Vous avez dit Louise Michel?

Cet article sera le premier publié sur la page Facebook toute dédiée à ce blog ! Inutile de préciser que je suis toute excitée à cette perspective. Dans la hiérarchie de mes enthousiasmes, mon nouveau logo (merci Bohémond ! – allez jetez un coup d’oeil à Facebook) ma nouvelle page et tout le reste se situent dans le top 10.

Le mois de janvier est historiquement bien rempli. Et comme il l’est aussi dans ma vie d’étudiante surbookée (mais oui cela existe !), il m’est tout à fait impossible de traiter de tous les sujets dont j’aimerais pourtant parler. En vrac : la conférence de Wannsee (le 20.01.1942), la mort de Louis XVI (21.01.1793), la guerre d’indépendance irlandaise (21.01.1919) et j’en passe…, sont à ranger dans la (longue) liste des articles-à-écrire-un-jour-quand-mon-emploi-du-temps-sera-bien-plus-vide (autrement dit jamais?). Dans l’actualité, l’investiture du 45ème président américain est aussi une date dans le grand calendrier de l’Histoire.

Mais aujourd’hui, j’ai envie de me servir d’un évènement relativement méconnu pour englober un plus vaste sujet. J’ai nommé, la tentative d’assassinat de Louise Michel le 22.01.1888.

Qui dit Louise Michel dit Commune, dit anarchisme, dit déportation en Nouvelle-Calédonie, dit Victor Hugo, dit…bref. Un sujet parfait pour la grande bavarde que je suis.

Avant d’écrire cet article, j’ai effectué un petit sondage pour savoir si le nom de « Louise Michel » vous disait quelque chose. Je me suis beaucoup amusée à lire vos réponses (et les commentaires hilarants de certains). Merci d’avoir été si nombreux à participer ! Conclusion : largement oubliée, elle mérite un billet.

louise_michel_grayscaleInstitutrice, militante féministe, anarchiste… Louise Michel compte à son actif une vie bien remplie. Née à l’aube du Romantisme (1830), actrice majeure de la Commune, elle fut déportée en Nouvelle-Calédonie, accumula les meetings, correspondit avec les grands de son temps tels que Victor Hugo (qui lui dédia un poème – Viro Major – excusez la du peu) ou encore Georges Clémenceau, survécut à attentat et mourut d’une pneumonie foudroyante à l’âge de 74 ans.

22 janvier 1888

Commençons par la fin. Le 22 janvier 1888, alors au Havre, celle que l’on surnommait la Vierge Rouge (comprenez, Louise Michel) donne une conférence face à une salle comble. Elle conspue la misère et la guerre, s’attaque au gouvernement (anarchisme oblige). Vers six heures du soir, un homme dans l’assistance l’interpelle. Brouhaha général. Soudain, deux détonations retentissent. C’est la panique. Atteinte d’une balle dans la tête, Louise Michel s’effondre.

Natif du Finistère, âgé d’une trentaine d’année, son agresseur, un certain Pierre Lucas, est immédiatement arrêté. Amené au poste de police, l’accusé semble sortir d’une crise de somnambulisme (et d’alcool) et certifie avoir entendu des voix le pousser à tuer Louise Michel. Cette dernière demandera son acquittement, appelant à la clémence du juge, mettant l’acte fou de son agresseur sur le compte de la résignation des hommes face à la misère. Pierre Lucas n’ira pas en prison. Louise Michel, dit la légende, parviendra à vivre encore dix-sept ans, avec une des balles encore logée dans la tête (est-ce possible docteur?).

Beaucoup de choses se sont dites sur Louise M. (même si aujourd’hui, en dehors des milieux anarchistes, elle sombre lentement dans l’oubli). Mais sa vie est véritablement une grande aventure et on est presque surpris de lire qu’elle est morte dans son lit.

« La Butte rouge c’est son nom, l’baptême s’fit un matin…. »

La Commune. Longue Histoire. J’avance à reculons, avouons-le. Je ne suis guère spécialiste de cette période et les bras me tombent face à la complexité de ces quelques mois qui révolutionnèrent pourtant Paris.

[Un article plus complet viendra sûrement compléter cette ébauche sur la Commune en mars ou en mai. Pour le moment, s’il vous plait, soyez magnanimes – ce n’est pas l’évènement le plus simple de l’Histoire de France].

À l’été 1870, Napoléon III s’engage dans une guerre franco-prussienne qui se terminera tristement pour la France (battue à plates coutures). Le 4 septembre de la même année, après des émeutes parisiennes, l’Empire s’effondre. Un Gouvernement de la Défense nationale s’installe et tente de discuter avec les Prussiens.

menu-siegedeparis
Menu du 99ème jour du siège (merci wiki !)

Oui mais voilà, les Prussiens assiègent la capitale. Affamés, les Parisiens, veut la légende, se seraient vu condamnés à manger les rats et autres animaux du Zoo de Paris (kangourous, éléphants et autres espèces exotiques font leur entrée, à prix d’or, dans les rares restaurants encore ouverts). Louise Michel fait déjà parler d’elle en improvisant une cantine pour les enfants de son arrondissement. Les vainqueurs défilent dans un Paris en deuil, drapé de grands voiles noirs. Ils proclament l’Empire allemand au creux des dorures de la Galerie des Glaces de Versailles. L’humiliation est grande et on maudit Napoléon III dans son exil.

