2 mai 1945: Berlin, la chute

Quelle ville que Berlin !

Lorsque l’on se retourne sur l’Histoire européenne, on a l’impression qu’elle est au centre des préoccupations, des discussions. Elle siège, fièrement, en haut des albums photos, des mémoires familiales.

Berlin, c’est ce qui est écrit sur les trains des soldats en route vers le front en 14-18. C’est la ville maudite, la ville crainte, la ville haïe sous le Troisième Reich. C’est la capitale coupée en deux par ce mur de la honte qui s’effondra le 9 novembre 1989 à coup de marteaux et d’embrassades.

On feuillette les manuels d’Histoire et le vertige nous prend. Aujourd’hui, c’est la destination préférée (avec Paris) des touristes européens. On y vient pour marcher « en vrai » dans ces images folles qui défilaient à la télévision (pour les moins jeunes d’entre nous) , pour danser dans les clubs underground, pour se cogner (malgré nous, peut-être) dans l’Histoire avec son grand manteau.

Bref. Vous l’aurez compris. Je suis une grande fan de Berlin (comme beaucoup de gens d’ailleurs). C’est pourquoi je ne pouvais laisser passer le 2 mai, date symbolique s’il en est pour la capitale allemande (et, oui, je vais encore parler de la guerre, mais là, je ne peux sincèrement pas faire autrement).

La chute 

Berlin / Brandenburger Tor 1945
Les ruines de Berlin (mai 1945)

Faisons court. On date la fin de la bataille de Berlin au 2 mai 1945. C’est à cette date que les rares militaires allemands qui défendaient encore la capitale capitulèrent face à l’assaut des troupes de l’Armée Rouge. Depuis le 16 avril, on se battait dans les rues de la ville. La population, déjà à moitié morte de faim (au point de manger les animaux du zoo, veut la légende), se terre dans des abris de fortune, évitant les combats et les soldats soviétiques. L’Armée Rouge trainait en effet une réputation catastrophique derrière elle, depuis son entrée sur le territoire allemand. Les villages et villes traversés par l’armée stalinienne connurent viols, meurtres, incendies et cruauté sans limite. Il n’est d’ailleurs pas étonnant que certains préférèrent être libérés par les américains (même s’ils ne faisaient pas que distribuer chewing-gum, soda et chocolat) plutôt que par les soviétiques qui prônaient la politique dite de la terre brûlée. Autrement dit : raser, détruire, incendier, humilier.

Car la bataille de Berlin est une bataille germano-soviétique. Lors de la conférence de Yalta en février 1945, l’URSS avait tranché: Berlin et les territoires à l’Est de l’Elbe revenaient aux soviétiques. Pour Staline, la capitale allemande était l’objectif vers la capitulation. Détenir Berlin, c’était gagner la guerre (en soit, il avait raison).

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Décorer un enfant pour avoir fait la guerre ou la folie meurtrière à son paroxysme

Rien ne va plus, pour le Troisième Reich. Hitler se terre dans son bunker. Himmler tente de négocier avec les Alliés. On veut dissimuler les déportés en les jetant sur les routes dans d’interminables marches de la mort. La défaite est là, la population se fait massacrer. Que faire? Hitler se suicide (coucou l’article du 30 avril) par peur, sûrement, de tomber entre les mains des soviétiques. C’est la panique totale dans le fier Troisième Reich. Les soldats pour défendre la capitale ne sont plus qu’une poignée. On enrôle de force les vieillards et surtout (!!) les enfants. Les Jeunesse Hitlériennes sont envoyées se battre face à l’Armée Rouge. On donne des fusils à des enfants de cinq ans (histoire véridique d’un ancien « enfant soldat » rencontré dans un hôpital – coucou Vivien) et on les envoie se battre.

À la radio, on passe, fin avril, la Marche funèbre de Siegfried (pour rester dans l’ambiance). La chute est proche, elle est là et le Troisième Reich le sait. L’Allemagne n’a plus d’armée. L’une des dernières divisions à rester (bon an mal an) encore debout le 2 mai 1945 est constituée de Français (triste à dire, mais oui). Le bataillon Charlemagne est en effet entièrement constitué de Français engagés volontaires dans la Waffen-SS. Le Hauptsturmführer-SS Henri Frenet refuse de se rendre et est fait prisonnier par les soviétiques. Ils sont entrés dans l’Histoire comme « les derniers défenseurs » du bunker de Hitler (…).

Une photo de propagande

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L’art de faire des photos de propagande

Mais que s’est-il véritablement passé le 2 mai? En réalité, d’un point de vue militaire, « pas grand chose » (notez les guillemets). L’Armée Rouge assiège le Reichstag depuis le 29 avril. Le 30 au soir, le bâtiment est presque tombé aux mains des soviétiques, le 1er mai l’Armée Rouge dresse son drapeau.

Le 1er mai, dit-on, Berlin est quasiment tombée. Pourtant, la photo (que vous connaissez tous, elle peuple les livres d’Histoire et les documentaires) a été prise le 2 mai. Expliquons-nous.

Le 1er mai 1945, le Reichstag est soviétique et le drapeau rouge à faucille et marteau est planté sur le toit. Alors pourquoi cette photo datée du 2 mai? Tout est une question de propagande.

Staline avait  envoyé son photographe officiel, Evgueni Khaldei comme grand reporter. Seulement voilà, le 1er mai 1945, lors de la prise du Reichstag, Khaldei n’est pas là. Depuis Moscou, Staline est furieux, il veut la photo ! Alors, ni une ni deux, le 2 mai au matin, deux soldats montent sur le toit du Reichstag en ruines, accompagné du photographe. Et hop ! On reconstitue la scène de la veille et on la photographie. Lors du développement, Evgueni Khaldei réalise que l’un des soldats à deux montres à son poignet. Autrement dit, c’est un pillard. Mais l’Armée Rouge est une armée exemplaire. Piller est un verbe inconnu au bataillon. Il efface donc une montre, pour la propagande.
Berlin en ruines

La suite, on la connaît. Le 8 mai, l’Allemagne capitule sans condition. Parlons un peu des femmes, ces berlinoises (et autres habitantes des grandes villes d’Allemagne) qui ont participé à la reconstruction des villes en les nettoyant des décombres. Elles méritent vraiment que l’on parle d’elles, ces courageuses Trümmerfrauen qui, méthodiquement, ont déblayé les ruines. Trümmerfrauen, femmes de ruines. Tout un symbole pour le Troisième Reich détruit.

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