La folle rumeur

La France s’émeut d’actions punitives qui se sont succédées en Ile-de-France contre la population rom suite à des rumeurs concernant des rapts d’enfants. On aurait vu des « camionnettes blanches » tenter d’enlever des enfants dans les rues de certaines villes. On aurait vu. On aurait même filmé. Des vidéos se sont propagées sur les réseaux sociaux, dans les conversations instantanées. La rumeur a alors enflé, s’est gonflée comme le crapaud dans la fable de La Fontaine. Puis. Les règlements de compte. Et la haine. Lire la suite

Et toi, dans la vie…?

On m’a souvent demandé ce que c’était, de faire une thèse. À quoi ressemble la vie d’une doctorante. À vos lunettes et à vos yeux, tadaaaam : voici le premier article de la vie (passionnante) d’une historienne-to-be, de la CCPH-author et de me myself and I. Bref, on raconte qu’Internet est un haut lieu d’égocentrisme aigu. À mon tour !

To be or not to be, that is the question

Vous la connaissez tous, cette question. Et toi, dans la vie, tu fais quoi? Quand, après un tour de table, dans une soirée entres amis – où tu ne connais que peu de gens – c’est ton tour. Ça y est. Tu le sens. Il a les yeux braqués sur toi, le petit curieux. Un regard alléché. Parce que tu es la seule qu’il (ou elle) ne connait pas. La seule figure inconnue. De la chair fraiche pour la commère, en somme.

Et toi, dans la vie, tu fais quoi?

Question anodine au premier abord, elle a le don de provoquer chez moi des sueurs froides, des palpitations cardiaques (j’ai un coeur très sensible aux tachycardies émotionnelles). Et toi, dans la vie, tu fais quoi? Voyons voir. Que fais-je, dans ma vie? Autour de la table basse, il y a trois médecins, un kiné, une pharmacienne en devenir (je traine avec beaucoup trop de professions médicales – amoureux oblige), un responsable commercial, une prof tout juste agrégée, un bonhomme à lunettes dans la finance, un agriculteur bobo, un startupeur. Tous bien rangés. Mariés (pas tous). Parents (parfois). Payés (toujours). Je les écoute parler depuis le début de la soirée, comme je les écoute souvent, tous ces comparses, mes amis, mes cousins, ma génération lancée dans la vie. Ils payent des impôts (des impôts !!), ils parlent assurance-vie, retraite (retraite !!). Bref, ma génération a basculé dans la catégorie des grandes personnes (coucou Saint-Ex).

Et voici, comme à chaque fois, c’est mon tour. Et toi, dans la vie, tu fais quoi? Mon amoureux se redresse dans son fauteuil, sourit avec fierté. Il est très (mais vraiment très très) fier de moi, vous comprenez. Alors il est dans les starting-blocks. Il attend que je réponde, sinon, il se lancera, il claironnera : Elle fait une thèse ! Et imaginez les confettis qui me tombent sur les épaules, les hourras, les bravos. Il s’attend à chaque fois que l’on me saute au cou, que l’on m’applaudisse, que l’on me regarde avec respect : elle fait une thèse, eh bien dis donc !

Et toi, dans la vie, tu fais quoi?

Une thèse, je fais une thèse ! On pourrait espérer que le curieux s’arrêterait là.

Et une thèse dans quoi?

Là je prends mon temps. Je me délecte quand même un peu. En Histoire, m’entends-je répondre. Je fais une thèse en Histoire.

Après je me lance. Je raconte, j’explique, j’embraye, je passe la deuxième, la troisième, la quatrième. Je m’arrête, je freine, je cale, en bout de course. Inutile d’assommer mon interlocuteur d’informations, pense-je. Pourtant c’est ce que je viens de faire. L’habitude aidant, j’ai déjà anticipé ses futures questions. Et depuis le temps (un an quand même), j’ai eu le temps de roder mon petit topo.

Et aujourd’hui, ta journée…? Oh, j’ai surtout bu beaucoup de cafés

Mais le pire, finalement, ce n’est pas ça. Ce n’est ni la question Et toi, dans la vie…? qui m’exaspère pourtant. Ni le En quoi? qui me fait passer pour une bête de foire en soirée. On m’a même dit une fois que j’étais jolie pour une doctorante. Merci darling, vraiment, charmant.

