Paris…libérée !

Paris, Archibald et moi 

Pendant un instant, l’idée de ne pas écrire sur ce blog pour cause de « vacances » (bien méritées me brûle les lèvres, je vous en fais grâce, après tout, on dit toujours ça) m’a effleurée. Mais il m’a été impossible de ne pas le faire (heureux vous !) pour la simple et bonne raison qu’Archibald m’a poursuivie jusqu’au bord de la mer. Avant que vous ne vous imaginiez mille et une choses, prévenons les rêveurs et les nouveaux lecteurs : un jour de grand vent, de désespoir et de travail acharné, j’ai donné un prénom à mon ordinateur (oui, je sais, pathétique). Archibald, donc. C’est vous dire le temps que nous passons ensemble lui et moi. Fin de la parenthèse ! Revenons à nos moutons.

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[Mon ordinateur était en manque de célébrité] C’est la deuxième fois que je perds toute crédibilité sur ce blog –  si vous ne vous souvenez pas de la première fois, tant mieux
Aujourd’hui, nous allons remonter le temps jusqu’en 1944 et libérer Paris !

Avouons-le, ce nouveau billet me brûlait les doigts. La Libération de Paris est un roman. Une épopée digne de celles que l’on racontait, le soir, à la veillée, auprès du feu, il y a des siècles de cela. Pourtant l’h(H)istoire que je vais essayer de vous raconter n’a que quelques rides. Quelques sillons de-ci de-là, au coin des lèvres et des yeux, guère plus. La Libération de Paris fête en effet son soixante-douzième anniversaire cette année. Autrement dit, c’est une jeunette, une gamine à l’air grave. Sur l’échelle de l’Humanité, elle n’est âgée que d’une pincée d’étoiles. Si vous trouvez que j’exagère, pensez au baptême de Clovis (25.12.498), à la mort de Jeanne d’Arc (30.05.1431) ou au coup de foudre de Henri II-to-be pour Diane de Poitiers (1525). Vous y êtes? Voilà. Une jeunette, je vous avais prévenu.

 

Paris s’insurge 

La Libération de Paris s’est étendue sur plusieurs jours, au coeur du mois d’août 1944. On la situe officiellement du 19 au 25 août 1944, même si ses balbutiements remontent à début août. Place au décor.

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Débarquement de Provence (parce que je n’ai pas eu le temps de faire d’article et que l’on a tendance à l’oublier)

Été 1944. Rien ne va plus pour le Troisième Reich. La situation est catastrophique, les généraux le savent, Hitler aussi (quoique). Le 6 juin, les Alliés ont débarqué en Normandie. Depuis, ils se sont installés sur les côtes françaises et se battent pour la libération de la France. Le 15 août, un nouveau débarquement a eu lieu en Provence. Sur le front de l’Est comme sur le front de l’Ouest, les Allemands tentent de faire face (difficilement). Depuis le débarquement de Normandie, la Résistance française, se sentant soutenue, multiplie les actes de vengeances contres les soldats allemands. Les armées d’Occupation ne savent plus où donner de la tête. C’est le début de la fin pour le Troisième Reich. Toutefois, attention ! Pour les contemporains de l’année 1944, même si la situation semble s’éclairer doucement, c’est encore la guerre. On l’espère proche de la fin mais on ne lit pas l’avenir dans les entrailles des poissons comme le druide dans Astérix : les risques pris à l’époque étaient énormes et la peur immense. Avec notre regard d’aujourd’hui, août 1944 s’approche à grand pas de la fin de la guerre. Mais pour les habitants de 1944, c’était un jeu de poker continuel.

Les Alliés ont donc débarqué. Mais la libération de Paris n’est absolument pas (mais alors pas du tout !) à l’ordre du jour. Pour Eisenhower et les généraux américains, passer par la capitale serait un détour et une perte de temps, d’hommes et d’essence. Leur objectif n’est pas la libération de la France, mais Berchtesgaden et Berlin.  Aux Français qui insistent, la réponse est toujours la même: inutile d’y penser, même pas en rêves, non c’est non, go to hell et retournez sous votre tente, c’est un ordre.

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Et Paris se couvrit (pour la énième fois de son Histoire) de barricades

C’est là que l’histoire de la Libération de Paris prend des allures d’épopée. La capitale est un point stratégique pour De Gaulle, pour la Résistance et un symbole pour les Français et le monde. La preuve ! Lors de la bataille de Paris, les radios du monde entier se passionneront pour les combats et un véritable déferlement de joie mondial éclatera à l’annonce officielle de la libération de la ville.

