La beauté silencieuse d’Utah Beach

Voici un post publié sur la page Facebook de CCPH – que je publie ici pour tous ceux qui ne vont pas / ne sont pas sur Fb.

CCPH était à Utah Beach hier – (presque) par hasard. Je profite de la magnifique (magnifique, renversante, incroyable) Normandie avant de rentrer dans mon chez moi berlinois. Et les prochains articles du projet #ilyacentans sont en préparation…!

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Il y avait les dunes et la mer, immense. Le soleil se couchait doucement et le vent sifflait, s’engouffrait partout où il pouvait. Nous étions presque seuls, face à tout cela. Avec les drapeaux qui claquaient en haut de leurs mats et les bunkers, impassibles et solennels, presque ensevelis sous le sable.
Nous étions à Utah Beach.

 

Alors, ce n’était pas vraiment fait exprès. Au départ nous devions aller manger des moules et des frites, miam !, sur le port d’une petite ville aux maisons sages et aux bateaux dodus. Et puis, sur la carte, Utah Beach n’était pas si loin, à quelques kilomètres à peine. Et puis la nature était belle, la campagne normande baignée par le soleil rougissant, les vaches, la mer et les bunkers d’il y a soixante-quatorze ans.
Utah Beach est l’une des plages du débarquement de Normandie, le Jour J, le D Day, ce 6 juin 1944. À 6h30 du matin, les soldats américains débarquèrent face aux fortifications allemandes, le Mur de l’Atlantique. Quelques minutes auparavant, des avions et des parachutistes avaient labouré la côte normande, détruisants les batteries allemandes pour tenter de faciliter la progression de l’armée prête a débarquer.
Et puis, il y avait eu les bateaux. Les soldats, la peur au ventre sûrement, voyant la plage devenir de plus en plus proche. Les remous des vagues, le choc des passerelles qui raclent le sable mouillé, l’ordre de courir, courir, ramper, peu importe comment en somme : il fallait atteindre les dunes, éviter les mines allemandes qui parsemaient la plage, éviter les balles. Oui, juste atteindre les dunes.
Utah Beach est un débarquement essentiellement américain. C’est une plage qui s’étend, paresseuse, sur 5km, entre Saint Vaast la Hougue et Ste Marie du Mont. Si proche de Cherbourg et de son port. C’est d’ailleurs à cause de ce dernier qu’Utah Beach fut rajoutée aux autres plages du débarquement par les Alliées. C’est la seule qui soit agrippée ainsi au Cotentin, les autres sont sagement rangées autour de Caen dans le Calvados. Utah Beach a pour objectif Cherbourg, l’accès à la mer, à la Manche puis à l’Atlantique. Elle est si proche, si proche de l’Angleterre, moins éloignée de Londres (205 km) que de Paris (265 km). Regardez sur une carte. Car le Cotentin, en somme, c’est un pont inachevé vers l’Angleterre, arrêté en pleine course, en pleine mer, avec son chapelet d’îles anglos normandes éparpillées comme des étoiles.
Utah Beach, c’est un succès. Contrairement à la sanglante Omaha qui faucha un millier d’hommes et en blessa près de 2000. Utah, ce n’est « que » 200 morts américains, arrêtés en pleine course vers la plage, Cherbourg, Paris, l’Allemagne.

 

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Suivons-les jusqu’à Strasbourg !

C’est aussi à Utah Beach que commence la route de la 2eme Division Blindée. La fameuse DB de Leclerc. Il débarqua avec ses hommes sur Utah Beach le 31 juillet 1944, un peu plus de deux mois après le D Day. La plupart reposaient alors le pied sur le sol de France pour la première fois depuis quatre ans. D’autres, des Français d’Algérie et des colonies d’Afrique, touchaient le continent pour la toute première fois de leur vie. Leur but, c’était Strasbourg. Comme ils en avaient fait la promesse en mars 1941 à Koufra (Libye) : « Jurons de ne déposer les armes que lorsque nos couleurs, nos belles couleurs flotteront sur la cathédrale de Strasbourg ». Utah Beach, c’est le premier pas sur le sol européen. Le premier d’une succession d’autres vers Strasbourg, en passant par Paris. Puis l’Allemagne, puis Berchtesgaden, le nid d’aigle de Hitler.
Alors hier, nous étions à Utah Beach. Le soleil se couchait et la nature était belle. Il y avait un musée (fermé), des inscriptions et des mémoriaux. Avec cette injonction, cet ordre : souvenez-vous !

 

Sur la plage, face à la mer, seuls quelques bunkers, au loin, attachés aux dunes depuis plus de soixante-dix ans, révélaient aux yeux l’histoire qui s’y était déroulée. À l’horizon il y a des huîtres, des couples avec des enfants et d’autres avec des chiens. Une vie qui s’ébroue avec l’Histoire comme spectatrice

 

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