Le problème, ce n’est pas ça. Non, non, non. C’est plutôt quand on me demande comment se déroulent mes journées. Je déteste de toutes mes forces cette question. Déjà, c’est fou comme on peut se permettre d’être si curieux avec un doctorant. Enfin, quoi, est ce que je demande à ce médecin, cet avocat, cet ingénieur, cet agriculteur, ce startupeur, ce responsable commercial (et j’en passe…!) ce qu’ils/elles font de leurs journées? D’ailleurs, pour certains, ça sonnerait très triste : je lis mes mails, je classe des dossiers, j’assiste à des réunions, je triture des dos, des jambes, des bras, je fais des piqures, j’arrose mon champ, je réinvente le monde (ça c’est le startupeur qui s’y croit).

Bon, très bien, j’avoue, y a les médecins urgentiste, les pompiers, les superman (qui en connaît?) qui eux, peuvent se permettre de répondre avec emphase je sauve des vies (mais étrangement, les vrais, ceux là – j’en connais – ne s’en vantent pas).

Invariablement, je cale. Qu’est-ce que je fais des mes journées? En quoi consistent-elles? Eh bien, eh bien…que vous dire? Là, comme ça, spontanément, je cherche. Je triture mes méninges. Je scanne mon après-midi, ma journée de la veille (ce qui est certain, c’est que des vies, je n’en sauve pas).

J’étais derrière mon ordinateur. J’ai lu un livre. J’ai noté quelques idées. J’ai passé ma matinée à chercher des bourses pour vivre autrement que sur le dos de mon amoureux et de mes économies (de plus en plus rares). J’ai eu une fulgurance pendant mon jogging matinal Ah oui, je suis allée courir aussi. Je me suis acheté un nouveau cahier (très important, les cahiers ! petits carreaux, feuilles détachables, mes préférés). J’ai passé des heures entières à chercher des sources, des archives. J’ai lu le magazine « L’Histoire » et j’ai bu des cafés. J’ai trouvé des archives. J’ai sauté de joie lorsque je les ai trouvées. J’ai feuilleté mon classeur d’un air inspiré. J’ai écris des mails administratifs pompeux (et enragés intérieurement). J’ai fait du danois et j’ai relu mes notes (encore). J’ai essayé de faire une synthèse de mon travail des deux derniers mois (et j’ai paniqué sévèrement ensuite pendant deux heures au moins en me gavant de chocolat).

Bref. Voilà ma vie. Bon, j’exagère. Quand même, je suis souvent dans les archives. Pas plus tard qu’avant hier j’y ai passé ma journée. Dans le 93, avec de gros cartons entassés. J’adore être dans les archives. Le murmure que font les crayons à papier quand ils tombent. L’air gentil de mon porteur de cartons. L’air bizarre de mon vis-à-vis, presque allongé sur un registre du XIXème. Le petit vieux qui se chuchote à lui-même juste dans mon dos (et ça me berce). Et toutes ces choses cachées dans les cartons, face à moi, que j’ai envie de fouiller et que je fouille, joyeusement. Ces vieux papiers qui sentent bon l’avant, le passé. Bref. J’adore les archives. Et pourtant, avant-hier, je n’y ai rien trouvé. Rien de concret pour ma thèse, disons.

Dans ces cas-là. Bon. On sort à l’air libre l’air grognon. Surtout quand on lit ensuite un mail de l’administration de la fac qui vous dit, en gros, que Huston, on a un problème et que vite, vite, je dois aller le régler illico presto. Et hop, venir prêter allégeance à la secrétaire (très gentille, du reste) de mon université.

Ces journées-là ne sont pas mes préférées.

Et tes journées, elles ressemblent à quoi?

Je pourrais essayer d’expliquer l’excitation que je ressens quand je trouve quelque chose de concret, une source, une preuve, bref quelque chose. Que je suis prête à sautiller partout et qu’il m’est déjà arrivé d’applaudir en m’agitant toute seule dans mon salon (ou plus silencieusement dans les bibliothèques ou les archives). Comment décrire la joie que l’on ressent quand on cherche depuis des semaines, qu’on ne trouve rien, et que, soudain, paf, tout s’illumine? L’impression que sa thèse, soudain, eh bien, oui elle révolutionnera la science ma petite dame ! Oui un jour. Parce que pour le moment, voilà, bon, je suis devant Archi, seule et abandonnée de tous mais que voilà, un jour, eh bien, oui, voilà quoi. Un jour voilà ! (un jour quoi?, là est toute la question).