Les Parisiens sont des habitués des barricades, des combats des rues, des grèves et des insurrections. Le XIXème siècle, grand frère turbulent du XXème siècle, a montré le mauvais exemple. Relisez Les Misérables (groupie un jour, groupie toujours). Les Alliés ne veulent pas? Qu’à cela ne tienne, on se libérera seuls ! Voilà, en gros, la réponse des Parisiens. Et ils tinrent parole, même si, au bout du compte, ils eurent l’aide d’Eisenhower. Mais n’allons pas trop vite !

Et la grève s’empara de Paris

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Colonel Rol-Tanguy, père de famille, militant communiste, instigateur du soulèvement de Paris

Tout commença par une grève générale.  Le 10 août, déjà, les cheminots s’étaient mis en grève, puis le 13 août le métro parisien et la gendarmerie firent de même. Le 15 août, c’est au tour de la police. Le 18 août, Rol-Tanguy (retenez bien ce nom, c’est un des libérateurs de Paris), chef FFI communiste de l’Île de France, appelle à la mobilisation générale et son appel sera écouté. Le 19, Paris se soulève. Des milliers de policiers convergent vers la Préfecture de Police, sur l’île de la Cité, face à Notre-Dame (vous regarderez ce grand bâtiment à l’allure endormie autrement maintenant !).

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Jacques Chaban-Delmas, nommé général par De Gaulle à 29 ans

L’histoire de la Libération de Paris, c’est aussi l’histoire d’un conflit violent entre deux Résistances. Les gaullistes, représentés par un certain Chaban (futur Jacques Chaban-Delmas) et les communistes (coucou Rol-Tanguy) s’affrontent. Pour les gaullistes, l’insurrection devrait attendre, la Résistance manquant d’organisation, d’armes et de munitions. Ils ont peur d’un remake du tragique soulèvement de Varsovie au mois de juillet 1944 qui fut écrasé dans le sang. Depuis Alger, De Gaulle prévient Chaban-Delmas et Alexandre Parodi (son représentant officiel) : point de communistes dans la bataille, qu’ils ne récupèrent pas toute la gloire ! Ce sont deux idéologies qui s’affrontent. Les deux partis préparent déjà l’après-guerre.

La Préfecture de Police est occupée le 19 août et les combats contre les forces d’occupation allemandes commencent. Le Préfet vichyste est consigné dans un bureau. Le 20 août, c’est au tour de l’Hôtel de Ville d’être pris d’assaut. Paris se couvre de barricades. C’est une longue bataille, qui durera cinq jours et contera près d’une centaine de morts, qui commence.

Les histoires personnelles de la Libération de Paris sont touchantes, souvent très tristes. Promenez-vous le nez en l’air la prochaine fois que vous arpenterez les rues, boulevards et avenues de la capitale. Des plaques, souvent fleuries de bleu, de blanc et de rouge, témoignent des morts tombés lors de la grande bataille de Paris. Ils méritent que l’on s’attarde un peu, au coeur de l’agitation parisienne.

« Brennt Paris? »

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Le dernier commandant du Gross Paris

N’oublions pas les Allemands !

Dietrich von Choltitz n’avait pas demandé à devenir le commandant du Gross-Paris. Surtout pas le 17 août, alors que la situation est déjà catastrophique. D’autant plus que son prédécesseur, Otto von Stülpnagel, a mal terminé. Inculpé dans le complot du 20 juillet 1944 contre Hitler, il a été (atrocement) pendu à Berlin.

