#ilyacentans – et Guillaume II abdiqua…(Happy Birthday CCPH !)

Avant toutes choses : joyeux anniversaire nous ! CCPH fête ses trois ans aujourd’hui ! Trois ans que je me régale d’histoires et, j’espère, vous régaler aussi ! Champagne !

 

Dans deux jours, le monde commémora le 11 novembre 1918. Les cent ans de l’armistice. Le siècle qui nous sépare entre la fin d’une Première Guerre mondiale faucheuse de vies et aujourd’hui. Je ne sais pas vous, mais l’historienne-to-be que je suis est toute excitée par cette journée à venir. 100 ans, quand même ! CCPH sera sur la brèche dimanche, à inspecter les commémorations avec un oeil avisé, peut-être ému (ça me fait toujours ça, quand l’Histoire s’approche si près) mais surtout passionné.

En attendant le 11 novembre, penchons-nous sur aujourd’hui. Ah le 9 novembre, ce fameux « Schicksaltag » (jour du destin) de l’histoire allemande…Les évènements centraux de la nation se sont succédés, chacun à leur suite, en ce début novembre. Que ce soit en 1923 (j’en ai parlé ici), en 1938 (venez voir ici), en 1989 (et ici !), voir même au 19ème siècle (CCPH a papoté sur le sujet !), elles se bousculent aux portillons, les histoires allemandes du 9 novembre !

Avant l’abdication de Guillaume II, les allemands s’étaient préparé à la défaite et à l’armistice. Le 7 novembre, Matthias Erzberger en compagnie de sa délégation, avait traversé les lignes allemandes, le no man’s land puis les lignes françaises pour discuter des conditions alliées. Le 8 novembre, il était monté dans le train. Le fameux wagon de Compiègne, dans la clairière proche de Rethondes, celui qui entrera dans l’histoire comme le train de l’armistice. L’ambiance était tendue. Imaginez-vous. Foch, glacial, grandiose, vainqueur et les Allemands que la valse du protocole diplomatique du vaincu met délibérément posture humiliante. Les conditions font blêmir la délégation : les troupes allemandes doivent quitter les territoires français, belges et luxembourgeois ; des zones du territoires seront occupées ; les armes, les avions, les navires de guerre devront être livrés. L’ultimatum est fixé le 11 novembre, à 11 heures. Lorsque les onze coups sonneront aux clochers, aux horloges, aux montres à gousset – la guerre prendra fin. Avec un goût de sang.

La délégation allemande tenta de négocier, de tergiverser. Les conditions étaient dures mais les Alliés intraitables : l’Allemagne devait payer « sa » guerre, celle qu’elle fomenta, qu’elle décida, qu’elle exécuta. Le matin du 11 novembre, le texte définitif de l’armistice fut plus ou moins retouché, légèrement (très légèrement) plus favorable à l’Allemagne (il faut chercher ces avantages à la loupe). Mais je vous reparlerai du 11 novembre !

9 novembre 1918 

La_Fraineuse
Château impérial pour quatre ans

Il est 9 heures, ce matin-là, et la ville de Spa est en ébullition. C’est dans cette cité thermale belge qu’en 1914, les Allemands ont installé leur État-Major. Guillaume II séjourne à la villa La Fraineuse où il guette les nouvelles du front.

En ce mois de novembre 1918, les nouvelles ne sont pas bonnes. Catastrophiques. Que ce soit sur le front ou en Allemagne – la déroute est totale, le chaos semble s’être installé. Pour Guillaume II, il suffirait de marcher sur Berlin avec ses troupes, remettre de l’ordre dans son Empire renversé par un vent révolutionnaire qui inquiète l’Europe. Le Tsar Nicolas II a été assassiné avec toute sa famille en juillet, les révolutionnaires bolchéviques se sont installés sous les dorures des palais grandioses de la « Sainte Russie ». Et si Berlin se transformait en Saint-Petersbourg, en Moscou? Si Potsdam et ses châteaux impériaux se trouvaient détruits eux aussi, envahis par des hordes sanguinaires? Guillaume II n’ose pas y penser. Il y croit dur comme fer : il suffirait de remettre un peu d’ordre. Mais la défaite est proche, assurée. La fin humiliante d’une guerre commencée il y a quatre ans dans la liesse, avec la conviction, à l’époque, que la victoire serait grandiose comme en 1870 lorsque les armées de son grand-père Guillaume Ier et de Bismarck avaient écrasé l’orgueilleuse France napoléonienne.

Oui mais voilà. Ses généraux sont beaucoup moins confiants. Ils ne croient plus à la victoire ni au maintien de l’Empire. La situation est à ce point catastrophique qu’il faut envisager la chute de l’Empereur, la fin d’une Histoire commencée en 1871.

En ce matin du 9 novembre, donc, Paul von Hindenburg, commandant des armées, regroupe ses officiers : leur mission est de plancher sur une question primordiale – les troupes sont-elles prêtes à faire (encore) confiance à Guillaume II? De son côté, il va chez l’Empereur. Il s’agit de convaincre le Kaiser que la fin est proche, immédiate.

