Le Titanic de Goebbels

280px-RMS_Titanic_4
Le plus grand navire alors construit par l’homme

Aujourd’hui, il pleut. Peut-être est-ce pour cela que je me sens d’une humeur so Titanic. Rassurez-vous, je ne vais pas vous faire une analyse cinématographique du film de James Cameron (le fameux, le célèbre) et comment Jack meurt à la fin (si vous ne parvenez toujours pas à vous en remettre, tapez Dicaprio2016 sur Google et vous vous sentirez beaucoup moins triste). Pas de film sur fond de violon, donc. Car, avant d’être une interminable histoire d’amour impossible à la Roméo et Juliette, le Titanic est bien un fait réel: un immense navire, le plus grand de l’époque, l’insubmersible, qui coula à pic dans les eaux glacées de l’Atlantique.

14 avril 1912 – Et le Titanic fut englouti

titanic-journaux-presse-newspaper-couverture-fail-02
« Tous les passagers du Titanic sauvés » – beaucoup de journaux titrèrent cette information au lendemain du naufrage (mauvais jugement de l’ampleur de l’évènement)

L’histoire est dramatique, on la connait tous. Dans la nuit du 14 au 15 avril 1912, vers 23h00 – 00h00, le Titanic heurta un iceberg et s’enfonça sans majesté dans l’océan en moins de trois heures, emportant avec lui plus de 1500 victimes (visitez donc la Cité de la Mer de Cherbourg !). Depuis ce jour, il repose par plusieurs milliers de mètres de fond. On ne compte pas les histoires tragiques de certains survivants ou bien les témoignages d’actions héroïques. L’orchestre du Titanic qui continua à jouer lors du naufrage est devenu célèbre (merci James Cameron). L’histoire du couple Strauß, copropriétaires du célèbre magasin Macy’s à New York, qui s’installèrent dans des transats pour ne pas être séparés, retourne le coeur du plus cynique (si, si).

Si le drame du Titanic est si célèbre, c’est qu’il représente la fin d’une époque. On l’associe souvent à la chute annoncée de la Belle Époque, insouciante période de faste, de paix et de richesses des États. Deux ans plus tard, la Grande Guerre frappa aux portes des maisons européennes (puis s’étendit au reste du monde). Après 1918, certains journaux inclurent le Titanic à la tragédie de la Première Guerre mondiale, comme un mauvais présage.

Incontestablement le plus célèbre des naufrages, le Titanic n’est pas le plus meurtrier. Le torpillage le 30 janvier 1945 du Wilhelm Gustloff par un sous-marin soviétique dans la mer Baltique faucha entre 7000 et 9000 personnes, des allemands pour la plupart, qui fuyaient l’avancée de l’Armée Rouge (triste ironie d’avoir été torpillé par un bâtiment russe). Ce naufrage passa complètement inaperçu. Et pour cause ! Deux jours auparavant, on découvrait Auschwitz et l’horreur nazie était jetée au grand jour. Certains journaux allèrent jusqu’à laisser entendre que la mort de quelques milliers d’allemands n’avait guère d’importance après les millions de vies fauchées dans les camps de la mort. Victimes oubliées.

Si je parle de l’Allemagne nazie, c’est justement parce que le Titanic et son naufrage a aussi passionné le Troisième Reich. Expliquons-nous.

Le Titanic: une superproduction nazie?

En 1942 et en 1943, la situation du Troisième Reich n’est pas au beau fixe. Un avis de tempête est annoncé depuis la désastreuse campagne de Russie. Pensez à « Stalingrad, Stalingrad, mornes plaines » (coucou Romain Gary et son Éducation européenne). Hitler se tourne donc vers son chef de la Propagande, Joseph Goebbels.

La conquête de la Grande Bretagne est alors à la mode à Berchtesgaden (nid d’aigle de Hitler). Autour d’un café, on en discute. Écraser cette « perfide Albion », mettre à genoux Churchill et son cigare, conquérir le monde, imposer son modèle aryen, voilà le but hitlérien. Ce qu’il veut en réalité, c’est un remake de la tapisserie de Bayeux (que des nuées d’experts nazis étudieront des mois durant, cherchant la solution pour un débarquement au pays des scones et du thé – peine perdue, vous connaissez la suite). En attendant, Goebbels est chargé de remonter le moral allemand. Cela signifie, montrer les britanniques sous un mauvais jour. C’est là qu’intervient le Titanic.

