La ville coupée en deux

13 août. Milieu des vacances pour beaucoup. Ici le temps est à la pluie (il faut savoir garder ses habitudes de bulletin météorologique), on se croirait en automne, en Allemagne, la rentrée est proche (et les vacances encore lointaines pour certains étudiants).

Les habitués de ce blog le savent déjà : j’habite Berlin et j’en suis fière. Capitale de l’Allemagne, située là-haut, à une main (tout dépend de la taille de la main, me direz-vous) à peine du Svalbard (sur une carte), Berlin aime faire parler d’elle. C’est simple, si vous vous intéressez à l’Histoire du XXème siècle, tout ramène à elle (j’exagère peut-être un peu).

Berlin est une ville que l’Histoire traverse avec l’allure tranquille d’une habituée. Venez donc flâner dans les rues de ma capitale ! L’Histoire est proche, elle est là (fin de mon instant groupie).

Il y a des dates qui appartiennent à Berlin. Je pense au 9 novembre, au 2 mai et je pense au 13 août.

13 août 1961 : le mur de la honte

Mauerbau 1961 / Sebastianstra§e
Les passants regardent sans un mot le mur s’élever vers le ciel

Nous sommes le vendredi 11 août 1961. C’est bientôt le week-end. Il fait beau et les Berlinois profitent du soleil. Depuis 1949, deux Allemagnes s’observent. La République Démocratique Allemande (RDA) et la République Fédérale Allemande (RFA) ont séparé leur Histoire après la Seconde Guerre mondiale. C’est comme si les années d’avant Hitler n’avaient jamais existé. Il y a l’Ouest et il y a l’Est.

On s’attend à un week-end tranquille, le monde tourne encore (à peu près) rond. La guerre froide bat son plein. De Berlin, les Alliés aimeraient ne plus entendre parler. Après le blocus de 1948-1949, après la guerre, tout le monde souhaite du silence de ce côté là du monde. Mais Berlin est une starlette de l’Histoire: elle prépare un grand coup en secret.

Dans la nuit du 12 au 13 août, près de 15 000 membres des forces armées bloquent tous les passages vers Berlin-Ouest. Des maçons, équipés de truelles, montent, tranquillement, sous le regard sévère de militaires en armes, un mur, un mur immense qui s’élance à l’assaut de la ville. Le matin du 13 août, c’est l’effarement. Berlin est coupée en deux.

Pourquoi un mur?

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Une ville coupée en deux

Depuis 1945, l’Allemagne est divisée en quatre zones. Les Soviétiques, les Américains, les Britanniques et les Français ont chacun pris leur part, selon les accords signés à Yalta en février 1945. Berlin, d’abord entièrement occupée par l’Armée Rouge, a aussi été coupée en quatre, comme un immense gâteau.

En 1949, la RDA est créée, d’Allemagne unie il n’y a plus. Les Allemands de l’Ouest et de l’Est se tournent le dos au nom d’idéologies opposées. Les crises se succèdent entre les Alliés et les Soviétiques.

La différence notable entre Berlin Est et Berlin Ouest est surtout économique. Soutenue par le plan Marshall de 1947, l’Allemagne de l’Ouest se porte bien. Sous les ordres de Moscou qui impose ses plans économiques désastreux, l’Allemagne de l’Est est au plus mal. Les habitants fuient. Avant le tristement célèbre 13 août 1961, il était facile de traverser la frontière: il suffisait de prendre le métro (le S-Bahn, pour les connaisseurs), de s’asseoir sur les banquettes en bois et de « passer à l’Ouest ». Trop facile peut-être et les conditions économiques catastrophiques de la RDA poussent les jeunes à s’en aller. Entre 1949 et 1961, près de 4 millions d’Allemands quittent l’Est en masse.

Pour la RDA, la situation est grave. Cette fuite de la jeune génération menace l’existence même de l’Allemagne de l’Est. Moscou et Walter Ulbricht, le grand chef de la RDA, s’inquiètent. La solution qu’ils trouvent est radicale. Construire un mur. La date choisie, le 13 août, est stratégique. Le mois d’août est synonyme de vacances. Les grands dirigeants alliés sont en villégiature, leurs gouvernements flânent dans des maisons de vacances lointaines. Le 13 août au matin, la surprise est totale et le monde se réveille la bouche pâteuse, avec le sentiment probable d’avoir raté quelque chose. C’est le « mur de la honte » qui s’est installé dans les rues berlinoises pour vingt-huit années.

Les Alliés attendent le 15 août 1961 pour réagir. Konrad Adenauer, chancelier de la RFA, tente d’apaiser les inquiétudes en appelant au calme. On dit que le Premier Ministre britannique, McMillan n’aurait rien trouvé d’illégal dans la construction du mur, on accuse les Alliés de n’avoir rien fait pour prévenir la catastrophe. Mais on dit et on raconte beaucoup de choses après coup, surtout plus de cinquante ans après.

L’argument de l’Est est simple. Avouer avoir construire une barrière infranchissable pour contrer la fuite de ses habitants aurait été impensable. Walter Ulbricht est tranchant : le mur de Berlin a un but simple, combattre le fascisme.

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Avant que le mur ne soit construit en dur

Le mur, c’est une tragédie. Plus encore que la ville, ce sont des familles qui se retrouvèrent coupées en deux, du jour au lendemain. Des immeubles, que le mur traverse, sont murés. Les habitants doivent déménager. Les photos de ces fuites précipitées sont célèbres. Je pense notamment à cette vieille dame qui escalada sa fenêtre au troisième étage et sauta dans le vide avec son chat (rassurez-vous, les voisins l’attendaient en bas avec un matelas). Pendant des années, des mères brandiront leurs bébés nouveau-nés au-dessus de la barrière de béton pour les montrer à la famille de l’autre côté du mur. Des messages défileront sur de grands panneaux. Au bout de vingt-huit ans, certains enfants auront oublié leurs parents, d’autres, dit-on, mourront de désespoir, loin de tous, du « mauvais côté ».

 

Entendons-nous bien. Le fameux « Mur de Berlin » se révélera bientôt plus qu’un mur. C’est un sommet infranchissable de quatre mètres de haut, avec des barbelés, des miradors et des chiens féroces, des pièges, des tanks et des projecteurs qui illuminent la nuit et ses ombres.

Entre 1961 et 1989, près de 200 personnes moururent abattues en tentant de passer cette frontière monumentale. Ce sont les « morts du mur » et aujourd’hui encore, à Berlin, on trouve de grandes croix blanches où parfois s’effeuillent des fleurs. Pour les Berlinois, le mur est une histoire proche, bien trop proche encore et ces victimes, souvent très jeunes, sont encore dans toutes les mémoires. C’est l’Histoire qui se rappelle à nous.

 

 

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