La paix en Irlande du Nord?

C’est une histoire délicate que celle de l’Irlande du Nord. On s’y engage à petits pas, inquiet peut-être de faire un impair dans la grande épopée nord-irlandaise où deux camps se sont affrontés avec une grande violence (et s’affrontent encore?). Les haines et les rancoeurs, les morts et les souvenirs, les affrontements et les accords de paix tenaient, il n’y a pas si longtemps encore, le haut du pavé de l’actualité mondiale. Ce bruit de la guerre résonnait dans tous les salons, à l’heure du journal télévisé, devant un public circonspect et perplexe face à la complexité du conflit.

Le 10 avril 1998, pourtant, un accord de paix, dûment gagné, fut signé. On parla de désarmement, de jolis soleils et d’arc en ciel dans un pays de licornes enchantées. On parla de pardon, de tout recommencer à zéro.

Une histoire ancienne

Là vous vous dites, de quoi parle-t-elle? De l’Irlande ou de l’Irlande du Nord? De l’Angleterre ou du Royaume-Uni? Concentrons-nous deux minutes sur les protagonistes de cette pièce de théâtre interminable et complexe.

Capitales_iles_britanniques_et_Irlande_du_Nord.svgIl y eut d’abord l’Irlande. Et l’Angleterre. Qui ne s’entendirent pas. Puis il y eut la Grande-Bretagne. Et enfin, à partir de 1921 (nous allons y revenir), il y eut aussi l’Irlande du Nord. Oui, je sais,  it’s complicated. 

Il faut remonter au XVème siècle pour trouver les balbutiements de la domination anglaise sur cette grande île verte et gaélique qui avait pourtant réussi à survivre aux invasions vikings. Mais pas à l’Angleterre, visiblement, qui, à l’aide de lois (et par la force aussi), soumit le parlement irlandais à son autorité. À partir de là, l’Irlande mena une résistance implacable à la colonisation anglaise, puis britannique. Ce fut des siècles de révoltes, de révolutions, de grèves de la faim, de grande famine, de rois d’Irlande mystérieux qui appelaient à la guerre et de rêves d’indépendance. Les deux camps se révélèrent tenaces.

De 1905 (création du Sinn Féin, parti nationaliste irlandais qui existe encore aujourd’hui) à 1998, le sang coula beaucoup en Irlande, puis en Irlande du Nord. On rêva, dans les rues de Dublin, lorsqu’en 1912, Londres décida d’appliquer la Home Rule, autrement dit, sur le papier, l’autonomie irlandaise (plus ou moins). Puis on fut déçu, à nouveau, lorsque les projets s’envolèrent en fumée, la Grande-Bretagne étant trop occupée dans le bourbier de 14-18. Le conflit irlandais attendra, se dit Londres. Mais il n’attendit pas. Et en 1916, l’insurrection (sanglante) de Pâques éclata dans les rues de Dublin. L’armée britannique écrasa tout ce beau monde au bout d’une semaine et de plusieurs centaines de mort. Le ton était donné cependant: la couleur du XXème siècle anglo-irlandais serait rouge sang.

Easter_Proclamation_of_1916L’Empire britannique ne s’était pas encore tout à fait relevé de 1914-1918, que la guerre d’indépendance irlandaise débutait et ce pour trois ans (1919-1921). Les groupuscules paramilitaires irlandais affrontèrent l’armée britannique (vive le reportage passionnant du tout jeune Joseph Kessel, à lire, à lire, à lire !). Trois ans après trop de morts, trop de sang, trop de larmes (une guerre, en somme, me direz-vous), un traité est signé. La plus grande partie de l’île devient alors indépendante (l’État libre d’Irlande, aujourd’hui la République d’Irlande), sauf six comtés qui deviennent membres du Royaume-Uni. C’est l’Irlande du Nord.

Décision qui engendra une énième guerre civile, près de 4000 morts et une haine toujours plus tenace entre deux voisins ennemis.

Ouf, nous y sommes. Si vous êtes perdus, retenez ces mots-clefs : Irlande – colonisation britannique – Home Rule 1912 – Insurrection de Pâques 1916 – guerre d’indépendance 1919-1921 – Irlande du Nord 1921 – guerre civile 1922-1923. Buvez aussi un bon café chaud si le coeur vous en dit (et mangez du chocolat – très important, le chocolat), ce n’est pas fini !

Irlande du Nord : l’éternel conflit?

Eh non, ce n’est pas fini.

De 1969 à 1999, se déroula ce que l’historiographie appelle « The Troubles », les troubles ou autrement dit, le conflit nord-irlandais.

Tout commence à la toute fin des années 1960, lorsque la minorité catholique d’Irlande du Nord se soulève contre la ségrégation professionnelle qu’elle subit. C’est une sorte de guerre religieuse qui s’installe alors. Les républicains (qui aspirent à être rattachés à Dublin) sont catholiques ; les unionistes (qui veulent être rattachés à Londres) sont protestants. Les attentats se suivent et se ressemblent. Chaque parti a ses groupuscules paramilitaires, ses « seigneurs de la guerre » qui sont prêts à mourir ou à être envoyés en prison au nom de leur combat.

Murder_victims_of_Bloody_Sunday
Les quatorze morts du 30.01.1972

Le Bloody Sunday du 30 janvier 1972, journée pendant laquelle quatorze Irlandais trouvèrent la mort, cibles de l’armée britannique, est encore bien présent dans les mémoires (vous connaissez tous la chanson de U2 !). Au total, ces trente années de conflit feront près de 4000 morts et de familles endeuillées (des deux côtés, que ce soit républicains ou unionistes).

Dans les années 1990, des accords secrets pour la paix sont évoqués. D’anciens poseurs de bombes, comme Martin Mcguinness (mort en mars 2017) veulent tendre la main vers leurs ennemis de toujours, pour mettre fin à trente sanglantes et haineuses années. À son arrivée au pouvoir, le nouveau Premier Ministre Tony Blair, engage les pourparlers de paix. Cela débouchera le 10 avril 1998, aux accords du Vendredi Saint (Pâques est au centre du conflit irlandais). Les protestants unionistes et les catholiques républicains signent le traité, ainsi que Tony Blair, tout ce beau monde sous le regard bienveillant de l’Union Européenne.

Depuis, l’Irlande du Nord découvre encore des morts et cherche  toujours des coupables. D’anciens poseurs de bombes se sont fait chantre de la paix, sont devenus des personnes respectables. D’autres attendent encore, des deux côtés, l’étincelle qui permettra de reprendre le combat. La haine est tenace et l’Histoire peuplée de fantômes.

Pour ne rien arranger, le Brexit est venu titiller les plaies mal refermées. Un scandale politique a montré que les deux partis, les ennemis de toujours, unionistes et républicains, peinent aujourd’hui à s’entendre. Certains parlent de reprendre les armes si une frontière est de nouveau de mise entre les deux Irlande (Brexit oblige). Belfast se révèle être encore et toujours une poudrière. Les journaux et les politiques s’inquiètent, parlent de paix menacée. Comme si un point d’interrogation sévère et triste poursuivait sans cesse la paix d’Irlande du Nord.

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