Le bruit des bottes allemandes

Le 7 mars 1936, les troupes allemandes, sur ordre de Hitler, défilaient en Rhénanie. Cologne, Mayence ou encore Aix-la-Chapelle paradaient au rythme du bruit des bottes allemandes battant le pavé.

Finalement, est-ce si grave? La Rhénanie est une région allemande. Ils rentrent chez eux (comme le fera remarquer le gouvernement britannique).

Ils rentrent chez eux. Car de troupes allemandes en Rhénanie il n’y avait plus depuis 1919. Retourner à la maison, certes. Mais l’armée envoyée ainsi par Hitler remilitariser cette région occupée depuis le Traité de Versailles avait un objectif beaucoup moins gentillet que de retourner arroser les fleurs délaissées depuis une trop longue absence. La remilitarisation de la Rhénanie est un pas de plus vers une future guerre qui éclatera trois ans plus tard.

Expliquons-nous !

Un traité puis un accord, puis un pacte…et une nouvelle guerre

Il y eut le Traité de Versailles, donc. Celui dont on parla beaucoup et dont on parle encore. Cette année, nous commémorons son centième anniversaire. C’était il y a cent ans, Clémenceau, Roosevelt et tous les autres, hauts de forme, queue de pie et autres guêtres comme on en portait alors qui défilaient sur les marches devant les journalistes, les caméras, les photographes, le monde entier. Cent ans, la galerie des glaces, Versailles, l’humiliation allemande et la folle victoire.

Le Traité de Versailles et ses clauses furent critiqués (encore aujourd’hui, du reste). On s’émut des conséquences ou l’on y pensa pas. L’Allemagne, de son côté, explosait en révolutions et en esprit de revanche, rejetant le traité avec la haine des vaincus. L’un des points du traité interdisait à l’Allemagne de conserver des lieux militarisés sur la rive gauche du Rhin ainsi qu’une zone de cinquante kilomètres à l’est du fleuve. Un uniforme, une arme ou ne serait-ce que le bout d’un casque allemand y étaient interdits. La Rhénanie fut occupée par les Britanniques, les Américains, les Belges et les Français. On s’éparpilla, se partageant les villes de garnison. Il s’agissait, pour les puissances victorieuses, de préserver la paix. Du moins, c’était ainsi qu’ils le voyaient. Empêcher l’Allemagne d’exploser de nouveau dans sa féroce domination européenne, enrayer une nouvelle catastrophe. On l’attisa, pourtant.

Le 16 octobre 1925, les grandes puissances européennes (ainsi que l’Allemagne), se réunirent à Locarno, petite ville tranquille au bord du lac Majeur. Dans un décor magnifique, les chefs d’État discutèrent du monde. Et de la paix. En ce mois d’octobre, on y trouva, pèle-mêle, la France, l’Italie, la Grande-Bretagne, la Pologne, la Tchécoslovaquie et l’Allemagne. Pour préserver l’Europe de ce danger allemand que tous craignaient encore, on discuta donc joyeusement autour d’un verre sur une terrasse qui plongeait avec magnificence dans le bleu profond du lac Majeur. L’Allemagne aux côtés des vainqueurs du premier conflit mondial…autant dire que c’était là une habitude que l’on avait perdu et que l’on peinait à retrouver, sans doute.

La question des frontières et de la Rhénanie fut discutée à nouveau. Les points énoncés dans le traité de Versailles furent renforcés : un mouvement de troupe autour du Rhin, ne serait-ce, sans doute, que le frétillement d’un casque ou le murmure d’une botte sur les pavés, serait une agression allemande envers le reste de l’Europe. Cela entrainerait une action des puissances signataires et de longs bavardages auprès de la Société des Nations, cet ogre endormi (et inoffensif, rassurez-vous – un peu comme le monstre du Loch Ness, en somme).

Oui mais voilà. En 1925, le monde n’avait que vaguement entendu parler d’un petit homme à la moustache carrée. Un de ces faux prophètes du dimanche qui déambulaient en prédisant un nouveau monde dans les rues des grandes villes d’Allemagne. Cet Adolf Hitler, même pas Allemand, petit caporal de campagne, avait bien tenté un putsch dans une brasserie à Munich, deux ans auparavant. On l’avait jeté en prison en lui fournissant du papier. Sous la lampe de sa cellule, il écrivait un livre, son livre, son combat – Mein Kampf. Qui était déjà paru d’ailleurs, en 1925. Mais le monde haussa les épaules, sans doute.

