RFA + RDA =…?

Le 21 décembre 1972, la RFA (Allemagne de l’Ouest) et la RDA (Allemagne de l’Est) signèrent à Berlin un traité de reconnaissance mutuelle. Autrement dit, ils acceptèrent l’existence de l’autre – ce qui était loin d’être gagné à la base…!

Expliquons-nous !

Les 70′: lorsque la détente est à la mode

C’était alors l’époque où le monde semblait s’être à jamais coupé en deux. Fissuré, craquelé puis découpé au scalpel, sans anesthésie. Il y eut des provocations, une guerre (froide celle-ci) après une autre plus terrible encore, des discussions, des non-discussions, des menaces, des conflits idéologiques. Puis, il y eut Cuba. Un avant et un après Cuba, devrais-je dire. Comme si la crise dénouée de justesse sous le soleil communiste de La Havane avait fait trembler de peur jusqu’à Kennedy et Khrouchtchev.

En 1962, le monde fut donc à deux doigts de sombrer dans une guerre nucléaire et les deux « Grands » (USA et URSS) réalisèrent le danger que représentaient leurs querelles idéologiques saupoudrées d’armes nucléaires pour le monde. On décida donc de prendre des décisions. Notamment de réglementer le plus possible le sujet sensible des bombes H. Ce contrôle des armements apaisa la situation entre les deux blocs de l’Est et de l’Ouest.

Cuba fut le climax, le point culminant de la « guerre froide » alors prête, en quelques jours seulement, à exploser. L’après 1962 fut consacré, bon an mal an, à réinventer une paix factice, une entente plus ou moins sincère. On fit semblant.

C’est alors une nouvelle ère qui s’installe dans les relations binaires est/ouest, capitalistes/communistes. J’ai nommé: « la détente ». Point de chaises longues et de vacances communes pour les hôtes de la Maison Blanche et du Kremlin. S’entendre, dans le langage diplomatique (ou du moins, tout faire pour), consiste essentiellement en décisions symboliques et traités signés à tour de bras. Histoire de.

Comme on pourrait s’en douter, « la détente » est aussi et surtout une manoeuvre politique. Leonid Brejnev (petit nouveau à la tête de l’URSS) cherche à asseoir son empire dans le monde – faire reconnaître l’URSS comme super-puissance, le pendant de Washington. Les USA, de leur côté, ont le même objectif. D’autant que la sanglante guerre du Vietnam a terni l’image parfaite de l’American way of life. Il s’agit de remonter dans les sondages et Richard Nixon, nouvel habitant de Washington, s’y attèle à travers cette « détente » relative, ce statu quo politique, nouveau chapitre de la guerre froide.

Et l’Europe dans tout cela?

L’Europe va bien, merci. Bon an mal an toutefois. L’Allemagne coupée en deux y est le symbole de l’état du monde actuel : deux idéologies qui s’affrontent et se dressent l’une contre l’autre. À la tête de l’Allemagne de l’Ouest (RFA), un petit nouveau caracole. Il s’appelle Willy Brandt. Son passé n’est aucunement terni par le nazisme (contrairement à d’autres) et son dada, c’est « l’ouverture ». L’ouverture vers l’Est, principalement de l’autre côté du mur, chez cette Allemagne communiste et dressée de barbelés. C’est la célèbre « Ostpolitik » (autrement dit, politique de l’Est).

D’ouverture (ou de tentative) entre la RFA et la RDA, il n’y avait jamais eue. Pour Bonn (capitale de l’Ouest), l’Allemagne de l’Est n’existait pas. Pour la RDA, ces Allemands vendus à Washington sont tous d’anciens nazis, des sbires de Hitler et du fascisme. L’entente, autrement dit, semblait être impossible.

Mais Willy Brandt (toujours considéré comme un dieu de la politique Outre-Rhin – à Berlin, il a même son musée) ne recule devant rien. Profitant de la détente entre les deux blocs, il impose sa « Ostpolitik« , convaincu que guerre il ne peut y avoir entre deux États qui, il n’y a pas si longtemps, pour le pire comme pour le meilleur, ne faisaient qu’un.

Cette politique d’ouverture vers l’Est se symbolise par des traités, signés face aux caméras, poignées de main à l’appui. De 1970 à 1972, des accords sont trouvés, entre l’Allemagne de l’Ouest et la Pologne soviétique ainsi que, grande victoire s’il en est, un traité quadripartite en 1970 dans lequel l’URSS permet le laisser-passer des marchandises et des personnes dans Berlin, la ville sacrée que les deux blocs tentent de s’arracher.

Berlin, donc. Toujours balayée par l’Histoire, objet d’études, d’analyses et de fascination pour les intellectuels, tous blocs confondus, du monde et surtout de l’Europe. Que se passera-t-il à Berlin? Que s’y est-il passé? Le mur tiendra-t-il? Après avoir été la ville symbole haïe de Hitler et de sa clique, après avoir été bombardée, détruite, anéantie puis occupée par les Alliés, elle est devenue une ville de la honte qu’un mur coupe en deux. Elle tient la première page des journaux, des livres et des inquiétudes (et la tiendra encore longtemps).

Le 21 décembre 1972, c’est encore à Berlin qu’est signé ce qu’on appelle le « Traité fondamental » (ou « Vertrag über die Grundlagen der Beziehungen zwischen der Bundesrepublik Deutschland und der Deutschen Demokratischen Republik » – pour les germanophones d’entre-nous).

Alors, voilà, was ist das? (qu’est-ce que c’est?).

D’une certaine manière, le Traité fondamental du 21.12.1972, c’est un peu une charte de bon voisinage (ceux qui ont déjà habité l’Allemagne et ont déjà eu des problèmes avec des voisins – et je sais que nous sommes légion – comprennent parfaitement l’utilité d’une telle charte).

Le principe en est simple : la RFA et la RDA se reconnaissent mutuellement, admettent et acceptent l’existence l’une de l’autre, tout en se promettant, à l’avenir, de tout faire pour que leurs relations d’État-voisins se déroulent sous les meilleurs auspices. Autrement dit, peace and love everyone !

Cette politique de bonne entente permettra à la RDA et à la RFA d’entrer conjointement à l’ONU en septembre 1973, ce qui est une victoire en soit.

Cette reconnaissance mutuelle, bien sûr, est un pas vers la paix. Mais ce long chapitre de l’Histoire allemande est loin d’être terminé – et nous sommes encore loin de cette chute spectaculaire du mur de la honte en novembre 1989. Il faudra encore plus de dix ans à la population, aux politiques, au monde et à ses dirigeants pour mettre fin à la haine de deux camps radicalement différents qui avaient pris la douce et terrible habitude de se détester.

 

Noël, sapin, cadeaux, dindes et autres joies sont à quelques jours seulement. Par chez nous, les passants supplient le ciel de saupoudrer Berlin d’un peu de neige, comme un gâteau de sucre glace. Cela commence par un H  s’en va se pelotonner avec délice dans les préparatifs de Noël. Joyeuses Fêtes !

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