquent qui va voir se réunir des femmes/hommes politiques autour de ces croix blanches, ces milliers de croix blanches, qui s’élancent à l’infini du paysage, dans le Nord de la France.

21 février 1916 – 21 février 2016

Voilà. 100 ans.

Il y a cent ans on se battait à Verdun.

Alors bon. Verdun n’est pas la bataille d’un jour. Autrement dit, elle ne s’est pas arrêtée au soir du 21 février 1916. Mais ! C’est ce matin là que tout a commencé.

Je ne suis pas douée pour raconter les batailles. Soyons brefs. Ce qui est intéressant, c’est le centenaire et surtout, le mythe !

Que s’est-il passé?

Il est 7h00, ce matin du 21 février 1916. La nuit a été froide, le givre recouvre ce qui reste encore de végétations aux alentour des tranchées et des hommes. Les soldats français ont mal dormi. Peut-être n’ont-il même pas dormi du tout. Une nuit blanche à veiller les étoiles, à compter ses bonheurs, à écouter la peur ramper dans la nuit. Le monde bouge doucement. Ce n’est pas encore le jour, plus tout à fait la nuit. Voilà l’aube.

Il est 7h15 et le ciel se déchaine soudain. Il pleut des obus sur les positions françaises. Les canons allemands frappent sur 60 kilomètres de front (puis 80 kilomètres vers 8h00). Les témoignages des survivants de 14-18 raconteront souvent la même chose. Ces pluies d’obus. Puis lorsqu’ils retombent, ces cratères immenses dans lesquels disparaissent des vies à jamais. Vous connaissez tous les films d’archives. Ces poilus qui cherchent à remonter la pente de ces cratères si profonds. La pluie de boue, de pierre, de fer. Le sol qui s’effondre. Inimaginable pour nous, enfants de l’Europe (enfants de la paix).

Pendant neuf heures, le monde continuera à trembler pour les positions françaises. Pendant neuf heures, deux millions d’obus s’écraseront dans le sol de Verdun. Les Français réagissent peu (et pour cause, ils en sont incapables). Les Allemands s’acharnent.

La bataille de Verdun est engagée. Elle durera dix mois. On estime à 163 000 le nombre de Français disparus. Du côté allemand, le bilan est tout aussi sévère (pourquoi parle-t-on de bilan sévère? Parlons de boucheriemassacre, carnage !). Environ 140 000 soldats allemands seront comptés absents.

Pourquoi Verdun?

La décision de cette bataille est due à un Allemand: Erich von Falkenhayn. Pour lui, le but est clair, l’Ouest est le danger de l’Allemagne (et non l’Est, n’oublions pas que la Russie s’appelait encore Russie et se battait toujours en 1916 !) Il décide donc de prendre les devants. Attaquer la France avant que la France n’attaque l’Allemagne.

Il expliquera plus tard avoir voulu frapper les Français dans un endroit symbolique (ah bon?), les saigner, les mettre à plat, les mettre hors d’état de nuire. Cependant, Verdun n’est pas d’une importance particulière pour la France. Ce n’est pas Reims, ville royale. Ce n’est pas Paris. Ce n’est pas Saint-Denis. Aujourd’hui, toutefois, et même ce, dès 1917, Verdun est devenue une ville phare, une ville mémorial. La ville de 10 mois de guerres, de six grandes journées décisives et de milliers de morts.

Les Allemands attaquent. Qu’en est-il des Français? Soyons francs. Ils n’étaient pas prêts. Joffre ne croyait pas en une offensive. Pas à Verdun. Il pensait à une tentative ratée, à une diversion allemande avant de frapper un plus grand coup ailleurs, sur le front. À Verdun, Joffre ne s’est pas montré sous son jour de grand visionnaire. Le lieutenant-colonel Emile Driant (tombé héroïquement avec son bataillon à Verdun le 22 février 1916) avait tenté de dénoncer l’impréparation de Verdun. Mais Joffre ne voulut rien entendre. Le résultat de cette obstination nous est maintenant connu. Des travaux seront quand même effectués dans les tranchées et dans les forts, un peu avant le début de l’offensive allemande. Certains historiens estiment toutefois que le matin du 21 février 1916, Verdun n’était toujours pas prêt à encaisser le choc.

