Le 18 juin et le Mont-Valérien

Aujourd’hui, nous sommes le 18 juin. Il y a soixante-dix-huit ans (!), un certain Charles de Gaulle appelait la France a continuer le combat. À la fin de son discours, il lançait un mot : Résistance.

Du 18 juin 1940, CCPH a parlé ici. L’année dernière, nous vous avons même raconté un autre appel, celui du 17. C’est le moment de les relire !

Alors. CCPH a envie de profiter du 18 juin, pour vous parler d’un lieu lié à cette date : le Mont-Valérien. Parce que, chaque année, le Président de la République y retrouve les derniers Compagnons de la Libération pour commémorer l’Appel et ceux qui y ont répondu.

18 juin 1940

Résumons. La France a perdu la guerre. Paris a vu ses pavés foulés par les bottes allemandes. Pour les anciens vainqueurs de 14-18, c’est une humiliation profonde. Face à l’avancée allemande, la population fuit sur les routes. C’est une pagaille sans précédent, des femmes et des enfants en voiture, en charrettes, à vélo et surtout à pieds qui descendent vers le Sud, cherchant à échapper à ces ennemis de toujours, venus du froid. Le gouvernement lui-même s’est replié à Bordeaux. On discute de l’avenir (triste) de la France. Il y a beaucoup de têtes blanches, dans ces réunions. Surtout une, retient l’attention : celle du Maréchal Philippe Pétain. Vainqueur de la Grande Guerre (pendant laquelle, il n’était déjà plus si jeune), on espère en lui. Si Pétain est là, la France est sauvée (pense-t-on).

Un petit nouveau du gouvernement, immense et l’allure sévère, un certain Charles de Gaulle, préfère s’en aller. Il n’accepte pas l’idée de la défaite et cette ambiance de vaincus qui règne dans les discussions. Pour lui, Londres est une solution. Le 17 juin 1940, il s’envole pour la capitale britannique. L’objectif? Passer un accord avec lui. Que la France continue de se battre à l’extérieur de ses frontières et avec l’aide de son (immense) Empire.

Mais Pétain, Weygand et tous les autres ne l’entendent pas de cette oreille. Pour ces militaires de l’ancien temps, de l’honneur avant tout ; pour ces vieux messieurs à l’allure respectable et aux couronnes de lauriers, il faut savoir reconnaitre sa défaite. Surtout, pour échapper au sort de la Pologne (rayée de la carte, devenue allemande et soviétique, découpée comme un gâteau d’anniversaire), il s’agirait d’obéir à Hitler et de sauver les meubles. Autrement dit, être occupée, collaborer mais garder une France, bon an mal an. Et puis bon, Hitler, quand même. Il semble avoir de bonnes idées, malgré sa volonté d’éradiquer la France. Mieux vaut appartenir à une Europe allemande qu’à une Europe communiste (pensent-ils, tous ces vieux messieurs). On le fera changer d’avis. On verra (on a vu).

De Gaulle, lui, reste à Londres. Il est indigné par le discours de Pétain du 17 juin 1940. Discours, dans lequel il demande à cesser le combat, à déposer les armes, à accepter la défaite, le coeur serré, certes. Mais quand même. Ce n’est pas du genre de ce Lillois, ancien prisonnier de la guerre de 14-18 et convaincu d’une France au grand destin.

Pour répondre à la demande d’armistice de Philippe Pétain, il lance, lui aussi, son appel sur les ondes. Préparé dans son petit appartement londonien, il le lit face aux micros de la BBC (que Churchill a bien voulu lui prêter). Ce sera le (fameux, célébrissime, mythique) Appel du 18 juin 1940. En appelant les militaires français à le rejoindre, il lance également ce mot : Résistance. Il eut un grand avenir dans les années qui suivirent.

Depuis, le 18 juin est devenu un évènement bien placé dans la mémoire héroïque nationale. On le commémore chaque année. Plus que l’acte lui même, ce sont surtout ses conséquences auxquelles on rend hommage : la création de la Résistance, de la France Libre.

La commémoration au Mont Valérien

Mais j’avais dit que je ne vous parlerai pas du 18 juin. Et voilà que je l’ai fait. Que voulez-vous, mon bavardage et mon enthousiasme me perdront.

Comme chaque année, le Président de la République, commémorera le 18 juin au Mont Valérien. Pourquoi? Et qu’est-ce que c’est d’ailleurs, que le Mont-Valérien?

Tout au long de l’Occupation allemande en France, le Mont-Valérien fut l’un des principal lieu d’exécutions en France. On compte à environ un millier d’otages et de résistants qui y furent fusillés. Un lieu de supplice, donc. Et de désespoir.

