2 + 4 = 5

Archibald m’a sévèrement rappelée à l’ordre. Il est vrai que le dernier article publié sur « Cela commence par un H » date du 6 juillet, soit une éternité et c’est impardonnable. Toutefois, force m’est de rappeler que ce gros mois bibendum passé loin de ce blog n’a pas seulement été usé par des vacances au bord de la mer (si seulement !). Archi et moi continuons à plancher sur un mémoire universitaire aux allures d’ogre mangeur d’heures.

Maintenant platement excusée (petit coucou spécial à ceux qui m’ont envoyée des « hello » inquiets, craignants sans doute me voir à jamais disparue sous des piles d’archives poussiéreuses), parlons Histoire !

Hey Germany, what’s up?

Ah l’Allemagne…! Ce fier pays à l’Histoire tourmentée dont on a si souvent parlé tout au long de ce XXème siècle. L’Allemagne dont on parle encore d’ailleurs. Aujourd’hui nation phare, nation orgueilleuse de sa réussite, elle revient de loin, voir des tréfonds de l’Histoire européenne, des bas-fonds de l’horreur.

Le 12 septembre 1990, une Moscou encore soviétique (mais plus pour longtemps !) bruisse des murmures de délégations installées pour quelques jours dans les bâtiments à l’architecture stalinienne. Français, Américains, Britanniques, Allemands (RFA) et Allemands (RDA) sont là pour signer un accord aux futures conséquences historiques.  C’est le Traité de Moscou.

Mais récapitulons rapidement le pourquoi de cette « rencontre au sommet » des anciens alliés (et ennemis) de 1945.

Le 9 novembre 1989, le mur de Berlin, qui séparait ville, rues et vies en deux depuis 1961, s’est effondré dans les cris de joie d’une foule en délire. Les dirigeants du monde, cependant, ont regardé les évènements avec peut-être un peu moins d’enthousiasme. Alors que certains ne voulaient certainement pas d’une réunification allemande (pour de multiples raisons parmi lesquelles la peur de voir revenir une Allemagne hyper-puissante sur la scène internationale) d’autres commençaient déjà à considérer les plus que complexes problèmes qui allaient découler des évènements d’Outre-Rhin.

Nous sommes en 1990, donc. Et il s’agit maintenant de mettre un peu d’ordre dans cet imbroglio allemand qui concerne toute l’Europe, si ce n’est le monde. Ce jour de septembre, à Moscou, il s’agira de signer des accords censés mettre l’Allemagne dans le rang.

Car voilà. Depuis 1949, il y avait deux Allemagnes. Deux États assis côte à côte mais qui se tournaient résolument le dos avec la haine parfois implacable des frères & soeurs. Un conflit familial avec des conséquences gigantesques, en somme – un peu comme deux cousins refusant de se voir aux dîners de fêtes et engageant tous les autres membres de la famille dans un conflit larvé et interminable (#vaissellecassée).

Soudain, par la force de l’Histoire, des anonymes, des pages qui se tournent et des évènements qui coulent, l’ordre du monde fut changé. Le mur tomba avec fracas, la guerre froide s’effondra sans douceur, l’Est envahit l’Ouest et les cheveux blancs des dirigeants se dressèrent sur leurs têtes (ils aiment moyen quand tout change sans qu’ils l’aient décidé).

Depuis 1945, toutefois, les évènements allemands se déroulaient sous la houlette des Alliés. Alors que la Seconde Guerre mondiale touchait à sa fin, les quatre armées victorieuses occupèrent le pays, s’installant dans les ruines d’une nation humiliée et détruite. L’Allemagne n’est alors plus un État souverain. Le territoire est partagé en quatre zones occupées. L’URSS, les USA, le Royaume-Uni et la France, hier terrorisés par les nazis, la démantèlent, l’autopsient, l’écartèlent. Leur but est mué par un concept très simple, résumé en quelques mots : never ever again. plus jamais cela. D’un autre côté, bon voilà. L’Allemagne avait quand même un peu cherché les problèmes, depuis 1933. Hitler, les uniformes noirs, les camps de la mort, les prisons, la torture, l’occupation, les fusillés, les morts, les morts, les millions de morts…

Mais une guerre en entraîne une autre et, doucement, avec le caractère sournois des haines bien ancrées, un nouveau conflit mondial s’installait entre les deux super puissances, victorieuses mais aux idéologies si radicales et si différentes. L’URSS (communisme) et les USA (capitalisme) s’affrontèrent sans tranchées, sans front, sans bataillon et sans guerre véritable : mais la diplomatie, les embargos, le boycott, les espions venus du froid et les murs dotés d’oreilles remplacèrent la boue sanglante des guerres anciennes.