Brillant officier de la Wehrmacht (autrement dit, il n’appartient pas à la SS), vétéran du terrible front de l’Est et de Sébastopol, von Choltitz peut se gargariser d’appartenir aux derniers auxquels le Führer fait encore confiance (espèce en perdition en 1944). Mais Hitler se méfie et au moindre faux pas, la famille de von Choltitz servira d’otage. C’est avec cette terrifiante épée de Damoclès au-dessus de la tête que le général prend ses nouvelles fonctions le 7 août 1944 au matin. Il fait chaud dans la capitale et la situation est tendue. Dans sa folie meurtrière, Hitler a donné l’ordre de détruire Paris, principalement ses ponts et ses monuments les plus célèbres. Von Choltitz n’obéira pas. Lorsque Hitler s’écriera « Brennt Paris? » (Paris brûle-t-il? qui est aussi un très bon livre de Larry Collins et Dominique Lapierre: à lire, à lire, à lire !), la réponse sera positive. Pourtant, nous le savons tous, Paris est intacte. Pourquoi une soudaine désobéissance de la part de ce si expérimenté officier allemand?, me demanderez-vous. Pour lui, la guerre était perdue, pourquoi s’acharner, pourquoi détruire la ville la plus célèbre au monde? Ne me comprenez pas mal, Von Choltitz n’était pas un saint, loin de là. Mais, comme dans tout (mais surtout en Histoire): pas de manichéisme.

Une trêve est signée le 19, laissant l’opportunité aux Allemands d’évacuer la capitale (ce qu’ils font en grande partie) et à la Résistance de s’armer. Car du côté des insurgés, c’est la panique, de munitions il n’y a plus. Le 23 août, les FFI envoient un émissaire en Normandie pour demander de l’aide aux Alliés. Eisenhower reste de glace mais De Gaulle intervient (et il avait mauvais caractère ainsi qu’une détermination farouche, comme chacun sait). Les Américains avaient promis aux Français que la capitale serait libérée par des troupes françaises. Leclerc n’attend plus et lance sa 2ème DB en direction de Paris. Le renfort militaire marche donc sur la capitale. Partout, l’espoir renaît.

Ayant certainement le sens de la formule, Leclerc envoie un avion (un avion !) lancer un tract au-dessus de la Préfecture de Police avec ce message: Tenez bon, nous arrivons. Les premières jeeps de la 2ème DB, des Espagnols de la Nueve, entrent dans la capitale le soir du 24 août par la Porte d’Orléans. La lente procession des chars, des jeeps et des uniformes français et alliés traverse un Paris en fête.

Après des combats sanglants et des morts jonchant les rues, les Allemands capitulent le 25 août 1944. La capitulation officielle est signée le même jour à la Gare Montparnasse par un Von Choltitz très digne (dont la plus grande peur était de se faire lyncher par la foule), Leclerc qui représente le Gouvernement provisoire et Rol-Tanguy, représentant les FFI (à la grande fureur de De Gaulle lorsqu’il l’apprendra, outré qu’un communiste signe l’ordre de capitulation, prévoyant l’après-guerre)

Le 25 août, c’est aussi le jour du certainement plus célèbre discours de De Gaulle, à l’hôtel de ville où il s’écrit son fameux: Paris ! Paris outragé ! Paris brisé ! Paris martyrisé ! Mais Paris libéré ! libéré par lui-même, libéré par son peuple avec le concours des armées de la France, avec l’appui et le concours de la France toute entière… » Je vous fais grâce de l’analyse de discours, pourtant passionnante. Rapidement pourtant, quand vous lirez le discours dans sa totalité, vous remarquerez que les Alliés n’y ont pas leur place. De Gaulle prépare déjà l’après-guerre et le mythe de la Résistance et la Libération: la « France toute entière » a libéré Paris (ce qui est faux bien entendu, pensons à ceux qui ont fui à Sigmaringen avec les Allemands mais c’est une autre histoire).

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26 août 1945

Le 26 août, De Gaulle, la 2ème DB et les libérateurs de Paris défileront sur les Champs-Élysées devant une foule en liesse, une foule en délire. Pour les habitants, c’est enfin la liberté. Pourtant, pour les militaires, la route est encore longue vers Berlin et beaucoup mourront en Alsace ou en Allemagne. Bientôt, certains découvriront l’horreur nazie dans les camps de la mort. Faisons court. Pour l’Europe, la guerre n’est pas encore terminée. Il y aura encore des morts, des fins du monde et des dévastations. Ces 25 et 26 août 1944, la joie déferle pourtant. Les cloches sonnent à toute volée ; hommes, femmes, enfants se précipitent dans la rue pour hurler leur joie. D’autres se cachent et fuient. Pour eux, la Libération est une calamité, un fléau d’Égypte.

La Libération de Paris marque une première fracture dans la société française de l’Occupation. Les vengeances s’installent bientôt, la joie fait place à l’épuration. Il y aura les libérateurs et les vaincus, les héros et les traitres. Mais c’est une autre histoire.

 

 

 

 

 

 

 

 

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