Après la guerre, De Gaulle voulut en faire un lieu de mémoire. Dès 1944, son gouvernement provisoire propose d’y ériger un mémorial. Nous étions alors en pleine époque du mythe de la France résistante – le Mont-Valérien prenait soudain des allures d’hommage aux morts français et, surtout, à la France martyre mais libérée (par elle-même, comme l’avait dit De Gaulle en août 1944) de la barbarie nazie. C’est d’ailleurs avant la fin de la guerre, en novembre 1944, que De Gaulle fait sa première visite officielle au Mont-Valérien, se recueillant là où les condamnés passaient leur dernier moment avant d’être fusillés.

C’est le 18 juin 1945, que De Gaulle choisit de se rendre, là encore, pour commémorer le cinquième anniversaire de l’Appel à la Résistance. Mais l’année d’après voit son départ du pouvoir. De Gaulle, face au chaos des partis qu’il refuse, quitte Paris et les tractations politiques. C’est le règne (tumultueux) de la IVème République qui commence. L’idée du mémorial du Mont-Valérien tombe alors dans l’oubli.

Ce n’est qu’en 1960, alors que De Gaulle est de retour au pouvoir, que le mémorial est inauguré. Depuis, chaque 18 juin, les présidents de la Vème République ne dérogent pas à la règle et commémorent le discours fondateur en compagnie des Compagnons de la Libération.

Les Compagnons de la Libérations – késaco?

Ils sont 1038. Ils le furent, du moins. Car aujourd’hui, en 2018, ils n’en restent plus que cinq, encore vivants. Daniel Cordier (secrétaire de Jean Moulin – j’en ai parlé ici !), Guy Charmot (qui, du haut de 103 ans, a la palme de la longévité), Pierre Simonet, Hubert Germain (ancien ministre) et Edgar Tupët-Thomé. Tous sont des petits jeunes hommes de près d’un siècle.

L’ordre de compagnon de la libération fut créé pour récompenser ceux dont les actes durant la Seconde Guerre mondiale oeuvrèrent à libérer la France. Beaucoup furent membres des Forces Françaises Libres dirigées de Londres. D’autres furent actifs dans la Résistance intérieure. 270 furent décorés à titre posthume. Le plus jeune de tous était âgé de 14 ans (abattu par les Allemands). Il y eut des Rois, Georges VI d’Angleterre et Mohammed V du Maroc. Des femmes (pas beaucoup, six seulement – mais j’ai parlé de l’une d’elle ici). Des ingénieurs, des écrivains, de futurs ministres et de futurs députés. Des membres du clergé. Des qui croyaient au ciel et d’autres qui n’y croyaient pas (coucou Aragon). Parmi eux, seize sont déjà enterrés au Mont-Valérien (tirés au sort, ils reposent dans la crypte). Un seul cercueil est encore vide : il est destiné à recevoir le tout dernier Compagnon de la Libération.

Pourquoi commémorer le 18 juin au Mont-Valérien? En mémoire du millier de fusillés et de tous les autres, abattus quelque part en France, morts sous la torture, disparus dans les camps de la mort…? Parce que De Gaulle, en le commémorant dans ce lieu de mort, le plaçait comme l’évènement fondateur de la résistance. C’était aussi un coup politique bien sûr : car, ainsi, la résistance gaullienne s’unissait avec les morts communistes (loin de la pensée gaullienne). Belle manière aussi, d’inscrire ce mythe national, très en vogue dans les années 1960, de la France entièrement résistante, gommant l’épuration, la collaboration et la passivité.

Aujourd’hui, il ne reste plus que cinq Compagnons de la Libération, donc. Ils étaient là, sous le ciel nuageux de Paris, présents comme chaque année, pour commémorer les autres, ceux qui ne survirèrent pas à la guerre et à l’occupation. Le 18 juin, ce n’est pas seulement l’audace de Charles de Gaulle dont on se souvient (même si) ; c’est aussi ce geste et ses conséquences, ces vies engagées dans un combat plus grand qu’elles, ces vies disparues ou bien survivantes (certaines depuis soixante-dix-huit ans), ceux dont on parle encore et ceux que l’on oublie. Ils ne sont plus si nombreux, les survivants. Ceux qui se souviennent et qui peuvent témoigner. Ceux pour qui, ce 18 juin, ce Mont-Valérien au passé terrible, n’est pas seulement un lieu de mémoire et de symbole, mais un morceau de leur passé et de leur vie.

 

2 réflexions sur “Le 18 juin et le Mont-Valérien

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