Wilhelm et son casque à pointe

Ils se relaient pour le lui dire, le convaincre. Mais Guillaume II s’entête. Non, non, non. Il ne croit pas à cette rumeur concernant les troupes. Comment pourraient-elles ne plus croire en lui? Il veut des preuves, il les ordonne. Et puis, la situation en Allemagne n’est pas aussi grave qu’il y parait, …non?

La situation est pire. Mais ses généraux n’ont pas voulu trop inquiéter l’Empereur (pourquoi?). Maintenant il est trop tard. La population frôle la famine, on se bat dans les rues. Depuis la mutinerie de Kiel début novembre (à lire ici !), c’est la panique en Allemagne. On craint pour le pays, on est en passe de tomber comme la Russie. Pour tous, militaires comme politiques, il n’y a plus qu’une solution : l’abdication.

C’est un message berlinois qui va faire basculer l’avis du Kaiser. Celui du chancelier Max de Bade. Il a été élu en octobre, lorsqu’on cherchait un homme politique prêt à négocier l’armistice. Ce dernier est en Allemagne depuis les prémices de la révolution et non à Spa, un peu déconnecté de la réalité du pays (le contraire de Guillaume II donc). Il envoie un télégramme à sa « Majesté l’Empereur » l’intimant à abdiquer pour sauver l’Allemagne en déroute.

Le dernier des Wilhelm (Guillaume) accepte à contre-coeur. Mais à une condition, c’est de rester Roi de Prusse. Être dépossédé de son titre d’Empereur, soit. Après tout, sa famille ne l’est que depuis 1871. Mais le Royaume de Prusse, jamais.

À 14h il appose sa signature en bas du document officiel dans un silence de mort.

Oui mais voila. À Berlin, Max de Bade a annoncé l’abdication totale de Guillaume II : comme Empereur d’Allemagne et Roi de Prusse. Pour l’ex-Kaiser, c’est terrible. Dans une même journée, il n’est plus rien. Sa sécurité estime inutile qu’il revienne à Berlin. On parle de soldats qui se réunissent à quelques kilomètres de Spa. L’armée allemande est en déroute. D’autant que Foch a donné l’ordre à ses généraux de continuer l’offensive jusqu’au 11 novembre, de puiser dans les forces allemandes, de les anéantir, d’en finir avec l’Allemagne une bonne fois pour toutes.

Le soir du 9 novembre, on décide d’exfiltrer Guillaume II vers son train spécial. Assis avec ses conseillers, il ne réalise toujours pas. Vers 4h30, ils quittent Spa. La destination ne sera pas l’Allemagne. L’ex-Empereur des Allemands ne retournera jamais dans son pays ni à Berlin. Il terminera ses jours aux Pays-Bas où il demande l’exile à sa parente, la reine Wilhelmina. Cette dernière ne se sent pas de refuser l’hospitalité à ce Kaiser sans Empire, perdu sur la carte européenne d’un continent qui le rejette après une guerre interminable, cruelle et faucheuse de vies comme jamais. Son peuple lui reprochera encore longtemps.

La fin d’un Empire, la chute d’une monarchie, la fin d’un monde surtout. Celui d’avant 1914.

L’opprobre du monde s’acharnera alors sur l’Allemagne, ses responsables et le Kaiser. Puis il y aura une nouvelle guerre. Mais en attendant, il s’agit de gagner la paix.

Je me rappelle une histoire. Celle de mon arrière-grand-mère qui portait le nom d’une Impératrice déchue (elle aussi), Eugénie. En 1918, le 11 novembre, elle avait dix-neuf ans. Les cheveux révélés dans ces chignons de l’époque, bouffants et spectaculaires ; les robes à corsets et le regard lointain. Son fiancé Maurice (qui signait dans ses lettres « son paquet de boue ») et ses frères étaient à la guerre. Depuis quatre ans. Elle attendait, elle aussi, cette fin de guerre interminable. Sur les photos, elle pose, lointaine, rêveuse, immobile et inquiète. À quoi pense-t-elle alors, devant ce décor de photographe, fleuri et romantique, dans sa robe noire?

Dans les années 1970, elle demanda à voir le train, à Compiègne. Le mémorial. Là où son passé s’était inscrit, ce 11 novembre pour lequel son coeur avait battu. Elle regarda le train, le wagon. Elle regarda au loin, rêveuse, émue sans doute. Elle acheta des cartes postales. Elle se souvint. Car à quoi pensa-t-elle le 11 novembre 1918? Quel soulagement ressentirent-ils, tous mes morceaux familiaux de la grande histoire? Maurice, Lazare mort à Verdun, Gabriel, Louis-des-Dardanelles et Andrzej le polonais. Et les vôtres? Vos silhouettes de poilus, de civils, de femmes en noirs et d’enfants orphelins? Y pensez-vous? Depuis cent ans, que sont leurs souvenirs devenus?

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