Adrienne Bolland, l’aviatrice des Andes

Le 1er avril 1921, une femme s’envolait depuis Mendoza (Argentine) dans le but de rallier Santiago-du-Chili en survolant la Cordillère des Andes. Cet exploit, effectué en moins de cinq heures avec un avion peu adapté et vieux de 1913 (autrement dit, un vieux coucou) porte son auteure au panthéon des pilotes légendaires : pionnière de l’aviation, Adrienne Bolland entra dans l’Histoire des airs.

Son enfance se déroule rythmée par les pérégrinations de son père, publiciste, qu’une affaire politico-financière force à s’exiler sur l’île de Guernesey (comme Victor Hugo !). Adrienne grandit dans une famille comme on en faisait tant, en cette toute fin du XIXème siècle (elle est née en 1895) : les femmes y sont destinées à apprendre les bonnes manières pour ensuite être mariées. Pour cette tête brûlée d’Adrienne, c’est impossible. Elle vient, d’ailleurs, d’une famille d’aventuriers, son frère Benoît disparaîtra avec l’explorateur Charcot lors du naufrage du Pourquoi pas? au large de l’Islande en 1936 (quelle famille !). Adrienne, elle, choisit les airs. Et d’une étrange manière, veut la légende.

Nous sommes en 1919 et la guerre est terminée. Dans un Paris des années folles, Adrienne Bolland boit à n’en plus finir dans un café de Montmartre. Car voilà, la fille de bonne famille qui ne fait décidément rien comme tout le monde, joue. Elle est même dévorée par la passion du jeu, ces coups de hasard qui vous rendent riches ou pauvres au détour d’une carte : casinos, paris hippiques, …. rien ne lui fait peur, rien ne l’arrête. Seulement voilà, à 24 ans, Adrienne Bolland est ruinée. Sa famille, d’ailleurs, n’est guère plus riche ; son père étant décédé subitement à l’aube des années 1900, laissant son épouse Marie-Joséphine et huit enfants. Face à sa banqueroute financière et dévorée par le goût de l’aventure (elle dira plus tard dans un interview « c’est merveilleux les choses défendues car je n’ai pas de principes » – interview avec Jacques Chancel en 1973 et que l’on peut toujours écouter sur internet !), Adrienne Bolland prend alors une décision radicale : face à ses verres vides, veut la légende, elle clame aux habitués attablés qu’elle sera aviatrice.

Toujours selon l’histoire de sa vie, un homme attablé lui aussi dans le café l’aurait pris au mot et lui aurait conseillé de se présenter à l’école de l’aviation (la première au monde) des frères Caudron. Anciens agriculteurs, ces derniers s’étaient reconvertis dans la grande aventure du ciel quelque part dans la Somme.

Première aviatrice brevetée au monde : Raymonde de la Roche (de son vrai nom Elise Deroche) 1882-1919

Au mois de novembre 1919, Adrienne Bolland commence sa formation d’aviatrice et obtient son brevet en janvier 1920. Elle n’est que la treizième femme à devenir pilote et fréquente ainsi les as des as de la Première Guerre mondiale tels que Fonck, Nungesser, Coli (j’ai déjà parlé d’eux ici !) et tous les autres lors des meetings aériens.

Ces rassemblements sont à la mode : la foule vient y regarder, avec des frissons de plaisir, ces héros de la guerre faire des loopings dans un ciel sans nuage au risque de leur vie (aujourd’hui ça a donné Le Bourget ou Farnborough !). Le 25 août 1920, elle est la première femme à traverser la Manche de la France vers l’Angleterre (l’exploit avait été déjà était fait dans l’autre sens).

L’exploit de la cordillère des Andes

Adrienne Bolland est envoyé en Argentine pour une campagne publicitaire de la maison Caudron – elle doit présenter des avions lors de prouesses aériennes. Oui mais voilà, la presse argentine et chilienne la mettent au défi : pour eux, elle est venue traverser les Andes. Adrienne n’y pense pas deux fois : même si la maison Caudron refuse de lui envoyer un avion en meilleur état, elle décole à l’aube depuis Mendoza. Direction, Santiago-du-Chili.

La traversée dure 4h, elle se perd plusieurs fois dans le brouillard. Elle n’a ni carte, ni instrument de navigation. Son avion, un C.3 de 1913 ne peut pas monter à plus de 4000 mètres et le plus haut sommet de la cordillère rencontré sur sa route culmine à plus de 6000 mètres. Sans argent et sans préparation, elle n’a pas eu le temps de s’acheter des vêtements chauds pour le voyage (les avions étaient ouverts à l’époque – pas de cockpit) et elle a recouvert son corps de vieux papiers journaux.

Inconsciente Adrienne Bolland? Elle le reconnaitra plus tard dans une interview, tout en précisant qu’elle n’avait été certaine de sortir vivante de cette aventure, qu’une fois le pieds posés sur le sol chilien.

À Santiago, c’est une foule en délire qui la reçoit. Elle est la première femme à traverser la Cordillère des Andes, près de dix ans avant les héros de l’aviation tels que Mermoz, Guillaumet ou Saint-Exupéry.

Au Chili, l’ambassadeur de France n’est pas à l’aérodrome. Nous sommes le 1er avril 1921 et il croyait à un canular, convaincu qu’un tel exploit, réalisé par une femme de surcroit, était impossible. Ce n’est que quelques heures après son arrivée, alors qu’elle est dans son bain, qu’Adrienne Bolland reçoit la visite de l’ambassadeur, confus, à sa chambre d’hôtel.

Les exploits de l’aviatrice ne s’arrêtent pas là. Après tout, en 1921, elle n’a que 25 ans. En 1924, elle remporte le record du monde de looping effectués par une femme: 212 en 27 min. Elle est aussi la première femme pilote d’essai engagée par la maison d’aviation Caudron dans les années 1920.

Dans les années de l’entre-deux-guerre, Adrienne Bolland, féministe convaincue et femme de gauche, s’engage dans le combat des droits de la femme et, surtout, du droit de vote. Aux côtés de la féministe et européenne, Louise Weiss (députée au Parlement européen dans les années 1950 – et dont il faudra que je vous parle un jour), elle convainc Helene Boucher et Maryse Bastié de la rejoindre dans l’engagement féministe. Il existe en effet des gens aux mille et unes vies.

En 1940, elle refuse de quitter la France et la zone occupée où elle vit avec son mari. Ils s’engagent alors dans la Résistance et repèrent, notamment, les lieux d’atterrissage des avions britanniques venus déposer des vivres pour le maquis ou bien des parachutistes.

On ne se refait pas.

 

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