Les habitants se sentent également trahis par le nouveau gouvernement qui, pour éviter les envahisseurs, a fui à Bordeaux (comme Vichy quelques décennies plus tard…). Suite à l’armistice il se rapproche de Paris et s’installe à Versailles. Des décisions malheureuses sont prises, dont la suppression de l’indemnité de la garde nationale. Après la famine, le siège et l’humiliation, les esprits s’échauffent.

Le chef du gouvernement, Adolphe Thiers, décide après l’armistice avec la Prusse, de récupérer des canons installés en haut de la Butte Montmartre. Le 18 mars 1871, des soldats tout droit venus de Versailles escaladent la butte. Les Parisiens ont peur d’être désarmés, l’amertume s’intensifie et l’émeute éclate (écoutez La Butte rouge chantée par Yves Montand !) Adolphe Thiers renonce à réprimer les révoltés et fait évacuer la capitale.

Paris est seul, seul au monde. Abandonnée par le gouvernement, la ville place son destin entre les mains d’utopistes, d’anarchistes aux grandes idées. C’est La Commune qui est déclarée le 28 mars 1871 après des élections éclaires et contestables. C’est une guerre civile qui s’installe ensuite, un deuxième siège, celui de Paris par d’autres Français, ceux de Versailles qui cherchent à destituer le gouvernement pirate de l’Hôtel de Ville.

La Commune prendra fin dans le sang, entre le 21 et le 28 mai 1871 (surnommée aussi la Semaine Sanglante). Le nombre de victimes s’élèvera à plusieurs milliers. La blessure de la Commune, pendant laquelle bourgeoisie et ouvriers se confrontèrent, resta longtemps au coeur de la mémoire française.

Et Louise Michel dans tout cela?

Les ronchons haussent les sourcils. Et Louise Michel dans tout ce fatras? J’y viens.

Institutrice montée à Paris, cette provinciale se fait bien vite une place dans les milieux révolutionnaires. C’est l’époque de Karl Marx, de Jules Vallès et d’Auguste Blanqui. Des hommes à hauts chapeaux, à longue barbe et à grandes idées qui rêvent d’une révolution au nom de l’égalité des hommes. Louise Michel y croit, à tout cela. Elle y croit tellement que lorsque la Commune éclate, sa place est déjà faite en politique.

La Commune, c’est aussi l’époque des femmes à l’air frondeur qui montèrent sur les barricades, appelant à un féminisme flamboyant (elles sont quand même un peu flippantes, disons-le franchement). Elle est a Neuilly, à Clignancourt, l’arme à la main et la parole aux lèvres. Jugée après la Commune, elle voit ses amis mourir exécutés. Face à ses juges, elle demande alors elle aussi la peine capitale (impressionné par son harangue, Victor Hugo composera alors son poème Viro Major). Elle sera déportée dans ce que l’on considérait alors comme un enfer lointain, la Nouvelle Calédonie.

Là-bas, elle ne restera pas inactive (ce n’est pas son genre à Louise Michel). Institutrice, elle enseignera aux kanaks et aux Algériens déportés (longue histoire). Elle défend les kanaks lors de leur tentative d’insurrection, continue ses plaidoyers et son combat depuis son bout du monde, correspond avec un certain Georges Clémenceau et un autre, relativement célèbre, Victor Hugo.

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Instant groupie (…que j’assume totalement)

Alors oui. Il s’agît ici de faire une parenthèse (instant groupie !). Victor Hugo et Louise Michel, c’est une longue histoire. Non contente d’être institutrice, lettrée, féministe, militante, anarchiste (et j’en passe), Louise Michel est aussi poète à ses heures perdues. Ses poèmes, elle les envoie à un certain Victor H. en signant par un pseudonyme, Enjolras. Ceux qui ont comme moi un amour éperdu pour Les Misérables (dites moi que je ne suis pas la seule…si?), auront compris tout de suite l’allusion. Enjolras, c’est le bel ange révolutionnaire (« il était angéliquement beau » écrit Victor Hugo – ce que n’était pas Louise Michel en revanche, regardons les choses en face), ami de Marius Pontmercy et qui mourra sur les barricades. Parenthèse refermée !

Au bout de près d’une décennie de déportation, Louise Michel revient à Paris. Et c’est une foule en liesse qui l’accueille à la gare Saint-Lazare. Une profusion de fleurs, de cris, d’exclamations et de chants d’allégresse. Aujourd’hui totalement oubliée, Louise Michel était une vraie star de son époque (du genre à avoir son visage imprimé sur des T-Shirt). Une fois en France, elle reprend le combat contre le gouvernement, se fera de nouveau arrêtée, continuera les conférences, survivra au 22 janvier 1888, puis s’épuisera en meetings et autres réunions où le drapeau noir (qu’elle imposera) flottait dans la foule.

Aujourd’hui c’est une station de métro (ligne 3 – Levallois Perret). Ce sont des lycées ou des écoles un peu partout en France. Des places, des rues et des ruelles. Anarchiste, elle est aujourd’hui bien implantée dans l’Histoire de la République et son nom s’étale sur les bâtiments officiels d’une autorité qu’elle avait si souvent combattue. Oubliée, Louise Michel?

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