Le 11 novembre à Berlin

[petit post Facebook avant un nouveau article !]

Alors, votre 11 novembre?

CCPH l’a passé à Berlin. Ce qui, en soit, est une jolie pirouette de l’Histoire : commémorer l’armistice dans le pays que mes arrières-grands-parents considéraient comme « l’ennemi » avec tout ce que terme comportait alors d’histoires grandes ou petites. Mieux encore, dans la ville de Guillaume II, cette ville lointaine et honnie. Berlin.

Il faisait froid, humide. Les feuilles collaient sous les chaussures, s’accrochaient aux cheveux. Le vent s’engouffrait sous les manteaux, jouait à saute-mouton avec les nuages. C’était l’automne mêlé d’hiver. Un 11 novembre berlinois, en somme. Pluvieux, un peu triste peut-être, dissimulant l’odeur magique des marchés de Noël et des vins chauds de début décembre.

Berlin n’avait rien prévu. L’Allemagne ne se sentait pas vraiment concernée par cette armistice centenaire. Le 11 novembre, par ici, ça ne parle pas à grand monde (certains ne savent même pas ce qui s’est passé ce jour-là de 1918 – histoire vécue). Ce n’est pas férié. Ce n’est pas commémoré. Ce n’est rien, du moins pas grand chose dans la grande mais si délicate Histoire allemande. Ce fut une date cauchemar pour plusieurs générations, le symbole de la défaite et de l’humiliation. Puis le 11 est trop proche du 9. Et le 9, CCPH vous l’a déjà raconté si souvent, c’est LA date de l’Histoire allemande : avec ses remous, ses complexités, ses horreurs, ses grandes joies.

Donc le 11.11, outre-Rhin, on passe son tour. À Berlin, il y a eu une cérémonie, organisée par les militaires français de l’ambassade de France (comme chaque année). Le rendez-vous était donné à la Julius-Leber-Kaserne, dans le nord de Berlin. Une stèle, quatre drapeaux (français, allemand, européen et berlinois). Quelques arbres. Une ancienne caserne militaire française (du temps de l’occupation), une grande route et les avions de l’aéroport de Tegel qui traversent le ciel dans de grands bruits fracassants de réacteurs. On trouverait mieux comme lieu de mémoire, me diriez-vous (et vous auriez raison). Nous étions une poignée. Des militaires français, quelques allemands, des représentants d’autres pays (américains, biélorusses, ukrainiens, lituaniens, britanniques…). Une classe de l’école française qui chanta la Marseillaise. Un discours. La sonnerie aux morts. Et ce fut tout.

Un 11 novembre pourtant si lourd de symboles, cent ans ! L’historienne-to-be que je suis trépignait. Mais le monde, hier, était à Paris. Berlin, soudain, se drapa dans sa dignité offensée, dans son ignorance et son Histoire cruelle. Berlin, soudain, sembla si lointaine.

Hier, il y a cent ans, le monde déferlait dans les rues. On dansait sur les ruines. Berlin s’embrasait. Hier, juste hier, Paris se transformait en capitale du monde. Berlin, elle, regardait l’Histoire passer avec cette placidité que l’on gagne à force de drames.

Alors, pour le 11 novembre, nous étions pourtant là. Glacés et silencieux sous le grand opéra des réacteurs d’avions. Nous nous somme souvenus, nous avons pensé à eux.. À nos morceaux d’Histoire, à ces 20 millions de morts et à ces âmes perdues, vivantes mais jamais revenues des tranchées. À ces gueules cassées qui traînèrent derrière eux, comme un masque, la tragédie et l’horreur. À ces femmes en noir fleurissant à jamais des tombes blanches. À tous ces orphelins de la guerre. À ces fiancées à jamais fiancées. À ces mères, à ces pères à jamais coupés en deux, détruits de l’intérieur. À ces photos d’hommes encore jeunes, fier de monter au front, la peur au ventre, beaux, amoureux, français, allemands, australiens, sénégalais, luxembourgeois, polonais…qu’importe en somme.

Alors, pour ce 11 novembre, pour ces cent ans, nous étions à Berlin. Et malgré l’indifférence d’une ville (excusez là de la trop grande Histoire qu’elle porte avec elle), malgré les avions, le froid, le silence, cette poignée de silhouettes regroupées autour de quatre drapeaux ; malgré tout cela – Nous nous sommes souvenus, nous avons imaginé. Et c’était beau.

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