Entre ces deux puissances, ces deux continents, l’Europe. Écartelés, sommés de choisir leur camp, les États européens tentent de se creuser une place dans la balance mondiale, entre deux conceptions de l’avenir du monde. Sans oublier les pays du tout nouveau « Tiers-Monde » qui, eux aussi, difficilement, cherchent à survivre en créant leur propre bloc (conférence de Bandung, 1955).

Bref, pour résumer, c’est le chaos.

L’Allemagne, pas encore coupée en deux, devient un enjeu pour les Américains et les Soviétiques. Leurs troupes occupent le pays, hantent la capitale encore en ruines. En 1947, les zones américaines et britanniques (rejointes un an plus tard par la zone française) fusionnent face à cet ennemi venu du froid.

En 1949, l’Allemagne n’existe plus. Deux États sont créés, la RFA à l’Ouest et la RDA à l’Est. Chacune choisie son bloc, son idéologie, sa dépendance. Au mois d’août 1961, le point de non-retour est atteint : un mur s’élève soudain, le rideau de fer prédit par Churchill est baissé en une nuit et l’Est de l’Europe disparait dans l’ombre.

L’Allemagne s’installe alors définitivement à la une (ou pas loin) des journaux du monde. On ne parle plus que d’elle, on ausculte, on prend le pouls de l’Est, cette partie du continent européen fascinante car cachée, en exil forcé de la marche du monde, si différente et pourtant si proche géographiquement.

Alors, lorsque 1989 change la donne. Lorsque l’URSS s’effondre elle aussi. Lorsque l’on parle de réunification d’un pays aux drapeaux presque similaires, à l’Histoire commune volontairement oubliée, c’est le branle-bas de combat chez les ex-alliés de 1945.

Le traité 2+4

C’est son nom. Le traité « 2+4 » (ou « 4+2 »). Ou bien « traité de Moscou ». Car la réunification allemande concerne aussi les Alliés. Sans leur accord la reconstruction devient impossible.

Le Club des Quatre, donc, ce sont les USA, l’URSS, le Royaume-Uni et la France.

Le « 2 », ce sont les deux Allemagnes, bientôt fusionnées en une seule.

Pourquoi Moscou? Probablement parce que l’URSS s’inquiète. Chez elle, tout va mal. 1989 a sonné le glas de la grandeur soviétique et les pays sous sa coupe prennent la clef des champs, récupérant par la force leur indépendance.

Les frontières de cette nouvelle Allemagne sont celles de 1945. Elles sont définitives, le traité stipule qu’aucune revendication territoriale allemande ne sera tolérée, notamment pour ce qui est de la Pologne. La peur d’une Allemagne de nouveau belliciste et peut-être revancharde semblent alors hanter les salons moscovites. L’article 2 du traité, d’ailleurs, assure le pacifisme de cette nation réunifiée qui renonce à la possession et à la fabrication de l’arme nucléaire et qui doit également réduire ses forces armées. Une nouvelle Allemagne, certes. Mais les ex-alliés balisent. Un trop lourd passif plombe l’Histoire commune résolument sanglante de ces cinq pays. D’ailleurs, c’est avec mille et une précautions (et des regrets?) que l’URSS renoncera à ses responsabilités sur l’Allemagne, tout comme les trois autres nations victorieuses de 1945.

Car pour l’URSS, cette rencontre moscovite est un traité-cercueil. Le départ de l’Allemagne du pacte de Varsovie (qui bientôt ne sera plus) marque la fin de la puissance soviétique. En décembre 1991, l’URSS mettra la clef sous la porte, entrant dans les manuels d’Histoire, déboulonnant les statues des gloires passées.

Un monde de paix?

Dans son préambule, le Traité de Moscou souligne l’importance de la réunification des deux Allemagnes pour la paix en Europe (et dans le monde?). On rêve alors à la fin de conflits qui n’ont pas cessés de se succéder depuis 1939, si ce n’est depuis 1914. On continue la construction de l’Union Européenne, tentant, avec de bonnes résolutions, de mettre les susceptibilités de côté dans le but d’une paix que l’on espère installée pour longtemps.

Le Traité de Moscou, c’est une addition au résultat défiant les lois mathématiques. Le 12 septembre 1990, 2 et 4 firent 5. Avec une Allemagne réunifiée et indépendante, on espéra tourner la page, mettre en veilleuse ce pays dont on ne parlait que trop, sur lequel les yeux du monde étaient continuellement tournés. Mettre un point final à la question allemande, tourner le dos à un XXème siècle terriblement sanguinaire (la racaille de l’Histoire de l’humanité) et rêver à un XXIème calme et doux.

27 ans après, où en sommes-nous?

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