1er mars 1815 : le vol de l’aigle

1815

Pour beaucoup, le monstre napoléonien est enfin éradiqué.

Napoléon Ier a abdiqué à Fontainebleau le 6 avril 1814. Les dirigeants du continent européen l’ont exilé avec une certaine satisfaction et un grand soulagement. Le petit corse (l’expression n’est pas de moi) est censé disparaître sur l’île d’Elbe, là-bas, vers l’Italie (et vers la Corse).

carte archipel toscan
À quelques encablures de la Corse…et de la France !

L’Europe de 1815 s’est réunie à Vienne. L’Autriche prend sa revanche après Austerlitz, après Marie-Antoinette, après Marie-Louise (qui est « rentrée » à Vienne avec son fils, le futur Aiglon dont Edmond Rostand a fait une pièce de théâtre – à lire, à lire, à lire !). Les diplomates débattent, dansent, se retrouvent autour d’un chocolat viennois pour discuter des intérêts de leur pays. Napoléon, pourtant en Méditerranée, plane au-dessus des négociations. C’est qu’il a terrorisé le continent européen, ce petit Buonaparte. Sa Grande Armée a fait trembler les têtes couronnées. Dans les couloirs des palais viennois, on fait comme si. Comme si quoi? Comme si Iena, Wagram et Rivoli n’étaient que des souvenirs très lointains, déjà oubliés. Les princes et autres empereurs se partagent l’immense territoire laissé par Napoléon. C’est à qui aura la plus grosse part de cet énorme, de ce monumental gâteau.

Pâté indigeste

 

 

On prend des airs bravaches, des airs de matamores. Pourtant, on en a encore peur, de ce français exilé. On pense l’envoyer plus loin encore. La Méditerranée est bien trop proche. Elle baigne les pieds dorés des côtes françaises, génoises, espagnoles…

Mais avant la fin des négociations, Napoléon a déjà débarqué en France.

1er mars 1815

Napoléon, donc. Encore lui. Certains auraient bien aimé ne plus entendre parler de lui. Qu’il meurt sur cette île d’Elbe qui semblait pourtant bien trop lointaine, bien trop gardée, pour qu’il puisse s’en échapper. Oui mais voilà. Napoléon a déjà fait le tour de son île. Il a déjà réformé l’administration, a déjà mis en place des institutions. Car c’est plus fort que lui. Peu importe où il passe, il réforme, il construit. Un stratège doublé d’un génie (fin de mon instant groupie).

Bref, vous l’aurez compris, Napoléon s’ennuie. La France lui tend les bras. On l’a exilé, certes. Mais ses informateurs le préviennent que là-bas, à Vienne, on parle de l’envoyer plus loin encore. On murmure Sainte-Hélène. Une carte est étalée. Sainte-Hélène. Île britannique perdue dans l’Atlantique. Jamais. Basta ! (coucou Marie) Napoléon saisit sa dernière chance.

Pour son débarquement, son grand retour, il choisit Golfe-Juan.

Il quitte l’île d’Elbe le 26 février 1815, parvient à échapper aux Anglais maîtres de la mer et pointe son doigt sur Saint-Raphaël. Ce sera Vallauris (aujourd’hui Golfe-Juan).

Golfe-Juan. Petite ville balnéaire, à quelques kilomètres seulement d’Antibes (ville fortifiée, à visiter !), Golfe-Juan est aujourd’hui un de ces lieux touristiques azuréens où les hôtels et autres constructions bétonnées font face à la mer.

À l’époque de Napoléon, ce n’était qu’un village de pêcheurs (ils ne connaissaient pas leur chance). Quelques maisons, une grande plage. Aujourd’hui, la plage de débarquement de Napoléon est envahie de touristes en été. Imaginez-vous Napoléon sortir de l’eau, juste devant votre voisin en maillot de bain minimaliste, une glace à la main et son affreux gosse qui piétine le sol au rythme de ses caprices… (non, n’imaginons pas).

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Golfe-Juan le 1er mars 1815

Napoléon remonte la France. Son but est simple : Paris. Partout où il passe, il suscite l’enthousiasme. Les foules l’acclament. Car voilà, comme Henri de Régnier le dira, la vie de Napoléon s’est transformée en conte populaire, que l’on raconte, le soir, à la veillée. Les vétérans de la Grande Armée ont décrit leurs batailles, Napoléon est pour le peuple une sorte de mythe légendaire. Pour l’ancien exilé, cette foule en délire est une preuve : il se devait de revenir. La France lui a manqué. Il a manqué à la France (il était légèrement égocentrique). Le chemin que Napoléon trace jusqu’aux Tuileries portera son nom. Aujourd’hui encore, on peut la prendre à partir de Golfe Juan et la remonter. Elle passe par les montagnes. C’est la Route Napoléon. Tout le long, vous trouverez des bustes de l’Empereur, des cafés qui portent son nom.

Que dire de plus sur le 1er mars 1815. C’est le début des Cent Jours.

Dès son arrivée à Paris, Napoléon s’installe. Il forme un nouveau gouvernement. Benjamin Constant (le poète et l’ancien opposant) a ordre de rédiger une nouvelle Constitution. Il s’agit de reprendre le temps perdu. Ces Actes Additionnels promulgués le 22 avril 1815 ne satisfirent guère le monde politique. Car voilà. Napoléon revenait mais le monde avait changé depuis lors.

Cent Jours. Les bonapartistes appellent cette période le dernier vol de l’aigle. Tout s’effondra, le 18 juin 1815, à Waterloo. Cette fois-ci, Napoléon fut envoyé sur cette île britannique, perdue au milieu de l’Atlantique, dont il avait eu si peur. Sainte-Hélène.

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