Vous avez dit 18 juin?

Le 18 juin est une date à tiroirs. On tire sur le « 8 » du « 18 » et une véritable pluie d’évènements historiques dégringole à nos pieds. On s’emmêle les pinceaux entre un fil de radio, un brin d’herbe de Waterloo, le sigle de la BBC, un morceau de scones à moitié croqué, le fracas des armes…bref. On ne s’y retrouve plus: remettons de l’ordre dans tout cela !

18.06.1940

Au mois de juin 1940, la situation en France est un peu chaotique. C’est un euphémisme, alors reprenons: en juin 1940, rien ne va plus. L’armée française, celle des tranchées, de Verdun et des Dardanelles a été battue à plates coutures. Autrement dit, c’est la débâcle totale (lisez Tempête en juin d’Irène Némirovsky !). Les Allemands sont en France, Paris a été déclarée ville ouverte, les Français fuient. Sur les routes, les voitures remplies à bloc, les carrioles et les familles à pieds se bousculent. Ils fuient l’ennemi et l’humiliation. Un pays qui voit sa population fuir ainsi est un pays perdu. Le cas de la France en juin 1940.

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Un seul but: fuir la guerre

[Petite parenthèse sur l’exode car c’est le mois pour en parler ! Au mois de juin 1940 donc, des milliers de Français traversèrent parfois le pays dans sa longueur pour trouver la sécurité dans de la famille, des hôtels ou des villages, au petit bonheur la chance. Ils s’entassèrent sur les routes, roulèrent dans les fossés pour éviter les tirs de l’armée allemande dont les avions visaient les civils. Des enfants perdirent leurs parents dans la foule et la peur, parfois, il ne les retrouvèrent jamais (on estime à plusieurs milliers d’enfants errants !).

 

Parmi eux, il y avait ma famille paternelle, venue de Pologne peu de temps auparavant, cherchant la paix en France. Mauvaise pioche. Mon arrière-grand-père et sa fille ainée moururent sur le bord d’une route française, agonisant plusieurs jours, touchés par les tirs en rafale allemands. J’ai une petite pensée pour eux aujourd’hui en écrivant cet article – Andresz et Wladyslawa].

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Pétain, plus tout jeune !

Pétain est à Bordeaux avec le reste du gouvernement (en fuite lui aussi). Il est 12h30, nous sommes le 17 juin 1940. Héros de la Grande Guerre, vieil homme de 84 ans, il se place devant le micro, enregistre, de sa voix chevrotante, son message aux Français en déroute: C’est le coeur serré que je vous dis aujourd’hui qu’il faut cesser le combat. Discours célèbre, s’il en est, il marque la fin d’un culte pour certains Français. C’est ce soir du 17 juin 1940 que quelques uns décidèrent de « faire quelque chose » (décision qui engloba de très vastes possibilités – dont la future Résistance).

C’est le moment pour Charles de Gaulle d’entrer en scène. Depuis le début de la guerre, les décisions du gouvernement ne lui conviennent pas et il le fait savoir. Le 16 juin, Paul Reynaud, alors Président du Conseil, démissionne.

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Paul Reynaud qui passera une partie de la guerre dans le camp de Sachsenhausen (avec des conditions toutefois meilleures que celles des déportés)

Car Reynaud veut continuer la guerre (en envoyant les troupes et le gouvernement en Afrique du Nord – idée de De Gaulle d’ailleurs), mais son avis n’est pas partagé par les ministres et autres militaires.

Le 16 juin, De Gaulle décide de partir le lendemain pour l’Angleterre dans le but de « continuer le combat ». Il n’accepte pas la capitulation française (et ne l’acceptera jamais). Alors que Pétain prononce son discours de défaite, appelant les Français à poser les armes, il s’envole pour les brumes anglaises. Installé au 6 Seymour Place (en compagnie de son aide de camp), il rédige son (très, très, très) célèbre Appel du 18 juin 1940.

N’oublions pas qu’en 1940, De Gaulle était un parfait inconnu pour la majorité des Français. Qui plus est, parler à la BBC, certes, était peut-être une bonne idée mais peu de gens l’ont entendu (eh oui !). Le bouche à oreilles fera le reste.

Parler à la BBC fut possible grâce à un homme au célèbre cigare…j’ai nommé Winston Churchill. Entre le Prime Minister et le chef de la France Libre, cela n’a jamais été, disons-le, le grand amour. Toutefois, contrairement à Roosevelt (président des États-Unis), il se prendra quasiment toujours le parti du grand français à la voix de stentor. Lorsque le 17 juin, De Gaulle vient frapper à la porte de Churchill pour lui exposer ses objectifs, ce dernier met la BBC à sa disposition. Il s’agit de frapper les Français au coeur. Pour De Gaulle, la vraie France, c’est la sienne, autrement dit celle de Londres, celle qui combat.

