Kennedy, Berlin et l’ONU

Par chez nous, dans nos contrées du Nord, le thermomètre s’amuse à dépasser les 35 degrés, drapant Berlin de sa robe d’été. Der Sommer ist da ! [l’été est là] : les berlinois plongent dans les lacs qui parsèment la capitale, traversent les grandes avenues à vélo, bravant le soleil et l’orage proche et survivent (difficilement) à la fournaise des transports en commun (je parle d’expérience). L’air transporte des parfums de tilleuls en fleurs et de barbecues géants organisés dans le Tiergarten. On a presque envie de s’écrier un tonitruant : Ich bin ein Berliner ! (nous y reviendrons).

Hier pourtant, l’Allemagne s’est réveillée grognon, comme le reste de l’Europe : l’Histoire s’est jouée à un référendum, l’enfant turbulent (disons-le) de l’Union européenne a préféré s’en aller. Goodbye Britain, we will miss you.

Ce machin que l’on appelle l’ONU 

Aujourd’hui d’ailleurs, 26 juin, parlons d’une autre grande organisation, le fameux « machin » de De Gaulle: l’ONU ! (et non, contrairement aux apparences, je ne fais pas une fixation sur De Gaulle mais avouez quand même qu’il est difficile de ne pas parler de lui sur ce genre de sujets).

XVM86c8e778-1b3a-11e5-888e-2485665c356bCar oui, le 26 juin 1945, 50 pays fondèrent l’Organisation des Nations Unies à San Francisco. Longue histoire.

Peut-être faisait-il chaud à San Francisco ce jour du 26 juin 1945. Le monde se réveillait doucement d’une guerre interminable et meurtrière (pléonasme me direz-vous : les guerres sont meurtrières par principe – et vous auriez raison) qui avait fauché des millions de vies. Alors, basta, à bas la guerre: dans un grand élan de pacifisme collectif, les pays impliqués dans la Seconde Guerre mondiale décidèrent d’unifier leurs forces pour la paix. Joli mot et joli projet. Restait à savoir comment

Une organisation où les pays se réuniraient dans le but d’éviter les guerres avait déjà été esquissée après 1918: j’ai nommé la Société des Nations (coucou Belle du Seigneur d’Albert Cohen – et oui, l’Histoire se trouve partout vous dis-je!).

Thomas_Woodrow_Wilson,_Harris_&_Ewing_bw_photo_portrait,_1919
Woodrow Wilson

Woodrow Wilson, Président des États-Unis, en rêvait. La paix, l’égalité pour tous les Hommes (ici précisons que ce même Wilson croyait dur comme fer en la ségrégation qui sévissait par delà l’Atlantique, mais passons). Lors du Traité de Versailles (1919), le président américain appuya son rêve d’une Société des Nations. Oui mais voilà, elle fit un flop. Il ne parvint même pas à faire entrer son pays au sein de l’organisation car le Sénat américain refusa. Après 1945, on accusa cette même Société des Nations d’avoir laissé courir la guerre, de n’avoir rien fait pour mettre un holà à Hitler et à la haine des années 1930.

 

Faisons court: la Société des Nations fut déclarée inutile. Exit. N’en parlons plus.

Flag_of_the_League_of_Nations_(1939–1941).svgMais le rêve d’une paix éternelle, d’un monde uni sous une même bannière, celle de la paix, émergea de nouveau après plusieurs dizaines de millions de morts, des camps d’extermination, des années d’humiliation, de haine inutile, de dictature et d’innocents assassinés.

La Conférence de San Francisco débuta le 25 avril 1945, réunissant une cinquantaine de pays. C’est Georges Bidault (résistant, successeur de Jean Moulin) qui représenta la France sous le soleil de Californie.

affiche-onu-1945
Affiche de l’ONU de 1945 – la symbolique de l’arbre

Il fallut des centaines de séances pour mettre tout ce petit monde d’accord, ces 50 pays qui représentaient environ 80% de la population mondiale (!). Choc des cultures, des traditions, des opinions…il fallut surmonter bien des divergences d’opinion pour que tous apposent leurs signatures.