 

Verdun, le mythe

Verdun. On en a déjà tous entendu parler. On sait même quasiment tous le placer sur une carte. Pour nous Verdun = tranchées, obus, carnage. Aujourd’hui, le site de Verdun est caractérisé par ses trous d’obus qui s’étendent à l’infini. Le paysage est toujours tourmenté. Et pour cause, ce n’était qu’il y a cent ans.

Verdun, c’est un mythe. Un mythe de l’Histoire française. Outre-Rhin, la bataille est moins connue. Après tout, pour l’Allemagne, Verdun est une défaite. Pour la France, c’est une victoire (héroïque !). Les mémoires collectives des pays diffèrent.

Dans les esprits français, Verdun est le symbole même de la Première Guerre mondiale. On parle de Verdun, comme si on parlait de 14-18 en général. On dit « Verdun » pour dire « Première Guerre ». Les deux termes semblent interchangeables. On oublie les autres batailles, souvent plus meurtrières encore que Verdun. Je pense à La Somme, au Chemin des Dames et à d’autres.

Alors, pourquoi Verdun? Est-ce simplement dû au fait que c’est une victoire? Une victoire mythique car une victoire gagnée grâce à la force héroïque des poilus?

Avant toutes choses, Verdun est franco-allemande. Les alliés n’y sont pas. C’est une bataille entre la France et l’Allemagne. Elle symbolise ce conflit franco-allemand qu’est 14-18 pour la plupart des Français.

Tout le monde est passé par Verdun. 73 divisions sur une centaine. Nous nous sentons quasiment tous concernés. Nous avons tous un ancêtre qui est revenu de Verdun. Ou bien la photo d’un jeune homme, à la moustache fine, l’air fier et droit, dans un cadre doré. Et cette phrase : il est mort à Verdun. On dit, il est mort à Verdun, comme il est mort à la guerre. Force des symboles.

Les témoignages des survivants jouent beaucoup dans la création d’un mythe. Et dans celui de Verdun, les récits des poilus rescapés tiennent la première place. Pour les rescapés, Verdun fut l’enfer sur terre. C’est le souvenir transmis par les hommes eux-mêmes qui fait de Verdun cette aura de bataille extraordinaire, de bataille surhumaine (qu’elle fut !), de bataille infernale.

Dès 1917, avoir fait Verdun, est déjà un mythe. On a fait Verdun et on est un héros. Dès 1918, les autorités louent l’héroïsme des poilus. C’est l’une des rares batailles où le mythe s’exacerbe alors que le conflit n’est pas encore terminé. Verdun est un Austerlitz du XXème siècle.

Il vous suffira de dire, j’étais à Austerlitz, pour que l’on vous réponde : voilà un brave ! se serait exclamé Napoléon face à sa victorieuse Grande Armée. Qui n’a pas fait Verdun, n’a pas fait la guerre ! répondent les poilus. Un Austerlitz XXL du XXème siècle.

Verdun, comme je le disais plus haut, n’a rien « d’exceptionnel », dans le sens où les autres batailles de 14-18 furent tout autant terrifiantes. La boue, les tranchées, les morts, les rats, les maladies…ce sont là des caractéristiques propres à toutes les batailles de la Première Guerre mondiale. Toutefois, Antoine Prost (historien, grand spécialiste de 14-18) compte une différence notoire. À Verdun, les Français ont eu peur. C’est la première fois depuis la Marne que les Allemands attaquent aussi brutalement, aussi cruellement, aussi massivement.

Verdun doit tenir !

Mais Verdun tiendra-t-il?

Verdun a tenu (et c’est dans cette phrase que repose, tout le mythe de Verdun)

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Le Mémorial aux morts de 14-18 de Rauba-Capeù à Nice (ou l’art d’allier photos de vacances et post d’Histoire)

 

 

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