Jean Moulin et le CNR

Aujourd’hui, 27 mai, nous commémorons la Journée Nationale de la Résistance (nous y reviendrons), 73 ans après la première réunion du CNR, autrement dit le Conseil National de la Résistance, fondé par Jean Moulin à Paris.

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Une plaque dans ce genre là

Certains hommes politiques feront sûrement quelques discours avant de s’incliner devant des stèles grises, vous savez, celles que l’on retrouve sur les immeubles parisiens (le plus souvent) en déposant des fleurs, l’air affligé, l’air important.

Prologue

En 1943, toute la France est occupée. Certains réseaux de résistance ont déjà été démantelés par Vichy ou par les Allemands. Depuis qu’il a choisi « de continuer le combat », De Gaulle cherche à unifier les réseaux multiples qui s’activent sur le territoire français. Depuis le tout début, depuis Vichy et son acceptation de la défaite, depuis le discours de Pétain le 17 juin (et tous les autres !), depuis l’arrivée des Allemands en France et à Paris, des réseaux de diverses origines se sont formés. Oui mais voilà. Les luttes intestines sont là. Certains s’accusent, se trahissent. C’est à qui prendra la tête de la France après la guerre, après le cauchemar de l’occupation. On se dénonce aux Allemands. C’est une histoire bien sombre que celle de la lutte entre résistants.

Jean Moulin
Nous connaissons tous ce visage (et cette photographie !)

De Gaulle sait dès 1940 que le seul moyen d’imposer sa position aux Alliés réticents (Roosevelt et le Général ne s’appréciaient guère – pour parler en euphémisme), est de se positionner à la tête d’un mouvement uni. Il faut donc rassembler sous la France Libre toutes les grandes têtes des mouvements de résistance disséminés sur le territoire français. C’est là qu’entre en scène un homme à chapeau, au charme flamboyant et à l’écharpe légendaire. J’ai cité Jean Moulin !

Le fils d’instituteur 

Jean Moulin et De Gaulle n’ont pas grand chose en commun. L’un est à droite, l’autre est à gauche. L’un est chrétien, l’autre républicain. L’un descend d’une famille ancienne de l’aristocratie française (au nom prédestiné pour gouverner la France !), l’autre est un fils du Sud, de Béziers, au père instituteur et à la mère illettrée. Pourtant, Jean Moulin et De Gaulle s’entendent sur l’essentiel: il faut continuer la lutte, ne pas baisser les bras et bouter les ennemis (que ce soit les Allemands ou Vichy) hors de France (coucou Jeanne d’Arc).

L’homme à l’écharpe a déjà fait parler de lui lors de la défaite. Préfet (il fut nommé plus jeune sous-préfet de France en 1925 à Abbeville) de Chartres en 1940, il tient tête aux Allemands. Arrêté, tabassé, il tente de mettre fin à ses jours, en se coupant la gorge. Sauvé in extremis, libéré, il gardera les marques de son geste courageux, qu’il cachera sous une grande écharpe. La célèbre écharpe de Jean Moulin.

Il décide à s’embarquer pour Londres après l’invasion de l’URSS par le Troisième Reich au printemps 1941. La mondialisation du conflit lui fait peur et le conforte dans sa volonté d’agir. Via Lisbonne, il atteint la capitale britannique et se met au service de De Gaulle.

De Gaulle veut donc unifier la France sous sa grande taille. Il a besoin pour cela d’un représentant, un délégué, nommé par lui et envoyé en France occupée. Ce sera Jean Moulin. Parachuté dans la nuit du 1er au 2 novembre 1942, « Rex » a alors trois missions: développer la propagandeaider à constituer des noyaux paramilitaires (des réseaux de résistance, des maquis) et surtout: réaliser l’unité d’actions résistants sous le chef de la France Libre.