 

Dans son préambule, la Charte des Nations Unis promet de préserver les générations futures du fléau de la guerre qui deux fois en l’espace d’une vie humaine a infligé à l’humanité d’indicibles souffrances. Alors, l’ONU, c’est comme pour l’Union européenne: on y croit ou on y croit pas. Peut-être a-t-elle perdu, soixante-dix ans plus tard, sa part de rêves. Après tout le monde, lui aussi, a changé. En 1945, on avait vu la Terre s’arrêter dans sa course et le monde découvrait, dans un sursaut d’horreur, la capacité humaine à l’inhumanité. Certes, l’ONU ressemble à un grand « machin » (coucou De Gaulle), hanté par des fonctionnaires au teint pâle (j’exagère), des discours interminables et des traducteurs multilingues.

150px-UN_emblem_blue.svg
Sigle de l’ONU actuellement

Aujourd’hui, 193 pays y sont représentés et l’ONU, malgré le procès permanent qu’on lui fait (pour son inaction notamment), oeuvre pour préserver la paix. Soixante-douze ans après la signature de sa Charte, je propose que l’on ait une pensée pour tous ceux qui ont oeuvré pour la création de l’ONU. Ils avaient vu, vécu, entendu le bruit de la guerre et rêvaient à la paix.

Ish bin ein Bearleener?

Si une phrase de Kennedy est restée célèbre, c’est bien elle ! Le symbole, le ton, la foule, le moment historique…tout y était pour entrer dans l’Histoire.

Nous sommes le 26 juin 1963 et John Fitzgerald Kennedy est le premier président américain a poser le pied sur le sol berlinois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Pendant huit petites heures, Kennedy visite Berlin. Depuis le 13 août 1961, c’est une ville coupée en deux par un long mur. La situation internationale n’est pas au beau fixe en cette année 1963. Les Alliés d’autrefois se livrent une guerre froide sans merci. Pas de véritables conflits, pas de fronts ni d’armées mais des histoires d’espionnages, des missiles à Cuba, des menaces et des provocations. C’est à qui tiendra le plus longtemps face à cette guerre des nerfs.

hqdefault-2Il est près de 13h00, nous sommes le 26 juin 1963 et JFK apparait au balcon de la mairie de Schöneberg, quartier du sud-ouest de Berlin. Une véritable foule de plusieurs centaines de milliers de personnes attend son discours, les mots de l’homme qui symbolise la liberté. L’heure est grave et elle tourne mais Kennedy, roi de l’improvisation, apporte des modifications à ses papiers. Un an auparavant, De Gaulle (oui, je sais, encore lui), avait tenu un discours entièrement en allemand à Ludwigsburg. Peut-être cela a-t-il inspiré le jeune Kennedy. Peut-être sa visite dans Berlin, la Porte de Brandebourg entourée de son mur, cette ville dont on parle beaucoup depuis les années 30, peut-être tout cela a-t-il joué dans sa décision. Il demande de l’aide à son traducteur. Comment dit-on…? À la main, Kennedy note en phonétique la célèbre phrase: Ish bin ein Bearleener. Il s’agit de ne pas se tromper. Peut-être s’est-il entrainé mentalement, alors que la foule en liesse l’acclamait à ses pieds.

200px-JFK_speech_lch_bin_ein_berliner_1
La foule en délire aux pieds de Kennedy

La presse s’est délectée de la soit disant faute faite par Kennedy. Certains diront qu’il aurait dû rayer le « ein » et se contenter de dire: Ich bin Berliner [je suis berlinois et non pas, je suis un berlinois]. Car « ein Berliner », c’est aussi un beignet à la confiture…Oui mais voilà, don’t worry John !, les deux conviennent. De faute, il n’y a point.

 

Deux fois de suite, la phrase fuse. Terminons d’ailleurs le post ainsi. Tous les hommes libres, où qu’ils vivent, sont citoyens de cette ville de Berlin-Ouest et pour cette raison, en ma qualité d’homme libre, je dis: Ich bin ein Berliner. Imaginons-nous la foule en délire et le souffle coupé de certains. Peut-être Kennedy lui-même a-t-il senti le vent de l’Histoire?

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s