Ils ont voulu tuer Hitler

Le thermomètre atteint des chaleurs pharaoniques (oui je sais, ça ne se dit pas, mais après tout l’Égypte est un pays chaud) et on a envie, pour un moment, de tout lâcher, s’allonger dans l’herbe, regarder le ciel et les nuages en mouton. Malheureusement pour les vaillants travailleurs que nous sommes, les vacances s’annoncent lointaines (qui a dit que les étudiants rêvaient à la lune?) et l’été doit attendre. Triste constatation qui me fait contempler mon bureau avec une certaine mélancolie.

[Parenthèse météorologique: les fidèles lecteurs de ce blog auront sûrement remarqué que je commence souvent mes billets par un bulletin météo, tel un capitaine de navire veillant au grain. Pour répondre à ceux qui m’ont demandé pourquoi je faisais cela (car oui, il y a des gens que cela intéresse), c’est une manière d’introduire mes articles sans vous agresser avec des horreurs. Après tout, l’Histoire n’est qu’une longue succession de tempêtes ! Pour terminer, ajoutons que, lorsqu’on a rien à dire, c’est bien connu, on parle de sa santé et de la météo – et ma santé va très bien, merci. Parenthèse refermée !].

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Cherchez l’intrus. Tom Cruise dans un blog d’Histoire…mais où va-t-on? (je suis entrain de perdre toute crédibilité)

Sur ce, revenons aux choses sérieuses. Et autant vous dire que le sujet d’aujourd’hui n’est pas particulièrement joyeux. Si vous êtes déprimés, dépêchez-vous d’aller flâner sur un site plus entraînant. Car, comme le titre l’annonce, nous allons (encore) parler de la Seconde Guerre mondiale. Pas cool, oui je sais, mais je fais ce que je peux et puis, last but not least, Tom Cruise est la guest star du blog aujourd’hui !

Un certain Claus von Stauffenberg

Il est 12h45 à la Wolfsschanze [« tanière du loup »] d’Adolf Hitler en Prusse orientale (Pologne actuelle). La chaleur est étouffante, les chemises et les uniformes collent à la peau. Il est 12h45 et la réunion avec Hitler bat son plein. Soudain, une explosion assourdissante retentit dans le campement. Alors que les soldats se précipitent en direction de la baraque en bois détruite (et sous les décombres de laquelle se trouve Hitler), une voiture démarre en trombe. Sur la banquette avant, deux officiers, dont un jeune colonel à la belle allure (ma prof était plus catégorique, elle disait carrément qu’il était « incroyablement beau » – à vous de juger, la photo suit). Leur but? Atteindre l’aéroport, puis Berlin pour, au plus vite, lancer le Coup d’État. Pour eux, Hitler ne peut pas avoir survécu.

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Claus von Stauffenberg (avant qu’il ne perde un oeil, une main et deux doigts en Afrique)

La résistance allemande 

Arrêtons-nous un instant. Pourquoi avoir voulu tuer le Führer? Il peut paraître inutile de poser la question aujourd’hui: elle est pourtant centrale !  L’Histoire, c’est penser comme ceux d’avant, tenter de comprendre, de se mettre « dans la peau » de ceux dont on parle. Vouloir tuer Hitler peut nous paraître évident, nous, habitants du XXIème, avec tout ce que nous traînons derrière nous d’Histoire mondiale, de récits et de témoignages…

Mais à l’heure où nous parlons, nous sommes en 1944. Nous sommes en Allemagne nazie. Nous sommes face à de bons officiers, des officiers exemplaires, de véritables héros aux décorations flamboyantes (Stauffenberg était un infirme de guerre !), aux familles illustres, aux tendres épouses et aux joyeux enfants. Nous sommes face à des aristocrates emballés dans les années 1930 par la rhétorique nazie. Ils voulaient tous la gloire allemande, étaient convaincus d’habiter une grande nation, d’appartenir à une grande Histoire. Ils aimaient leurs pays. Et ils ont voulu tuer Hitler.

Comprenons-nous bien. Tenter de tuer le Führer en 1944 (en étant officier allemand) demandait une immense (pharaonique !) dose de courage et de détermination ! C’est la tragique Histoire (trop) souvent oubliée de la Résistance allemande au nazisme. Alors, aujourd’hui, 20 juillet 1944: parlons-en !

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(je n’avais pas envie de mettre une photo du « vrai ») –  Incroyable Charlie Chaplin dans The Great Dictator

Disons-le franchement. Hitler a tout d’abord séduit l’élite allemande. La vision d’une grande Allemagne, d’une Allemagne retrouvée, d’une Allemagne vengée de la défaite de 1918, plaisait à beaucoup (si ce n’est à tous). D’autant plus que bon. Ce petit autrichien d’Adolf Hitler, tous ces beaux militaires le méprisaient ouvertement. Un obscure caporal, recalé aux Beaux-Arts de Vienne, un frustré, lointain héros de 14-18. Une stature, certes. Et une voix de stentor. Mais bon, pas de quoi casser trois pattes à un canard. Bien mal leur en a pris !