Les joies du chercheur 

Il y a donc la joie, incomparable, de trouver. Un chercheur passe beaucoup de temps à chercher (c’est le principe, vous l’aurez compris) mais il a vraiment envie de trouver. Il ne fait pas exprès d’être chercheur, il aimerait bien qu’on dise de lui, parfois, qu’il est un trouveur, un découvreur. 

Et puis, il y a ces moments où la vanité du chercheur est flattée. Il se redresse, il ronronne. De vrais petits chats. Dans les colloques ou les séminaires, quand je présente mon travail et qu’à la fin, alors que je n’ai, personnellement, plus de coeur (mort de peur), plus de voix, plus d’ongles – on vient me féliciter. Me serrer la main avec un sourire. Me dire que, vraiment, c’était fort intéressant madame / mademoiselle (c’est selon). Me dire, on espère votre thèse. Un professeur devrait se rappeler à quel point il était dans mon cas, dans notre cas, dix/vingt/trente/quarante ans auparavant et que des félicitations vous font monter le rouge aux joues et le coeur au bord des lèvres.

Ces moments de ronronnements intellectuels, pour lesquels on travaille depuis un mois et qu’on cauchemarde toutes les nuits, font du bien. Car le chercheur, en plus de vouloir trouver, est aussi un être social.

Dans ces colloques ou séminaires, on rencontre aussi d’autres doctorants. Qui galèrent tout pareil que nous. Les premiers jours, l’honneur est sauf. On a l’impression que tout va bien dans la vie de tous. On est les juniors du colloque, on se jauge du regard, on sourit béatement. Moi ma thèse, oh (petit mouvement de la main), du gâteau ! Puis ensuite, au bout du deuxième jour, après une soirée à papoter au restaurant, les langues se délient : les même problèmes, tout pareil, toi aussi des fois…? Oh, carrément des journées entières devant des séries? Avec une glace au chocolat? La déprime? Tu as relu tout Proust? My, my… (là tu te dis que tu n’es pas si mal, après tout!).

Je récapitule alors mes jours de déprime (Attention ! voici les confessions intimes d’une thésarde). Bon, il m’est arrivé un jour de descendre toute la tablette de chocolat en une seule fois. Une marque chère en plus (au-dessus de mes moyens de thésarde). Bah. Il m’est arrivé d’aller en librairie chercher un livre pour ma thèse et acheter deux romans qui n’ont rien à voir. Bon. Il m’est arrivé de faire durer le jogging du matin, parce que je n’avais vraiment pas envie de m’y mettre. Puis de faire durer mon café. Puis ma clémentine. Puis, tout compte fait, écrire un article pour CCPH. Pas parce que ma thèse ne m’emballe plus. Juste parce que, pfffouuuu, ce matin, c’est dur !

Il y a quelques jours, pour me rassurer, j’ai tapé problème thésard shs (sciences humaines et sociales) sur google et j’ai trouvé des blogs consacrés qu’à ça. Des bandes dessinées aussi. Des vidéos youtube. Des livres. Des clubs de soutien moral.

Et ça va. Franchement, ça va. Il parait que c’est normal de vouloir arracher la tête de l’interlocuteur qui est choqué d’entendre que tu ne payes toujours pas d’impôts, à ton âge. Eh bien non, que veux-tu, d’abord, faudrait être payé !

Finalement, à la question, et toi, dans la vie, tu fais quoi?, je devrais répondre, je thèse, je cherche, je doctorate. Bref, je mène la grande vie (comme Casimir – hommage à Jean d’O). Et un jour, voilà. Un jour voilà !

 

L’histoire d’un putsch manqué

Peut-être est-ce du à mon absence prolongée de Berlin. Mais, décidément, CCPH parle beaucoup de l’Allemagne, ces derniers temps. À mettre sur le dos d’une certaine nostalgie, sans doute.

Nous sommes le 13 mars 1920 et une brigade de 6000 hommes marche sur Berlin, investit le quartier du gouvernement, destitue la République de Weimar, nomme un nouveau chancelier, un certain Wolfgang Kapp.

C’est un putsch. Un putsch qui éclate, soudain, dans l’histoire chaotique de l’Allemagne post-1919. Expliquons-nous.

Hey Deutschland, wie geht’s?