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Inutile de le présenter, je pense

Jean Moulin représente donc Charles de Gaulle en France. Pour la voix du 18 juin, c’est un coup important sur le grand échiquier international. De Gaulle s’impose. Il n’est plus un officier condamné à mort par contumace pour avoir quitté la France le soir du 17 juin 1940. Il n’est plus le « terroriste »,  l’insurgé. Il représente, soudain, la France encore debout. Pour lui, c’est encore plus clair. Cette France là, l’armée souterraine, les résistants, c’est la « vraie France » (la France éternelle, etc – je connais mes classiques). Il lui est maintenant possible de garder la tête haute face au cigare de Churchill et aux télégrammes diplomatiques on ne peut plus agressifs de Roosevelt. Il représente la France Libre.

Il a changé l’Histoire et l’après-guerre. La France n’a pas perdu la guerre, c’est Vichy. La France n’a jamais plié face aux allemands, c’est Vichy. « La France éternelle » comme il l’appellera plus tard, était à Londres, à Alger, au Tchad et dans la clandestinité des campagnes et des grandes villes occupées. Lors des conférences d’après-guerre, il s’imposera alors comme vainqueur et non plus comme vaincu. Malgré les protestations des Américains (notamment), il abattra ses cartes, comme dans un immense jeu de poker. Sa carte maîtresse en 1942 et 1943, c’est Jean Moulin.

Le 27 mai 1943

Dans ses mémoires, Daniel Cordier (secrétaire de Jean Moulin dans la Résistance) raconte combien celui que l’on appelle « Rex » et « Max » peine à réunir les mouvements. Personne ne veut rendre des comptes à un lointain chef, là-bas, dans les brumes anglaises, au pays des scones et du thé. Les Anglais, ne l’oublions pas, ont coulé la flotte française à Mers el Kébir, ils ont brûlé Jeanne d’Arc, bref, toutes les excuses sont bonnes pour ne pas obéir à Jean Moulin qui débarque d’on ne sait où, avec son écharpe et son charme méditerranéen.

Les réunions s’éternisent et Jean Moulin perd patience. Comment tous ces chefs peuvent-ils prendre autant de risques, continuer leurs batailles de clocher, alors que la Résistance a un besoin urgent d’être unifiée?

Le 27 mai 1943 au 48 rue du Four à Paris, tous les chefs des grands mouvements se réunissent donc chez un certain René Corbin. La situation est très risquée, s’ils sont arrêtés, la résistance sur le sol français est au point mort. Jean Moulin est parvenu à réunir sous un même toit, les huit grands réseaux résistants, les six grands partis de la Troisième République ainsi que les deux syndicats (CGT et CFDT).

Tout ce beau monde inaugure donc, sous l’égide de Jean Moulin, le Conseil National de la Résistance. La légitimité de De Gaulle est faite. La France d’après-guerre se dessine déjà. C’est un coup politique brillant: la France, à partir de ce 27 mai 1943, est un pays allié, au même titre que la Grande-Bretagne et les États-Unis. Vichy et Pétain, d’une certaine manière, viennent d’être mis au ban de l’Histoire.

Le 21 juin 1943, moins d’un mois après, Jean Moulin est vendu puis arrêté à Caluire, dans la salle d’attente du Docteur Dugoujon. Arrêté et torturé, il ne donna aucun des secrets de la Résistance « lui qui les savait tous » (discours d’André Malraux lors de la panthéonisation des cendres de Jean Moulin le 19 décembre 1964 – à écouter ! à écouter ! vive youtube).

Journée nationale de la Résistance

Aujourd’hui, on commémore la Résistance, ses valeurs « de courage, de défense de la République » ainsi que « le souci de justice, de solidarité, de tolérance et de respect d’autrui » (dixit le site de l’Éducation Nationale). Une journée nationale (ou internationale) est un moyen de faire mémoire, de se souvenir des morts et des disparus (on ne retrouva jamais « officiellement » le corps de Jean Moulin). C’est piétiner l’oubli. Commémorons !

 

 

 

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