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On ne le présente plus

L’Appel du 18 juin, n’est pas, en soit, un appel à la Résistance telle qu’elle fut façonnée plus tard. L’objectif de De Gaulle est d’appeler à lui les militaires de carrière: « Moi, Général de Gaulle, actuellement à Londres, j’invite tous les officiers et les soldats français qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s’y trouver, avec leurs armes ou sans leurs armes […] à se mettre en rapport avec moi ». Toutefois il termine par un mot: résistance.

Ce sont surtout les bretons qui captèrent l’appel de la BBC en masse. Pour une simple raison, ils étaient plus habitués à l’écouter que le reste de la France. D’autant plus qu’ils pouvaient prendre la mer plus facilement qu’un parisien ou un lyonnais. De jeunes Français (dont la majorité venaient de Bretagne, donc) s’engagèrent dès le 19 juin, montèrent sur des bateaux, se précipitèrent vers Londres, pour répondre à l’appel.

L’appel du 18 juin annonce une guerre des ondes. Radio Londres s’esquisse. Des speakers parleront tous les soirs, les Français calfeutreront leurs fenêtres pour pouvoir écouter « la Voix de Londres ». Des phrases deviendront célèbres, entreront dans l’Histoire collective : Ici Londres !Les Français parlent aux Français ou bien encore la fameuse chanson de Pierre Dac, Radio Paris ment, Radio Paris ment, Radio Paris est allemand. C’est une guerre de propagande à laquelle répondra plus violemment encore la déjà nommée Radio Paris. À sa tête notamment, un certain Philippe Henriot dont les discours virulents et haineux retentiront dans la France occupée. Des anonymes prirent leurs plumes et envoyèrent des lettres à la BBC. Des lettres d’enfants, des déclarations d’amour, d’encouragement, d’admiration s’envoleront vers « BBC Londres ». Certains censeurs les laisseront passer, malgré le risque encouru. Histoire parallèle de la grande, à connaître !

Le 18 juin 1940, donc, c’est la première voix qui s’élève contre la capitulation et Pétain. De Gaulle, d’ailleurs, sera condamné à mort par contumace. Depuis Londres, il annonce aux Français que la guerre n’est pas terminée, pas tant que des hommes et des femmes décideront de la continuer.

Depuis 76 ans, la France commémore donc le premier discours de De Gaulle aux Français (prélude de beaucoup d’autres !).

18.06.1815

Remontons le temps. Napoléon est en Belgique. À Waterloo, au sud de Bruxelles. En mars 1815, l’Empereur déchu a quitté l’île d’Elbe à la barbe du Congrès de Vienne. Les têtes couronnées européennes tremblent depuis la vielle cité autrichienne. Le 1er mars, Napoléon débarque à Golfe-Juan, le 20 il est à Paris, acclamé par beaucoup. Les Cent Jours commencent. C’est dans le fracas des armes, à Waterloo, que ces quelques jours de grand retour, prendront fin.

Waterloo, c’est l’une des batailles les plus célèbres de l’Histoire. C’est aussi la « chute de l’aigle », dernier prélude avant Saint-Hélène et l’exil. Une sorte de come-back raté en somme.

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Wellington à Waterloo (tableau de Robert Hilingford)

Le 15 juin, Napoléon est en Belgique. Son but? Combattre et écraser la coalition formée par les britanniques et les prussiens qui veulent, coûte que coûte, faire taire le « Perturbateur ». Contrairement à l’idée souvent répandue, Waterloo n’est pas, en soit, une spectaculaire défaite de Napoléon (et non, ce n’est pas forcément la groupie qui parle). Tout n’avait pas si mal commencé. Les Prussiens (Blütcher) sont défaits à Ligny. La Grande Armée n’a pas tout perdue de son panache. Seulement voilà, à Waterloo, le 18 juin 1815, Wellington tient bon. Emmanuel de Grouchy ne parvient pas à retenir les Prussiens qui viennent prêter main forte aux britanniques. Ce pauvre Grouchy d’ailleurs est entré dans l’Histoire comme l’homme de Waterloo, celui qui permit la défaite. Napoléon, dit-on, lui en voulut terriblement. La légende veut qu’au moment de charger, le fidèle des fidèles (Grouchy, donc – vous me suivez) dégustait des fraises dans une auberge (mais les légendes sont parfois terriblement intraitables avec les vaincus).

Le 22 juin, Napoléon abdique. En octobre de la même année, il débarque à Saint-Hélène où il mourra en 1821, en sol anglais (terrible des humiliations pour Bonaparte).

Chaque année, une reconstitution historique est organisée à Waterloo. Soudain, des soldats en armes, des officiers, des bivouacs et un bicorne (celui de Napoléon, bien sûr !) envahissent l’espace. C’est l’Histoire qu’on appelle à nous.

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