Comment vas tu l’Allemagne? (traduction du titre pour les non-germanophones). Mal. Pas super. Bof, bof. Le traité de Versailles l’a laissée dans l’incertitude. Le Kaiser a été mis dehors et coule une vie d’empereur déchu aux Pays-Bas (j’en ai parlé ici), on a évité une révolution spartakiste et on a proclamé une république (). Des années délicates, en somme. Et compliquées.

En 1920, on pourrait espérer que tout se met doucement en place. La république de Weimar a un an. Les alliés gardent un oeil sur l’Allemagne. Le monde les regarde vivre, ces Allemands qui ont joué aux cartes avec le destin (et avec des millions de vies) entre 1914 et 1918. Et on essaye, aussi, bon an mal an, de continuer à vivre. De relancer le monde qui a continué sa course, ça va bien, merci.

Après le traité de Versailles, nos amis d’outre-Rhin, se sont sentis humiliés. Lésés. Accusés injustement d’avoir provoqué la première des deux guerres mondiales. Ils ne se considèrent pas vraiment comme les vaincus du conflit – le traité de Versailles ne fut qu’une grande mascarade qui aida la France à prendre sa revanche sur 1870. Les troupes allemandes étaient prêtes à reprendre le dessus à l’automne 1918 – Luddendorf l’a dit d’ailleurs, le grand général. Mais bon, voilà. Vaincus, ils sont considérés comme. Et ils n’apprécient pas.

Les soldats démobilisés s’ennuient. Choqués, traumatisés sûrement par cette guerre sanglante que l’Histoire, encore, n’avait jamais vraiment vu, ils errent dans les rues des grandes villes allemandes, cherchant un nouveau souffle. Le rythme de la vie militaire, l’adrénaline des combats, l’envie d’en découdre….tout cela leur manque. Ils ont encore besoin de faire la guerre. Et, surtout, de se venger des Alliés, de se venger d’une toute jeune République de Weimar beaucoup trop faibles à leurs yeux.

Kapp-Putsch, Brigade Erhardt, Berlin
Brigade Ehrhardt lors du Putsch sur l’avenue Unter den Linden à Berlin (mars 1920)

Ils se réunissent en Freikorps (corps-francs). Celui de Ehrhardt, de la Marine, est ouvertement antirépublicain. Belliqueux et revanchard. Les alliés voient cela d’un mauvais oeil, somment au gouvernement de faire quelque chose. Ils le font : le Freikorps de Ehrhardt est dissous.

Voilà comment tout commença, en somme. La dissolution d’une brigade d’anciens soldats, la haine et le dépit au bout des fusils. Ehrhardt n’apprécia pas. Ni les hommes politiques et généraux très (très très) conservateurs qui détestaient de toutes leurs forces cette République pas assez à droite (droite droite et droite) à leur goût.

C’est là qu’un certain Walther von Lüttwitz entre en scène. Ce n’est pas un petit nouveau dans l’Histoire allemande, ni même berlinoise d’ailleurs. Il a réprimé la révolution spartakiste de janvier 1919 et s’est illustré, dit on, pendant la Grande Guerre (si proche, alors, dans les esprits !). À la tête de la brigade Ehrhardt forte de 6000 hommes (quand même !), il marche sur Berlin, fait sien le « Regierungsviertel » (quartier du gouvernement) et nomme un nouveau chancelier : un certain Wolfgang Kapp.

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Wolfgang Kapp (1858-1922)

Le père de Wolfgang Kapp passa plusieurs années en exil, en Europe puis à New York (ou ce dernier est né en 1858), parce qu’il était trop socialiste au goût du monde d’alors. Se battant contre l’esclavagisme, contre le colonialisme, contre l’impérialisme – je me demande s’il vit son fils, son petit Wolfgang, homme de droit, journaliste puis fondateur du parti « Deutsche Vaterlandspartei » (parti de la patrie allemande) se transformer en convaincu d’une certaine vision du monde à des années lumières de la fibre paternelle.

Wolfgang Kapp veut changer l’Allemagne de 1920. Il fait partie des anti-Versaillais, des partisans de la « Dolchstoßlegende » (légende du coup de poignard dans le dos – qui attribuait la défaite de 1918 à la population civile, aux socialistes et aux juifs) et entre dans l’opposition en 1919.

Le 13 mars 1920, lors de la marche sur Berlin, il est nommé nouveau chancelier par Lüttwitz.

Mais las (pour lui, parce que pour l’Allemagne, tant mieux – même si elle vit pire une poignée d’années plus tard).

