Une comtesse révolutionnaire

Le Parlement britannique a décidé de rendre hommage à Constance Markiewicz (1868-1927). Son portrait sera accroché dans les couloirs de Westminster et ce jusqu’à octobre. Pourquoi? Qui est-elle?

C’est le moment de rouvrir la rubrique « Des vies ! ».

Une aristocrate « rouge »

Née Constance Gore-Booth en Ireland, la future comtesse Markiewicz grandit dans une famille aisée. Un domaine aux tons verts irlandais et aux grands chevaux qui la passionnent. Comme tous les enfants de la bonne société, sa vie est douce. Avec ses deux soeurs, elle ne manque de rien et est certainement plus préoccupée par ses chevaux à grande crinière que par la politique, le monde, et les questions de la vie.

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Avec sa soeur Eva

Oui mais voilà. Nous sommes en Irlande et la famine guette. Celle de 1878-1879 tua de faim des femmes et des enfants. Son père, Henry Gore-Booth, rentier et philanthrope, nourrit les paysans de son domaine et des demeures alentours. Pour Constance et sa soeur Eva (future Suffragette endiablée), c’est un évènement déclencheur comme on en vit qu’une fois dans une vie : elles se lanceront en politique. Car voilà, si famine il y a, c’est à cause de ces Anglais honnis installés sur la terre d’Irlande. Constance a décidé de son futur : elle boutera les Anglais hors d’Irlande (comme Jeanne d’Arc !).

Constance a un don : le dessin. L’art. Le théâtre. Elle quitte l’Irlande, part pour l’Europe. Suit des cours de peinture, se passionne pour les non-conformistes, les idées éloignées de sa prude enfance, les droits des femmes. Un comte polonais, Casimir Markiewicz lui fait la cour. Ils se marient, s’installent à Dublin. C’est dans cette ville qu’elle rencontre une autre indépendante et féministe, Maud Gonne (deuxième grande figure féminine de l’histoire d’indépendance irlandaise).

Elle devient membre de la (attention, mot compliqué) : Inghinidhe na hEireann – autrement dit des « soeurs d’Irlande » (ou femmes? qui parle gaélique par ici?). Nous sommes au début du XXème siècle et les organisations secrètes (ou pas) complotant pour l’indépendance de l’Irlande pullulent sous le nez des Britanniques. Bientôt, Constance entre au Sinn Féin (j’en ai parlé ici et ici), se dévoue corps et âme, milite, écrit des tracts, monte à la tribune. Elle est prête à mourir pour l’Irlande. C’est la comtesse rouge, l’indépendante, la militante, la révolutionnaire. Le pouvoir britannique lorgne sur elle et se demande, probablement, comment une noble irlandaise, doublée d’une comtesse polonaise par alliance, s’est ainsi fourvoyée auprès des voyous, bandits et autres assassins révolutionnaires.

Easter Rising 1916

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Une femme résolue

Je ne vais pas vous décrire l’insurrection de Pâques de 1916 car j’en ai parlé ici (décidément, je suis intarissable sur l’Irlande !).  Ce qu’il faut savoir c’est que la plus ou moins respectable comtesse Constance Markiewicz y tient un rôle de choix. Elle ne se contente pas de professer des encouragements mais se bat, aux côtés des groupes paramilitaires indépendants irlandais. Mieux encore (si l’on peut dire), elle dirige la bataillon féminin et tire, elle aussi, depuis le retranchement des rebelles, à la poste centrale, assiégée par les Britanniques.

Comme les autres (rares) survivants (allez donc relire mon article sur le sujet), elle est arrêtée. Condamnée à mort, sa peine est commuée en emprisonnement (parce qu’on ne pend pas les femmes). Libérée un an plus tard, elle reprend le combat et est de nouveau arrêtée en 1918 ainsi que son amie Maud Gonne.

Mais les murs de la prison n’arrête pas Constance. Ou Madame la Comtesse. Depuis sa cellule, elle mène campagne pour représenter l’Irlande au Parlement à Londres. Et est élue. La première femme a atteindre ce poste, depuis une prison en plus. Excusez-la du peu.

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Avec son mari polonais, Casimir

Même une fois libérée, Constance Markiewicz ne siègera jamais à Londres. Simple question de principe. Son élection était surtout un pied-de-nez aux Britanniques (qui l’ont encore en travers de la gorge). Jusqu’à sa mort, la comtesse rouge continuera son combat, militera pour la cause irlandaise, puis pour la cause nord-irlandaise. Elle sera même ministre (là encore, une première historique !) dans le gouvernement de Eamon de Valera de la toute jeune République irlandaise. Mais arrive le traité de paix de décembre 1921. Pour mettre fin à la guerre qui fait rage sur l’île, Eamon de Valera a accepté la partition de l’Irlande et Georges V en reste le « roi ». Pour Constance Markiewicz, c’en est trop. Elle démissionne et reprend les armes lors de la guerre civile irlandaise (résultat du traité de paix, justement). Arrêtée, relâchée après avoir protesté par une grève de la faim, Constance s’envole toujours de ses prisons. Elle est trop célèbre, une héroïne dédiée toute entière à la cause irlandaise. La laisser mourir dans des cellules britanniques ferait des émules et Londres en a peur.

Elle décède le 15 juillet 1927 à Dublin, des suites d’une maladie foudroyante. Elle venait d’être réélue députée. 59 ans et une vie si remplie qu’elle en donne le vertige.

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Portrait accroché à Westminster

Aujourd’hui, cent ans après son élection, le Parlement britannique a choisi de lui rendre hommage en accrochant son portrait dans les couloirs de Westminster. Une décision qui aurait probablement fait sourire (ou tempêter) la passionnée et résolue Constance Markiewicz.

 

 

2 réflexions sur “Une comtesse révolutionnaire

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