La fragilité d’un monde

On s’y est très bien fait, finalement, à cet espace de libre-circulation. Un jour à Londres, l’autre à Berlin, Prague, Amsterdam ou Barcelone. D’un coup d’avion, de train, ou de voiture, il est si facile, quand on est ressortissant d’un pays membre de voyager au sein de l’Union Européenne. Né en 1985, cet espace devint concret dix ans plus tard. Depuis, l’Europe se déplace avec la simplicité d’habitudes confortables. Abonnée aux vols entre l’Allemagne et la France, cette libre-circulation simplifie ma vie et à fait de Paris, le faubourg de Berlin (et vice versa).

Pourtant voilà. L’ogre Covid-19, en plus de grignoter nos vies, nos bonheurs et nos libertés (de mouvement), s’est finalement, aussi attaqué à des principes européens que l’on croyait à jamais gravé dans la pierre. Pour protéger sa population, pour éviter la propagation du virus, beaucoup d’États membres de l’Union européenne (et, de ce fait, depuis le traité d’Amsterdam de 1999, membres de l’Espace Schengen) ont fermé leurs frontières.

Face à un ennemi invisible, le pire de tous, la peur a poussé les États à se barricader derrière l’illusion rassurante qu’une frontière fermée protège malgré tout.

Nous avons quitté, à la mi-mars, une Europe qui faisait front, plus ou moins unie face aux questionnements du monde. Certains parlaient d’une institution plus puissante, plus fédérale. D’autres la voyait comme la seule source de salut vis-à vis d’États hyper-puissants qui tentent d’influer, notamment par leur masse, la marche inexorable du monde.

Oui mais voilà. Ogre Covid-19 il y a eu. Certaines convictions se sont effondrées comme un château de cartes, d’autres ont été renforcées.

Face à cette pandémie qui rappelle à nous les catastrophes sanitaires dont sont truffés nos livres d’Histoire et nos mémoires collectives (étrangement, la peste noire, pourtant si ancienne, est beaucoup revenue dans les comparaisons), le bon vieil instinct animal de fermeture, s’est réveillé.

Au nom du combat contre la propagation du virus, on s’est surtout protégé derrière les hautes barrières de ses frontières nationales.

Après tout, c’est dans la convention des Accords de Schengen. Article 2, paragraphe 2. « Lorsque l’ordre public ou la sécurité nationale l’exigent, une Partie Contractante peut […] décider que, durant une période limitée, des contrôles frontaliers nationaux adaptés à la situation seront effectués aux frontières intérieures ». La condition essentielle est de prévenir les autres « parties contractantes ». En cas d’urgence absolue, il est encore possible de fermer ses frontières et de faire part de sa décision ensuite.

Alors, oui. La crise sanitaire engendrée par le Covid-19 est bien une urgence. Urgence européenne ou urgence nationale? La question, délicate, mérite d’être posée. Toutefois, la réponse reste en suspend. Car, dans un cas comme celui-ci, concernant les systèmes de santé et le danger que courent les habitants, les États ne sont pas tous préparés de manière équivalente. Ils ne sont pas non plus tous atteints du virus avec la même force, la même violence. La question reste nationale, pour beaucoup.

Elle est pourtant tout autant européenne. Il est d’ailleurs affligeant, dans un sens, de voir que la fière Union de la « vieille Europe » n’était pas préparée à donner une réponse commune à une crise d’une telle ampleur. Voilà la portée de la catastrophe Covid-19, finalement, à l’échelle européenne. C’est un drame humain, une tragédie sanitaire. C’est aussi la question de l’Europe que l’on pose. Face à un ennemi invisible – un virus – on ferme son pays à double tour et on attend. Espace Schengen, Union européenne…fragiles que vous êtes !

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