La République de Weimar, repliée hors de Berlin, discute. Et discute encore. Ebert appelle à soutenir l’opposition socialiste et gauchisante : en effet, les syndicats ont appelé à la grève générale. La population allemande ne doit pas soutenir le putsch. Les travailleurs, ouvriers et autres fonctionnaires s’embrasent. Ils répondent présent à l’appel lancé par les syndicats et les partis de gauches et d’extrême gauche, soutenus par la République de Weimar. Une foule de 2 millions d’Allemands déferlent dans les rues de Berlin. C’est une grève qui s’installe et qui durera quatre jours. Le temps, pour Kapp et son club de complotistes ultra-conservateurs de s’en aller par la petite porte de l’Histoire.

Wolfgang Kapp fuit hors d’Allemagne, en Suède. Il y restera deux ans, puis, en 1922, il revient dans son pays où arrêté, il s’apprête à être jugé lorsqu’il meurt d’un cancer. Clap de fin. Von Lüttwitz, lui, sera amnistié en 1924.

C’est un putsch manqué, sans tragédie et autres pourpre des grandes pages de l’Histoire. Des tirs dans Berlin, des soldats enragés arrêtés puis jugés, des militaires vieillissants et à l’orgueil démesuré que la défaite avait transformé en marionnettes avides de gloire.

Un deuxième putsch (manqué lui aussi) !

Oui mais voilà. L’Histoire a ses suspens et ses recoins. Toujours dans ce mois de mars frémissant de l’année 1920, l’Allemagne s’agite encore.

Car oui, ce que les Allemands appellent le « Kapp-Lüttwitz-Putsch » s’est soldé par un échec assez lamentable (où sont les crimes, les suicides, les tragédies greco-latines? oui, bon, mon imagination et mon amour de la littérature exagèrent peut-être un peu).

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Ruhr enflammée

La grève général contre le putsch de Kapp s’est transformé, dans certaines villes d’Allemagne, par des soulèvements. Suite à la révolution spartakistes (elle aussi manquée, décidément !), les révolutionnaires inspirées par l’URSS naissante, n’ont toujours pas baisser les bras. Le putsch berlinois est une occasion en or.

Pour une fois, quittons Berlin (ville à laquelle CCPH est beaucoup trop attaché) pour la Ruhr. Les syndicats se sont regroupés en véritable gouvernement révolutionnaire. Le soulèvement se transforme en révolte et la révolte en révolution. Une « Rote Ruhrarmee » (Armée Rouge de la Ruhr – on devine d’où vient l’inspiration) forte de 50 000 hommes (merci au Musée d’Histoire de Berlin pour les chiffres – d’ailleurs les informations de cet article viennent de là, si vous ne le connaissez pas et que vous êtes à Berlin : courrez y illico presto) et de mes cours de fac (merci chers professeurs de la Humboldt Universität !).

La Ruhr, la région des mines, demande son indépendance, cherche à instaurer une république socialiste, un « bastion bolchévique » au coeur de l’Allemagne républicaine. Weimar, débarrassée du putsch berlinois, réagit. Ça commence à faire beaucoup, toutes ces révolutions, maintenant, schluss damit basta. Ils envoient l’armée. Début avril 1920, le soulèvement prend fin, on compte environ 2000 morts / blessés / arrêtés du côté des révoltés. Une petite centaine du côté de l’armée de Weimar.

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Un soldat de l’Armée Rouge de la Ruhr debout sur la région Ruhr en flammes

L’épisode de la Ruhr fut le dernier d’une longue suite de mini-révolutions allemandes qui tentèrent, dans un laps de temps très court, d’imposer une vision du monde à un pays dévasté par la guerre et humilié par la défaite. On se croirait revenu dans un calme bienheureux dans une Allemagne au coeur des Golden Twenties, des années folles dont Berlin fut la capitale endiablée. On dansa le charleston, on fréquenta des boîtes de nuit interlopes où des hommes s’embrassaient (scandale pour l’époque !) et où des femmes dansaient à moitié nues dans des recoins un peu sombre de ce Berlin underground (dont parle Christopher Isherwood dans son livre « Adieu à Berlin). Mais l’Histoire tourne toujours plus vite et, en 1923, un certain Hitler se lança lui aussi dans un putsch, sur les tables d’une brasserie munichoise. Arrêté, enfermé, il se promit de recommencer. Et il recommença.