Le ciel est triste à Auschwitz

27 janvier 1945

Il y a soixante-quinze ans, dans une étendue glacée au sud de la Pologne alors allemande, les soldats de l’Armée rouge découvraient un camp avec des barbelés, des baraquement, de grandes cheminées et une entrée lugubre où il était inscrit « Arbeit macht frei » – le travail rend libre. Quelle ironie pour les 1,3 millions de déportés qui découvrirent, à la descente du train, la part monstrueuse de l’humanité.

Auschwitz-Birkenau, c’est un petit coin d’enfer comme il s’en trouvait beaucoup alors sur les territoires du Troisième Reich. Un lieu destiné à l’horreur, au désespoir et à la mort.
Dans l’antre de la bête, les SS tuèrent des femmes et des enfants, des hommes, des jeunes, des vieux, des beaux et des splendides. Avec acharnement, de manière systématique,  avec discipline ils exterminèrent.

Aujourd’hui, soixante-quinze ans après, les survivants racontent. Ils ont cette dignité des vies qui ont eu droit, par un coup du sort merveilleux, à une vie en plus. Une vie en plus à une même vie. Mon grand-père appelait cela ses « années de rab ». Pourquoi lui avait-il tenu bon quelques heures, quelques jours, quelques mois que les autres. Pourquoi sa vie, soudain, prenait une dimension en plus : faire le choix de vivre, après l’enfer.

Aujourd’hui, on se souvient d’Auschwitz. Des presque 1 million de Juifs mort là-bas, des près de 20 000 tsiganes à jamais disparus, sur les Allemands déportés à la création du camp, sur les Polonais non-juifs, les déportés politiques de toute l’Europe et les prisonniers soviétiques. Auschwitz, c’est le symbole de la Shoah car il fut destiné à accueillir les populations juives européennes que l’Allemagne d’alors avait décidé d’anéantir.

Le 27 janvier 1945, il y avait de la neige et un vent froid glacé qui soufflait sur la plaine. L’Armée rouge ne découvrit, finalement, qu’une poignée de survivants moribonds, titubants, morts avant même de l’être. Les autres avaient été emmenés dans des marches forcées vers d’autres camps dans le but, irréaliste de cacher au monde les crimes nazis. Maintenant que le monde cherchait à reprendre son souffle et que les armées alliées marchaient vers Berlin, l’Allemagne du Troisième Reich cherchait dans un sursaut de lâcheté monstrueuse et pathétique à dissimuler l’enfer.

Auschwitz-Birkenau, c’est ce nom inscrit dans l’Histoire des hommes, comme un cri à jamais assouvi.

Le cri de milliers et de milliers de vies dévorées par l’ogre nazi.

Auschwitz-Birkenau et tous les camps, ce ne sont pas que des chiffres qu’on égrène. Ce sont des rires, des anniversaires, des promesses d’amour et des larmes et des peurs. Ce sont des amoureux, des mains tendues, des courses éperdues et des rêves d’enfants. Ce sont toutes ces vies arrêtées à jamais au nom qui, au nom de quoi, si ce n’est de la haine.

Qu’il est triste et doux d’espérer que quelque part, aujourd’hui et pour toujours, personne ne les oublie.

 

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