20 juillet 1944. Opération Walkyrie

Sous le nom de code de Walkyrie, la tentative d’assassinat du 20 juillet avait pour but un changement de régime plus ou moins radical et était constituée simplement, en deux étapes :

I. tuer Hitler 

II. prendre le pouvoir 

L’étape I échoua. Hitler, malgré la certitude de Claus von Stauffenberg, ne mourut pas.

Parmi les conjurés se trouvent de très hauts gradés dont certains noms vous diront peut-être quelque chose : von Stülpnagel (commandant de Paris jusqu’en 1944), Ludwig Beck et Hans Speidel (héros de la Première Guerre) ou encore Wilhelm Canaris (chef de l’Abwehr, autrement dit des Renseignements). Certains se disent antisémites, d’autres se disent chrétiens. Ils n’ont pas forcément la même vision d’avenir mais le même but : tuer Hitler.

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La Wolfsschanze aujourd’hui

Le 1er juillet 1944, Stauffenberg est nommé colonel et chef d’état-major auprès du chef de l’armée de réserve. Pour la conjuration, c’est une aubaine. De par sa nouvelle fonction, il sera au plus près du Führer lors des réunions à la Wolfsschanze.

Mais l’aventure commence mal. Trois tentatives manquées plombent le moral des conspirateurs. Le 6 juillet, Stauffenberg ne trouve pas l’occasion d’amorcer la bombe qu’il transporte avec lui à Berchtesgaden. Le 11 juillet, Himmler est absent et sa mort est considérée comme nécessaire par les conjurés (ce en quoi ils avaient raison). Le 15 juillet enfin, l’attentat est manqué, l’opération est pourtant déclenchée et la situation est sauvée in extremis, présentée comme un exercice à Hitler (difficile d’imaginer ce paranoïaque gober un tel mensonge).

Le 20 juillet pourtant, tout semble parfaitement en place. Il fait chaud et Stauffenberg demande à quitter la réunion à 12h15 (oui, moi aussi je me fais l’effet d’avoir avalé un horaire de trains) pour changer de chemise. Il est rejoint par son complice, Haeften (moins connu mais tout aussi jeune et tout aussi héroïque). Une seule bombe parvient à être amorcée que Stauffenberg glisse dans sa serviette. Ensuite, il revient dans la salle de réunion. Manque de chance, Hitler, pour on ne sait quelle raison, a décidé de la faire dans une baraque en bois et non dans l’abri blindé habituel. Stauffenberg pose la serviette contre la chaise où Hitler est assis puis s’en va, prétextant un appel téléphonique. Oui mais voilà. Là encore, le Führer ne fait pas comme d’habitude: il se lève, se plante devant une carte épinglée au mur, autrement dit, il s’éloigne du danger.

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Lorsque la bombe explose, le départ précipité de Stauffenberg et de son complice est considéré comme suspect. Convaincu que leur coup à fonctionné, ils ne pensent pas à vérifier si Hitler est bien mort. Pour eux, il ne peut pas avoir survécu à une telle explosion. Arrivés à l’aéroport de Tempelhof à Berlin, ils se précipitent au quartier général de l’armée, retrouvent d’autres conspirateurs. Lorsqu’on leur demande, à 15h00 puis à 16h30 (toujours une maniaque des horaires) si Hitler a bien été tué par l’explosion, Stauffenberg et Haeften l’assurent. Il est mort ! Le Coup d’État est lancé. Depuis notre XXIème siècle confortable, on aimerait leur crier d’arrêter. Impossible. L’Histoire tourne. À Paris, le commandant du Gross Paris, von Stülpnagel, arrête plus d’un millier de SS. Oui mais voilà. Hitler n’est que légèrement blessé et il contre-attaque. Une fusillade éclate au quartier général. Le Coup d’État s’effondre.

Hitler a tremblé pour sa vie. La répression fut terrible. Certains officiers sont contraints au suicide. Stülpnagel tente de se tirer une balle dans la tête, est sauvé par son chauffeur et sera pendu à un crocher de boucher à la prison de Plötzensee (terrible lieu d’horreurs nazies) à Berlin. Stauffenberg lui, est fusillé. Les familles des conjurés furent humiliées, arrêtées, envoyées dans des camps de concentration.

Ils ont voulu tuer Hitler. Aujourd’hui, dans les écoles et dans les médias, il y a comme un certain silence. Ils n’ont droit qu’à une petite place dans la grande Histoire allemande. Le grand public ne connaît pas très bien (voir pas du tout) la journée héroïque du 20 juillet 1944 (car tout ce que je viens de vous raconter a eu lieu en un peu moins de 24 heures). Ma prof l’avouait du bout des lèvres. Ce n’est qu’après le film Walkyrie de Tom Cruise que les mémoires un peu rouillées se sont réveillées. Alors c’est un film qui a peut-être tendance à rebrousser les plumes de l’Histoire. Mais s’il a enfin permis que l’on parle, dans les journaux et dans les discours, d’un pan héroïque de l’Histoire allemande, merci Tom Cruise (et j’espère que mes profs ne lisent pas ce blog).

Peu avant l’attentat, Stauffenberg s’inquiétait d’entrer « comme traitre dans l’Histoire allemande ». L’essentiel, se rassurait-il, était ailleurs: il n’aurait pas trahis sa conscience.

Une réflexion sur “Ils ont voulu tuer Hitler

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