Il serait bien trop facile de condamner aujourd’hui, plus de quatre-vingt-dix ans plus tard, la passivité du monde et de l’Europe que certains (je pense à Emile Mayrisch, à Coudenhove-Kalergi et à tous les autres) appelaient de leurs voeux. À leur décharge, on avait cru terrassé à jamais, le dragon allemand. Certes, la SDN ne fonctionnait pas très bien, comme une voiture sans essence et sans direction (relisez Belle du Seigneur). On distribua conjointement le Prix Nobel de la Paix à un Français (Aristide Briand) et à un Allemand (Gustav Stresemann) en applaudissant avec force cris la paix enfin revenue entre les ennemis éternels. On y crut, à ce grand rêve porté par le pacifisme ambiant. En France, on changea de gouvernement (beaucoup). Les crises succédèrent aux crises. Les grèves aux grèves. Le monde semblait avoir repris sa course, du moins, on voulait y croire. En Allemagne, la guerre se préparait.

En 1936, l’Europe regardait en direction de l’Éthiopie et de l’Italie. Ce Benito Mussolini agaçait autant qu’il faisait rire dans les ministères d’Outre-Alpes. Ce petit professeur qui vouloir faire renaître de ses cendres la Rome Antique avec le fascisme pour étendard. La seconde guerre italo-éthiopienne, toutefois, interrogeait. Inquiétait, aussi, sans doute. En Europe, on cherchait une réponse : devait-on, ou pas, condamner Rome?

À Berlin, Hitler regardait son ami Mussolini effrayer les grandes puissances, attendant l’étincelle. Elle vint de la France.

…et de l’URSS. L’Allemagne ayant quitté la SDN en 1933, la France, tout de même, s’inquiétait sérieusement. En quête d’alliés, elle s’était tourné vers son amie moscovite. Louis Bartoux parlait de la Russie avec les trémolos des politiques, on signa, un traité d’assistance mutuelle entre Moscou et Paris. Le 27 février 1936, il fut officiellement ratifié.

Le 7 mars de la même année, Hitler envoyait l’Allemagne reconquérir une province qu’il estimait perdue : la Rhénanie.

Alors. La première et dernière excuse de Hitler, ce fut ce traité justement. Ce traité franco-soviétique qu’il estima dangereux pour son pays. Pauvre Allemagne nazie, armée jusqu’aux dents, bouleversée par les mains tendues par-dessus les frontières entre la France et l’URSS. C’était un prétexte, bien sûr. D’autant que les élections allemandes s’approchaient et que Hitler voulait s’assurer une réélection bruyante et enthousiaste. Remilitariser une région que la population estimait spoliée injustement depuis Versailles, ne pouvait qu’encourageait les foules à accompagner le nazisme dans sa marche triomphale.

En Europe, on s’indigna. Le chef du gouvernement français, s’enroua de protestation en rappelant que l’Allemagne piétinait un accord de onze ans d’âge, le traité de Locarno. On fit appel à la SDN qui discuta. On appela, en France, à la mobilisation partielle de l’armée mais les autorités rétropédalèrent, avec l’accord de grands généraux, craignant une guerre avec l’Allemagne. De plus, côté français, des élections là aussi prochaines, enfonçaient le clou de la passivité : la population ne verrait pas d’un très bon oeil, prédisait les prophètes, une mobilisation du pays contre l’Allemagne. À la SDN on discutait toujours lorsque la Grande-Bretagne haussa les épaules de toute sa majesté, estimant minime le risque allemand, ne considérant pas l’action hitlérienne comme une attaque envers la France mais comme une ré-appropriation des terres. Soit. Passons. À la SDN, on ne discutait plus – Solal s’endormait dans les bras de la belle Ariane – les discussions n’avaient rien donné. Alors, on attendit.

En 1939, trois ans après, on entra en guerre. Une guerre dont l’Europe ne ressortie que six ans plus tard, labourée, détruite, en ruines. Mais c’est une autre histoire.

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