titaniccover
L’affiche du film

Dans la propagande nazie, le naufrage du Titanic prend alors des allures de châtiment divin. S’il a terminé sa (courte) carrière dans les profondeurs de l’Atlantique, la faute incombe aux britanniques et aux américains, à leur orgueil démesuré (incomparable à l’orgueil hitlérien, mais passons). Les britanniques, c’est bien simple, ne pensent qu’à l’argent. Ils construisent des paquebots de luxe, plaqués or, ils partent à la conquête de l’océan et s’y engloutissent. L’Allemagne nazie n’est pas ainsi, non, non, non. L’Allemagne nazie pense humain (…laissons juger l’Histoire), l’Allemagne nazie est faite de héros aux cœurs simples, aux valeurs grandioses et aux humbles ambitions. C’est pour toutes ces raisons (parmi une kyrielle d’autres) que l’Allemagne nazie dominera le monde. Voilà, en gros, les arguments de Goebbels et le message qu’il a voulu faire passer dans la superproduction nazie Titanic, tourné entre 1942 et 1943 aux Studios UFA à Berlin (le film est en allemand sous-titré anglais sur Youtube, mais chut).

La trame de l’histoire n’a rien de bien compliqué (mais n’a aussi, mis à part le naufrage, pas grand chose à voir avec la réalité). La White Star Line (compagnie du Titanic) fait faillite. Le directeur, Joseph Bruce Ismay (juif et britannique, donc méchant, n’oublions pas la propagande), trouve la solution : construire le plus grand et le plus puissant paquebot au monde et le lancer à la course au « Ruban Bleu » (qui récompensait le navire le plus rapide). Ismay oblige le capitaine à ne pas suivre les conseils de prudence. Petersen, le seul officier allemand de l’équipage (en réalité, il n’y a jamais eu  d’officier allemand sur le Titanic) sent le danger, tente d’alerter les passagers mais il n’est pas écouté (le pauvre). Pendant ce temps, les riches flirtent. Les pauvres s’amusent. La musique annonce le drame (on s’en doute). Et vlan! voilà l’iceberg.

2101031,aSBetXYI_XA90sQxqM33BTsItpwcpgomleLXTUeUfBKkpkhDkjExWrpO5hMz0FyQUatbL4GiApicBjcnIcYxBg==
Regardez le sang froid de l’officier allemand (à gauche) et la panique de Ismay (à droite) – le cliché nazi dans toute sa splendeur !

Pendant le naufrage, les riches britanniques et américains sont montrés comme des pleutres, des lâches qui courent aux canots. Les seuls courageux, c’est bien simple, ce sont les allemands. L’officier Petersen, bien sûr, qui sauve la moitié des survivants (heureusement qu’il était là, normal, il est grand, blond et il a l’air martial). Retenez la leçon : s’il y a eu des survivants du Titanic, c’est grâce à l’Allemagne (nazie). Je vous laisse découvrir la fin.

Un flop !

Oui mais voilà. En 1943, une fois le film terminé, la situation a encore empiré pour le Troisième Reich. À croire que le Titanic version nazie est maudit. Déjà en 1942, le réalisateur a été arrêté pour avoir critiqué l’Allemagne (il fut retrouvé pendu dans sa cellule le lendemain). Ce « suicide » impromptu avait déjà pas mal compliqué les choses. La situation internationale creuse la tombe du Troisième Reich et du Titanic de Goebbels. Le film est interdit de projection en Allemagne car Goebbels ne l’estime pas assez « joyeux » pour remonter le moral des allemands. Le pays est bombardé, l’Armée Rouge avance, le monde bouge, rien ne va plus ! En revanche, les salles de cinéma parisiennes et suédoises ont droit à leur première (plutôt discrète).

 

Ironie de l’Histoire, c’est en Allemagne de l’Est (donc communiste) que le film, projeté en 1950, connu un franc succès. En Allemagne de l’Ouest, en revanche, il ne resta que quelques mois à l’affiche en 1949, les Alliés (notamment les britanniques, on s’en doute) ayant protesté et demandé l’interdiction du film.

220px-Bienvenue
Merci Monsieur Bienvenüe

Sujet plus joyeux. Le 14 avril 1900 fut inaugurée l’Exposition Universelle à Paris par le Président Émile Loubet. Elle laissa plusieurs héritages à la capitale, dont le Grand et le Petit Palais et vit, surtout, l’apparition d’un nouveau moyen de locomotion: le métropolitain, étrange invention d’un certain Fulgence Bienvenüe.

 

 

 

 

 

 

 

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s