2.09.1870 ou le début de la fin

L’été fut rempli, débordant, fatiguant, exténuant, renversant. Incroyablement chaud par chez nous à Berlin (et par toute la France semble-t-il). Il fut aussi studieux, festif, méditerranéen (trop rapidement hélas) et surtout berlinois. Doctorat-centré essentiellement. Du coup, CCPH est tombé à la trappe. Une multitude de dates tellement intéressantes m’a démangé les doigts, je vous assure. Mais le temps m’a manqué !

L’un des derniers billets portait sur Napoléon III et sur le déclenchement de la guerre franco-prussienne de 1870 (venez vous rafraîchir les idées par ici !). Reprenons le fil de nos histoires par la fin du conflit, la chute du dernier des Bonaparte, la débâcle. Bref, the end.

Vers un désastre ?

Napoléon, par le grand (l’immense !) Winterhalter

Nous sommes à l’été 1870, donc. Napoléon III va moyen. Sa santé est catastrophique, son moral au plus bas. La guerre avec la Prusse ne s’annonce pas bien. Le 19 juillet 1870, la déclaration de guerre est remise aux Prussiens. C’est donc la France qui s’élance dans le conflit. Face à l’Histoire et aux voisins du continent européen, c’est elle la première responsable (nous y reviendrons) – autant dire que sur la scène diplomatique, l’opinion est négative. Surtout que Napoléon III a déjà l’Italie à son actif (il a aidé Cavour dans son combat pour l’indépendance italienne) et la guerre de Crimée. De là à passer pour un Empereur agressif, il n’y a qu’un pas (que certains contemporains ont déjà franchi). C’est surtout que ce Napoléon III-là, celui de 1870, est un monsieur malade. Il souffre de calculs à la vessie et reste prostré des heures devant la cheminée, grelottant et misérable.

La France est donc mal partie. Surtout que Napoléon III n’est pas franchement convaincu de l’utilité de cette guerre. De plus, il ne peut aligner sur la carte des combats que 250 000 soldats. Contre les 690 000 (+ 160 000 réservistes) prussiens. La différence est à première vue de très mauvaise augure pour une potentielle victoire française.

Impitoyable Bismarck (et sa moustache légendaire – ainsi que le casque à pointe !)

Diplomatiquement, donc : c’est le désert. Le tsar a promis à Bismarck de masser ses troupes contre la frontière autrichienne, si l’Empire de François-Joseph décidait d’aider la France (aucune crainte à avoir – il restera neutre). L’Angleterre regarde ailleurs. Le Roi d’Italie aimerait bien aider son ami Napoléon III. Surtout qu’il se dit que, bon, s’il a une couronne, un Royaume, c’est bien parce que le troisième des Bonaparte a répondu positivement à la supplique de Plombières (je vous en parlerai un jour). D’ailleurs, c’est aussi à cause de l’affaire italienne que Napoléon III est dans une impasse diplomatique : les catholiques (autant dire, qu’en Europe à cette époque, ça fait du monde) ne lui pardonnent pas son soutien à la cause italienne qui a eu pour conséquence la réduction massive de l’influence territoriale du Vatican. Bref. Pour résumer : La Russie soutient Bismarck (ils ne pardonnent pas à Napoléon III d’avoir soutenu la Pologne) ; l’Angleterre, l’Autriche-Hongrie et l’Italie se déclarent neutres. Autrement dit, la France est seule face à un Bismarck bien décidé à en découdre (pourquoi? relisez l’article).

Napoléon III a donc un certain poids sur les épaules. Une responsabilité qu’il prend à coeur et qui le décide, d’ailleurs, à prendre le commandement suprême de l’armée. À cheval, l’Empereur ! Seulement, avec ses problèmes de santé (et son pauvre talent de stratège), l’entreprise semble hasardeuse. Mais devoir oblige, il ira. Sans oublier Eugénie qui s’inquiète pour la dynastie bonapartiste: si défaite il y a, c’en est fini de l’Empire, vive la révolution. L’avenir nous le dira.

This is the end 

Les jours ses passent. Plus ou moins bien. Plutôt mal d’ailleurs. Napoléon III ne tient que difficilement sur son cheval, ses douleurs étant trop insupportables. Son fils, âgé de quatorze ans, est quelque part sur le front (puis est bien vite rapatrié loin des fusils prussiens – histoire de garder vivant le seul héritier du trône). Ses troupes murmurent sur son passage. Puis l’insultent, le huent.

En moins d’une semaine, la bataille a tourné au désastre. Le 9 août, le cabinet Ollivier, en France, est renversé par le Corps législatif. C’est un général qui est nommé à sa place et soutenu par l’Impératrice. D’Empire libéral, l’Empire devient autoritaire. Très mauvaise idée pour retenir une révolution galopante, me direz-vous.

Sedan vu par ses contemporains – notez le ton acerbe du titre

Et puis, voilà Sedan. Pas moins de 100 000 soldats – ceux de Mac Mahon – sont encerclés par les Prussiens dans cette cuvette devenue aujourd’hui historique. On dit que Napoléon III cherche la mort, perché sur son cheval, au milieu des canons prussiens, traversant les balles avec une nonchalance étudiée. Contrairement, peut-être, à ce qu’il espère, il ne mourra pas. Pire encore, il boira le calice jusqu’à la lie : face à la débâcle, il hisse le drapeau blanc sur le fort de Sedan et annonce sa capitulation.

Humiliante défaite

Le 2 septembre 1870, à l’aube, il rencontre Bismarck et von Moltke à Donchéry. L’humiliation est grande (et voulue ainsi par les Prussiens) : tous les survivants et les blessés, ainsi que l’Empereur lui-même, sont fait prisonniers. On l’enferme dans un château ; Guillaume de Prusse vient lui faire coucou, s’excuse presque, pour un peu il proposerait même de prendre sa place. Il ne la voulait pas cette guerre, lui. C’est Bismarck, mon pauvre monsieur, vous comprenez.

Le 4 septembre, à Paris, la foule s’est amassée face au Palais-Bourbon. On appelle la fin de l’Empire,  on veut une révolution. Dans l’après-midi, Gambetta prononce la fin des Bonaparte puis on proclame la République.

Eugénie abdique. Puis s’enfuit avec l’aide de son dentiste américain. Elle atteint l’Angleterre où bientôt son fils et son Empereur de mari la rejoindront. Le dernier des Bonaparte mourra en sol anglais. Louis-Napoléon, l’héritier, finira sa courte vie sous le soleil d’Afrique, dans un uniforme anglais, tué d’une flèche zoulou. Eugénie, elle, survivra jusqu’en 1920, mélancolique d’une époque révolue.

En l’espace de quelques jours, l’Empire s’écrasa. Sans tambour ni trompette. Sans faste ni grandeur. Dans la débâcle.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s